15ème Dimanche du Temps Ordinaire

L’Évangile de Marc que nous lisons en continu 
de dimanche en dimanche 
nous montrait jusqu’à maintenant 
Jésus attirant la foule à lui, 
appelant des disciples à marcher à sa suite.
 Tout convergeait vers Jésus.
 «Le Messie s’est levé parmi nous», disent les uns.
 D’autres voient en lui le Sauveur du monde. 
Certains rendent grâce pour la venue 
de ce grand prophète semblable à Élie.
 Jésus attire à lui et il appelle, proclame, 
guérit, fait des miracles. 
Jésus a établi les douze Apôtres 
pour être avec lui et les envoyer prêcher (Ac 3,14).


 

C’est maintenant que va se réaliser 
le deuxième aspect de leur vocation.
 Une étape est en train de se vivre 
dans le temps de l’Église en enfantement.
 Les Apôtres sont envoyés en mission.
 Il faut partir, quitter le Maître 
pour aller de ville en ville proclamer qu’il faut se convertir, 
chasser les démons, 
guérir les malades.
 Jésus s’efface et ce sont désormais 
les Apôtres qui sont à l’œuvre.

 

En quoi consiste donc cette mission 
confiée par Jésus aux Apôtres ?


 

Cette mission a quelque chose de virulent.
 Il va falloir combattre contre des adversaires, 
lutter contre les forces du mal.
 La mission à mener est un véritable combat.
 Il faut diviser, séparer la lumière des ténèbres, 
la vie de la mort.


 

Proclamer la conversion des cœurs 
signifie qu’il est nécessaire de changer de vie 
pour s’ajuster à Dieu.


 

Chasser les démons 
signifie lutter contre le mal.


 

Guérir les malades, 
signifie qu’il faut vaincre la mort et rendre la vie.


 

Ce n’est pas une mission de tout repos 
qui attend les Apôtres.
 C’est une mission pascale 
qui trouve sa source dans le passage 
de la mort à la vie de Jésus-Christ.


 

Comme les Juifs qui célèbrent la Pâque 
en souvenir de la sortie d’Égypte, 
les reins ceints, les sandales aux pieds, 
le bâton à la main (Ex 12,11), 
les Apôtres, revêtus comme leurs pères, 
vivent la Pâque du Christ 
en faisant jaillir des ténèbres la lumière.
 Les envoyés de Jésus vont vers leurs frères 
pour les aider à se libérer 
de ce qui les enchaîne. 
Ils doivent instaurer un monde 
plus juste et plus fraternel.


 

Convertir, chasser le mal, guérir, 
tels sont les signes du Royaume de Dieu.
 Celui-ci advient quand l’homme 
devient un être libre. 
Les Apôtres partent en mission 
pour rendre à l’homme 
sa dignité et sa liberté.
 C’est l’expansion du Règne de Dieu 
qui est en jeu.

 

Dans ce combat que les Apôtres ont à mener, 
Jésus n’est pas pour autant absent.
 Son absence physique 
devient présence spirituelle en chacun des Apôtres.
 C’est lui qui agit en eux 
car tout pouvoir et toute autorité viennent de lui.
 «Il n’y a que par le nom de Jésus 
que nous puissions être sauvés» (Ac 4,12).


 

Cette présence et cette action de Jésus 
se manifestent concrètement par le don des charismes.
 Un charisme est un don de Dieu 
qui s’exerce pour le bien d’autrui. 
C’est un don surnaturel 
qui vient se rajouter aux dons naturels de l’homme. 
«Je voudrais que tous les hommes 
fussent comme moi, dit saint Paul, 
mais chacun reçoit de Dieu 
son charisme particulier, 
celui-ci d’une manière, celui-là de l’autre» (1 Co, 7,7).


 

C’est la diversité des charismes 
qui fait que le Corps du Christ, 
c’est-à-dire l’Église, est vivant.
 Mais il ne suffit pas de recevoir un charisme 
pour porter du fruit par lui. 
Là encore, le disciple est confronté 
à un combat, mais cette fois-ci contre lui-même. 
Il doit se désarmer pour vivre la mission.
 «N’emportez rien pour la route, 
ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie, 
ni tunique de rechange.»


 

Il faut se défaire de toutes les armures inutiles. 
Partir chargé de réserves, 
c’est partir déjà vaincu, 
c’est se mettre en attitude défensive. 
Alors que celui qui part les mains vides 
n’a rien à perdre, à sauvegarder 
mais il a tout à gagner. 
Il vit l’offensive de l’amour.
Le missionnaire doit faire du vide en lui 
pour être réceptif à la voix de l’Esprit.


 

Prêcher l’Évangile, c’est se donner soi-même.
 C’est notre vie qui est engagée.
 «Il n’y a pas de plus grand amour 
que de donner sa vie pour ceux qu’on aime» (Jn 15,13).
 Finalement, le missionnaire est appelé 
à être configuré au Christ.
 Jésus a mené le combat de la croix 
dépouillé de tout. 
Et non seulement il est ressuscité 
mais toute l’humanité avec lui.
 De même, notre combat de sainteté 
ne peut que sanctifier ceux qui nous entourent.
 En Dieu, la victoire est toujours partagée.

 

Frères et sœurs, nous sommes 
les apôtres pour notre temps.
 N’ayons pas peur de vivre le bon combat de la foi.
 Laissons-nous nous dépouiller 
pour ne garder que l’essentiel.
 Apportons la Bonne Nouvelle à nos frères.
 C’est dans la mesure que nous serons 
capables de sacrifier pour nos frères 
des biens en eux-mêmes désirables 
que nous serons pour eux de vrais témoins.
 Un jour, au dernier jour, tout nous sera enlevé, mais l’amour seul demeura à jamais.

Père Philippe

14ème Dimanche du Temps Ordinaire - B

La liturgie de la Parole, ce dimanche, s’est ouverte avec l’expérience d’Ézéchiel. Ézéchiel bénéficie d’une vision qui lui dit la grandeur de Dieu au point qu’il se jette face contre terre.

 

Mais la voix du Seigneur s’adresse à lui : « Fils d’homme, tiens-toi debout car je vais te parler » (Éz 2,1).Et quand vient cette Parole, vient aussi l’Esprit Saint pour lui donner la force de se lever : « Il me fit tenir debout alors j’entendis la voix qui me parlait » (Éz 2,2).

 

Voilà ce que le Seigneur fait en nous aujourd’hui. Il nous invite à nous relever pour l’écouter. Son Esprit Saint nous relève pour que nous puissions dialoguer face à face, cœur à cœur avec Dieu.

 

Et que veut nous dire le Seigneur ? Je crois que la réponse est dans la deuxième lecture, celle de l’apôtre aux chrétiens de Corinthe. « Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans ta faiblesse » (2 Co 12,9).

 

Quel est le contexte de cette Parole plutôt dérangeante ? Il y a à Corinthe des prédicateurs qui proposent une doctrine différente de celle de Paul. Une doctrine qui rejette la pleine gratuité du Salut donné en Jésus. Alors Paul prend soin des chrétiens de cette ville et les mène à comprendre que son ministère est véritablement le don de Dieu pour eux. Paul en vient à faire allusion aux expériences mystiques qu’il a faites. Paul est un des plus grands mystiques de l’histoire de l’Église !

 

Cette confidence ou cette confession le mène à partager quelque chose de très intime. Il confie que pour lui éviter tout orgueil spirituel, une écharde a été mise dans sa chair. Quelque chose qui blesse constamment son humanité, qui le ramène dans la petitesse, dans la faiblesse.

Il parle d’un ange de Satan, c’est-à-dire un esprit mauvais chargé de le gifler. Le terme grec est beaucoup plus fort que gifler. C’est un mot que l’on employait dans les combats de gladiateurs. On pourrait dire que Paul reçoit des coups de poing. Il est régulièrement tabassé, sinon jeté à terre.

 

Et parce qu’il n’en peut plus, il prie le Seigneur de le libérer de ces assauts du mal. Trois fois, il le demande au Seigneur. On peut l’imaginer allant au Temple pour demander cette grâce de libération. Trois fois…

 

Et le Seigneur lui répond : « Ma grâcete suffit… » (2 Co 12,9). Tu n’as pas besoin d’autre chose. Pour ce que tu vis, pour ce que tu es, pour le service que je te confie, ma grâce te suffit.

 

Et le Seigneur ajoute comme une sorte de proverbe, de sagesse très simple : « Ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (id).

 

C’est vrai, n’est-ce pas ? Si nous sommes en pleine forme, en plein succès, qu’une puissance vienne en nous, elle ne pourra pas donner toute sa mesure.

 

Alors Paul comprend à quels moments la puissance du Christ, son énergie, sa Vie de Ressuscité peuvent se déployer pleinement, c’est-à-dire aux moments où nous sommes nous-mêmes sans force !

 

Je suis sans force, épuisé, et quelque chose de puissant, débordant d’amour, de compassion, de miséricorde, de joie se déploie en moi et rayonne sur les autres, les menant au Christ.

 

Paul comprend cela au point que sa fierté, son point d’appui, ce qui le sécurise même, ce n’est pas d’être en pleine forme, en pleine possession de ses moyens. Au contraire ! Ce qui le sécurise, c’est sa faiblesse afin, dit-il, que la puissance du Christ demeure sur moi (2 Co 12,9).

C’est cela être chrétien ! C’est une toute autre sagesse que celle du monde. « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ! » (2 Co 12,10).

 

C’est à cela que se reconnaissent les amis de Jésus, ses compagnons, ses disciples.

 

Quand Jésus entre à nouveau dans notre vie, comme cela arrive bien souvent, c’est cela qu’il nous enseigne ! Jésus s’assoit sur notre montagne intérieure et il nous dit : « Heureux les pauvres de cœur ; le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5,3). On pourrait ajouter : « Heureux ceux qui ne sont pas forts, ceux qui se prennent des coups comme Paul, car la force de Jésus opère en eux avec puissance ».

 

Quand Jésus entre dans notre vie, souvent à travers des situations inattendues, voire déplaisantes, comment l’accueillons-nous ? Quand il nous dit que sa grâce nous suffit, comment l’accueillons-nous ?

 

Seigneur, combien de fois je ressemble, nous ressemblons aux gens de Nazareth, c’est-à-dire à des gens qui savent bien qui est Jésus.

 

Si nous savons bien qui est Jésus, nous sommes en danger. Nous ne sommes plus capables d’être surpris par Jésus. D’où cela lui vient qu’il fasse l’éloge de la faiblesse ? D’où cela lui vient cette sagesse de la croix ? Où est-ce qu’il a pris cela ? N’est-il pas l’artisan, le charpentier (cf. Mc 6, 2-3) ?

 

Et Jésus était pour eux un scandale (Mc 6,3). Jésus nous scandalise. Littéralement Jésus nous fait tomber. Alors on tombe ou bien dans le rejet de Jésus comme les gens de Nazareth, ou bien l’on tombe dans les bras de Jésus.

 

Nous nous mettons à le prier avec un amour intense : Seigneur Jésus, je suis incapable de vivre ce que tu me demandes. Ce qui me sécurise, c’est d’être fort, d’être puissant. Prends pitié de moi. Viens toi-même parler à mon cœur rebelle, rebelle parce que craintif, et enseigne-moi ton Évangile au plus profond de mon être. Je ne veux pas faire obstacle à tes miracles en moi et dans mes frères et sœurs en humanité.

 

Jésus, que ton Esprit nous remette debout, non pas debout dans la force des hommes, mais debout par la force de Dieu. Forts de toi dans notre faiblesse.

Père Philippe

Nativité de St Jean Baptiste

À six mois de Noël, de la Naissance de Jésus le Sauveur, nous fêtons la naissance de Jean-Baptiste le Précurseur. Jean, dont le nom signifie « Dieu fait grâce », vient au monde comme un avant-coureur, un prophète de Celui qui vient derrière Lui mais qui va passer devant Lui et dont il n’est pas digne de délier la courroie de sa sandale.

 

En ce jour je vous propose de contempler Jean-Baptiste comme celui qui annonce l’amour de Dieu pour les hommes, en vivant lui-même déjà de cet amour. Jean nous apprend à aimer de cet amour pur, chaste, gratuit qui sera le propre de l’amour de Jésus.

 

Effectivement, Jean a un cœur qui aime. Son départ pour le désert n’est pas une fuite de l’amour. C’est par amour pour le Seigneur qu’il part, éprouvé par la soif et la solitude, afin de faire grandir en lui sa soif de Dieu et de quêter le visage du plus beau des enfants des hommes.

 

Son cœur se dilate en se séparant de tout ce qui aurait pu faire sa joie dans le monde. Mais il sait qu’une joie plus profonde et plus vraie l’attend au désert. Si Jean-Baptiste part au désert, c’est aussi par amour des hommes. Il accomplit sa mission prophétique en attirant à lui les hommes et les femmes assoiffés de conversion et de vérité. Ces paroles énergiques qu’il leur adresse sont imprégnées de la miséricorde du Seigneur qui ne rompt pas le roseau froissé et qui n’éteint pas la mèche qui fume. Il propose à tous un baptême de repentir qui lave du mal, et prépare les cœurs à accueillir le Sauveur.

 

Nous pouvons relever quelques caractéristiques de l’amour de Jean-Baptiste.

 

- Tout d’abord, son amour n’est pas tourné sur lui-même. Cherchant la solitude du désert, Jean n’a pas peur d’être approché par toutes ces foules qui viennent à lui. Il aime chacun et chacune de ces mendiants de la miséricorde de Dieu. Son amour est incarné. Il se vit dans l’instant présent. Jean nous apprend à ouvrir les yeux et à voir les visages de ceux qui sont devant nous. L’amour n’est pas une idée. Il ne s’inquiète pas du passé ou de l’avenir. Il se vit dans le maintenant de la rencontre. Il se vit dans l’accueil de l’autre tel qu’il se présente à moi maintenant. Jean accepte de se livrer à ceux qui viennent à lui, il accepte de sortir de sa solitude car l’amour le presse. Son amour livré préfigure l’offrande de Jésus : « Ceci est mon Corps livré pour vous », « Ceci est mon Sang versé pour vous ».

 

- Une autre caractéristique de l’amour de Jean-Baptiste est qu’il est universel. Jean ne retient personne à lui. Il ne particularise pas ses relations. Ses disciples qui veulent suivre Jésus, il les laisse partir sans chercher à les retenir. Comment arrive-t-il à vivre cela ? En ouvrant, dans toutes ses relations, l’espace à Dieu pour qu’il y demeure. La chasteté dans l’amour consiste à laisser Dieu dresser sa tente dans la relation qu’on entretient avec les autres plutôt que celle-ci ne soit en concurrence avec notre relation à Dieu. Jean se sait l’ami de l’Époux et la joie de cette relation intime le rend libre d’aimer chacun en vérité tout en partageant à tous cet amour. Son amour universel préfigure l’offrande de Jésus : à la dernière Cène, Jésus rompt le Pain pour qu’il puisse être partagé par tous, et le Sang est versé pour la multitude. 

 

- Une dernière caractéristique de l’amour de Jean est que celui-ci est libérateur. Tout amour, qu’il soit celui de gens mariés ou celui de célibataires, doit libérer les personnes. Nous devons aimer les personnes de façon qu’elles soient libres d’aimer les autres plus que nous. Jean a beau être l’ami de l’Époux, il n’essaie pas de s’attirer l’amour de l’Époux. Non, il conduit l’Époux, c’est-à-dire tous ces hommes et ces femmes qui viennent à lui, vers l’Époux qu’est le Christ. Nous avons tellement soif d’amour que nous pouvons tout faire pour capter l’amour des autres. Mais celui qui vit l’amour chaste accepte d’être moins l’aimé que l’amant. Dieu est toujours celui qui aime davantage qu’il n’est aimé. Ce peut être aussi notre vocation. Jean-Baptiste s’abaisse devant Jésus mais aussi devant tout homme à tel point qu’il est le plus petit dans le Royaume de Dieu. Il aime en rendant l’autre plus indépendant, vis-à-vis de Lui, plus fort que Lui. Le véritable amour est oblation pour que l’autre grandisse et que nous, nous diminuons. L’amour de Jean-Baptiste préfigure l’offrande de Jésus : « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne ». « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». 

 

Jean-Baptiste apprend autant aux couples qu’aux célibataires, aux prêtres à aimer d’un amour chaste, d’un amour oblatif qui est le propre de l’amour divin.

 

A l’école de Jean-Baptiste, apprenons à aimer en actes et en vérité. Faisons de notre vie une offrande, une Eucharistie, un signe vivant de l’amour de Dieu.

Père Philippe

11ème Dimanche du Temps Ordinaire - B

Parmi les vertus théologales, nous le savons, l'espérance est celle qui donne le moteur à notre vie spirituelle. Sans l'espérance, nous restons en panne. Avec son souffle, nous sommes poussés à avancer avec fermeté.

 

Les paraboles qui nous sont proposées aujourd'hui viennent nourrir notre espérance en nous faisant entrer dans la logique du monde de la grâce qu'est le Royaume de Dieu.

 

La parabole de la semence qui pousse toute seule, d'abord, nous apprend que le processus de croissance du Royaume de Dieu ne dépend pas des hommes, mais de Dieu seul.

 

Celle de la graine de moutarde que la grandeur des œuvres de Dieu se plaît particulièrement dans des commencements tout petits et tout humbles.

 

Bref, la logique du Royaume n'est pas celle des entreprises humaines, le chemin de la grâce ne suit pas la pensée des managers ou des DRH ... Pour entrer dans les voies de Dieu, nous ne pouvons faire l'économie d'une radicale transformation. L'Esprit Saint doit renouveler notre intelligence et ouvrir les yeux de notre cœur à des réalités que le monde ne comprend pas.

 

Avec la parabole de la semence, Jésus nous enseigne donc cette loi étonnante du Royaume : la puissance divine est irrésistible, et rien ne peut entraver sa volonté. C'est Dieu qui fait naître au monde nouveau, c'est Dieu qui donne la croissance à son Royaume, et sans que les hommes y soient pour quelque chose.

 

En entendant cet enseignement, on a bien des difficultés à situer à sa juste place la part qui relève de notre propre responsabilité humaine et celle qui revient à Dieu. Car nos actions ou nos omissions ne sont évidemment pas indifférentes, Jésus lui-même ne cesse de le souligner par ailleurs. Ne serait-ce que dans cette parabole qu'il a racontée juste avant l'évangile d'aujourd'hui : la parabole du semeur (Mc 4,1-9) où il met en évidence la responsabilité du terrain qui accueille la semence.

Il va donc falloir concilier ce qui relève de l'œuvre de la grâce et ce qui dépend de notre propre liberté. Mais gardons cette question, pour l'instant.

 

Il nous faut d'abord accueillir ce que Jésus nous dit aujourd'hui : la croissance du Règne de Dieu ne dépend pas de nous ; et c'est une très bonne nouvelle ! Car si son développement dépendait des hommes, nous aurions toutes les bonnes raisons d’avoir peur qu'il n'aboutisse jamais.

 

Mais si le Règne est entre les mains de Dieu, nous avons l'assurance qu'il s'accomplira en son heure. Nous aurions beau ne rien voir, tout pourrait nous sembler bloqué, il nous reste maintenant cette certitude et cette promesse : le Règne de Dieu avance inexorablement, et son avènement s'accomplira de toute façon.

 

Une très bonne nouvelle, vraiment ! Et qui doit à coup sûr alimenter notre espérance. Car, quoi qu'il arrive, il y a un avenir pour notre foi !

 

La parabole de la graine de moutarde ajoute un enseignement d'une grande importance : et elle l'exprime en un contraste saisissant ! Autant la graine de moutarde est petite, autant la plante qui en résulte est imposante.

 

Ainsi le Royaume de Dieu procède d'un paradoxe similaire : la petitesse de ses commencements ne doit pas nous tromper. L'aspect dérisoire des moyens en œuvre n'a pas à nous troubler. Car c'est à partir d'un tout petit rien que Dieu se plaît à faire du grand ! Et même du très grand !

 

Car ainsi que le moutardier accueille les oiseaux du ciel dans ses branches, ainsi la réalité sur laquelle débouche le Royaume de Dieu est immense, puisqu'au terme, il faut qu'il atteigne l'univers entier, et jusqu'à la moindre parcelle du cosmos.

 

Donc le développement du Règne de Dieu est certain, et son terme est non moins certain : Dieu doit devenir tout en tous.

 

Revenons maintenant à la question que nous avions laissée de côté : l'articulation entre la grâce de Dieu à l'œuvre dans le monde et notre liberté. Comment accorder ces deux aspects qui paraissent s'opposer ?

 

Considérons la délicatesse de la pédagogie divine : en nous donnant la foi en sa toute-puissance, nous nous souvenons que notre Dieu n'est étranger à rien de ce qui advient dans ce monde. En fortifiant notre espérance par la certitude que son Règne se réalise quoi qu'on en voie, il nous établit dans la confiance face à l'avenir.

 

Sans cette confiance, nous resterions paralysés et incapables d'avancer. Mais, en nous appuyant sur la foi que Jésus est avec nous pour faire fructifier le travail de nos mains, nous pouvons poser des choix libres, des choix qui engagent notre foi, des actes qui font du croyant un participant à l'édification du Royaume.

 

Une des faiblesses de notre vie chrétienne contemporaine, c'est justement de bien peu considérer le but de notre vie d'homme et de femme sauvés. Dieu nous a créés pour que toute sa création fasse peu à peu un avec Lui. Notre vie a un but, un but non pas seulement individuel, mais communautaire : que toute la famille humaine soit unie au Père par la puissance de la Résurrection de Jésus.

 

Ce but sera atteint d'une manière ou d'une autre : c'est la volonté de Dieu. Il revient à chacun d'y entrer lui-même, il dépend de nous d'être participant de ce mouvement d'union ou d'en rester extérieur.

 

Voilà exprimé l'enjeu de notre liberté par rapport à la grâce : soit notre liberté entre dans le mouvement vivifiant de la grâce, soit elle résiste, choisit d'en rester distant et s'en coupe.

 

À ce stade, on peut désormais comprendre les paraboles de Jésus en un sens plus profond. Le Royaume de Dieu est appelé à devenir une réalité qui nous soit intérieure, et qui se développe en nous, de manière très profonde. Cette transformation en nous est une croissance mystérieuse, insensible, silencieuse, mais certaine.

 

Dès lors que l'action de la grâce est accueillie et acceptée librement, qu'elle s'enfouit en nous comme une semence dans la bonne terre, de jour comme de nuit, que nous dormions ou que nous nous levions, la semence germe et grandit, on ne sait comment.

 

L'acte qui a été à l'origine de la décision peut être insignifiant : pour dire oui au Seigneur, il a peut être fallu seulement choisir de laisser un jour son ordinateur pour un minuscule temps de prière, ou abandonner un peu de son confort pour un geste de service à qui en avait besoin, ou dire non à une tentation qui nous entravait depuis si longtemps pour résister au mal ...

 

Qu'importe la petitesse de la graine que nous avons jetée en terre au nom du Christ. Car de ce qui est petit, Dieu fait advenir un grand arbre. Ainsi en est-il du Royaume en nous.

 

Pour terminer, nous pouvons considérer la fin de notre passage d'évangile : il est dit que Jésus ne parlait à la foule qu'en parabole, mais en particulier, il expliquait tout à ses disciples. Si Jésus ne parle pas de la même manière à la foule et aux disciples, c'est parce qu'il y a une différence fondamentale entre les uns et les autres ; une différence qui tient à la liberté de chacun.

 

La foule écoute Jésus, elle peut même prendre plaisir à l'écouter, mais elle reste encore extérieure à sa Parole.

 

Les disciples, quant à eux, ont posé un choix : ils se sont mis en marche à la suite du Maître. Cette décision a ouvert leur cœur à cette Vie qui vient d'en haut, et c'est pourquoi il sont en capacité de comprendre de l'intérieur le mystère du Royaume.

 

Il en est ainsi aujourd'hui encore, et jusqu'à la fin des temps : aux disciples, il leur est donné de comprendre ; et à celui qui a, il est donné davantage. Mais celui qui n'a rien, celui qui n'a pas pris position, il ne peut entrer dans le mouvement de croissance du Royaume, il reste extérieur à cette Vie qui lui est étrangère.

 

Car on ne peut comprendre les choses du Royaume de Dieu autrement qu'en en étant soi-même participant. Notre vie humaine est la matière première de la vie éternelle, elle est cette terre que le Christ ensemence, et c'est pour qu'elle porte un fruit qui demeure.

 

Le Seigneur nous attend donc dans des choses toutes simples, mais qui nous engagent de manière décisive envers lui : accueillir sa Parole, la prendre au sérieux et la mettre en pratique, et suivre ainsi peu à peu celui qui est la Résurrection et la Vie.

Père Philippe

10ème Dimanche du Temps Ordinaire - B

Jésus est accusé par des scribes d’être un possédé du démon ! Il semble profondément blessé par cette insulte. Il y voit non seulement un blasphème contre lui-même, mais un blasphème contre l’Esprit-Saint, un péché d’une gravité extrême. 

 

Ces scribes refusent en effet de reconnaître la mission de Jésus, malgré ses œuvres qu’ils attribuent à l’esprit du mal. « C’est par le chef des démons qu’il expulse les démons ». Le blasphème contre l’Esprit-Saint dénoncé par Jésus signifie un refus total et résolu de la Bonne Nouvelle, et par conséquent le refus de la miséricorde. Cette suffisance qui se referme sur elle-même, ce rejet conscient et voulu de la vérité, comment pourraient-t-ils recevoir le pardon ? Dieu ne veut pas forcer notre liberté. Mais quelle parole sévère ! « Si quelqu’un blasphème contre l’Esprit-Saint, il n’obtiendra jamais le pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. » 

 

Nous connaissons pourtant l’immense mystère de la miséricorde divine toute gratuite qui nous a été aussi révélé par Jésus. En effet Dieu tout-puissant, le Père des miséricordes, demeure libre de ses dons et de ses pardons. Saul, le persécuteur de l’Église, en a fait l’expérience sur le chemin de Damas : «Moi qui étais auparavant blasphémateur, il m’a été fait miséricorde, parce que j’ai agi par ignorance, étranger à la foi », dit-il. 

 

Loin de l’attitude hostile de ces scribes, nous pouvons cependant pécher contre l’Esprit-Saint par un manque de confiance en son action dans la vie de l’Église, dans la vie de nos communautés, dans le prochain, en nous-mêmes. Nous pouvons le « contrister », selon l’expression stupéfiante de saint Paul. 

 

L’Esprit-Saint est discret. Son action, ses appels sont le plus souvent humbles et cachés. Il faut savoir écouter ses appels, ses inspirations, dans le silence de l’âme, par exemple cette invitation à tout quitter pour suivre le Christ de plus près. L’Esprit-Saint aime le silence et la paix, qu’il donne du reste à ceux qui se laissent conduire par lui. 

Ils devaient être guidés déjà par l’Esprit Saint ces braves gens assis autour de Jésus. Ils avaient choisi les meilleures places. Ils étaient fascinés par les paroles de Jésus, par toute sa personne, par son regard qu’il fixait sur eux. Les voir si attentifs fit jaillir de son cœur des paroles qu’on ne peut répéter qu’avec émotion : « Voici ma mère et mes frères et mes sœurs ». 

 

Ainsi pour exprimer ce que sont les liens qui peuvent nous unir à lui, Jésus les compare aux liens les plus forts, les plus délicats, les plus familiers aussi qui puissent exister. Il nous aime comme des frères ou des sœurs, il nous aime comme il aimait sa mère. De lui à nous existe cette tendresse unique qui existe entre un fils et sa mère. Peut-on aller plus loin dans la révélation de l’amour du Seigneur Jésus pour nous ? 

 

Jésus y met cependant une condition : il s’adresse, cet amour à celui qui fait la volonté de Dieu. « Celui qui fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère ». Faire la volonté de Dieu dans les mille devoirs de la vie quotidienne, dans les peines acceptées et supportées, dans ces épreuves du temps présent dont nous a parlé saint Paul, dans la charité fraternelle surtout, si exigeante, cela nous paraît souvent difficile. 

 

Nous redoutons peut-être notre faiblesse dont nous avons fait souvent l’expérience. Nous savons bien que nous ne la faisons pas toujours, cette sainte volonté de Dieu. Alors regardons encore ces premiers disciples assis autour de Jésus et qui l’écoutaient. Jésus a dû voir en eux avant tout et surtout cette ouverture du cœur, cet accueil joyeux, cette bonne volonté profonde, et ces dispositions d’âme ont suffi pour qu’il dise : « Voici ma mère, mes frères ». 

 

Ce sont ces dispositions intimes que le Seigneur attend de nous et qui sont exactement le contraire du péché contre l’Esprit-Saint : une bonne volonté inlassable, un cœur libre et bon, jamais satisfait de lui-même, mais toujours ouvert, ouvert à sa parole, ouvert à la vérité, ouvert à sa volonté. Le reste finalement, c’est son affaire plus que la nôtre, c’est l’affaire de son secours et de sa grâce sans laquelle nous ne pouvons rien faire. 

Et d’ailleurs, comment pourrions-nous faire la volonté de Dieu, si nous n’étions d’abord aimés de Dieu ? C’est toujours lui qui nous devance, qui nous aime le premier. Il nous cherche avant que nous ne le cherchions. « Où es-tu donc ? » Cette question posée à Adam coupable, elle traverse toute la Bible. Elle s’adresse à nous toujours. Notre pauvre amour n’est jamais qu’une réponse à cet amour immense et mystérieux qui nous cherche, qui nous enveloppe et qui nous promet de si grandes choses, ce poids extraordinaire de gloire dont parlait saint Paul. 

 

Au tout premier rang de cette famille spirituelle que constituent autour de Jésus ceux qui l’écoutent et qui l’aiment, il y a naturellement sa mère, la toute sainte, la toute pure, dont la volonté ne faisait toujours qu’un avec la volonté de Dieu. Demandons-lui de rester avec elle pour rester avec le Seigneur. 

Père Philippe

Le Saint Sacrement du Corps et de Sang du Christ - B

Le Saint-Sacrement, que nous fêtons aujourd’hui, 
n’a pas été seulement institué, un soir, à Jérusalem,
par Jésus, devant ses douze apôtres, la veille de sa mort rédemptrice.

 

Il a des racines qui plongent bien avant
 dans l’histoire biblique, et notamment aux jours
 de ce fameux exode libérateur, marqué par la marche mémorable au désert. 
Et il a des prolongements qui vont bien au-delà
 du premier Jeudi Saint de l’an 30
 puisque c’est chaque jour et au long des jours 
qu’il se célèbre en mémoire du Seigneur (1 Co 11,25-26).

 

À partir de ce qui est préfiguré par la liturgie d’alliance, au Sinaï,
 et de ce qui est si bien mis en lumière par la Lettre aux Hébreux, 
on comprend pleinement ce qu’a voulu faire Jésus,
 au cours de son dernier repas pascal, avec ses douze apôtres,
 tel que nous le rapporte saint Marc.
 Ceux-ci sont prêts à tout mettre en œuvre
 pour bien lancer l’ensemble des préparatifs.
 Manifestement en effet, Jésus attache une grande importance 
à la célébration de cette ultime pâque (Lc 22,15).

 

On revoit bien la scène :
 Effervescence urbaine autour du Temple,
 en ce jour de fête où l’on immole l’agneau pascal. 
Affairement des disciples à l’approche de ce grand jour. 
Leur montée fébrile vers la ville haute en quête d’une salle. 
Mais voici que, quand ils arrivent, tout est prêt !
 Ils trouvent à l’étage une grande pièce toute préparée pour un repas (Mc 14,15).
 Soudain tout s’arrête. Comme en suspens.
 Voilà une salle d’amis pour un dernier repas entre amis (Jn 15,16). 
Après la mise en scène, tout en mouvement,
 si alerte, si pittoresque, si concrète, c’est le recueillement.
 Toute l’histoire biblique semble se concentrer 
sur cette heure enfin arrivée (Jn 13,14 ; 17,1).

 

On va entendre d’abord, doucement proclamées 
dans cette chambre haute, par la bouche du Seigneur, des paroles
 qui vont se répercuter à partir de ce jour, dans le monde entier !
 Rien de plus dépouillé, Rien de plus simple, Rien de plus humble.
 Mais ce sont les paroles les plus bouleversantes
 que l’humanité ait jamais entendues :
 Ceci est mon corps ...  Ceci est mon sang … (Mc 14,12.23). 
Prenez et mangez … Buvez-en tous … (Mt 26,26-27).
 Faites ceci en mémoire de moi (1 Co 11,14-15).

 

Le Christ Jésus qui parle ainsi ne le fait pas 
de manière imagée ou symbolique.
 Non ! Ses paroles renvoient à l’acte le plus concret, le plus réel,
 le plus historique qui soit : son corps livré au Calvaire,
 son sang versé sur la croix par lui, le Seigneur de la gloire (1 Co 2,8).
 C’est donc bien de présence réelle qu’il s’agit ici.

 

Ces paroles et ces gestes restent certes d’une simplicité désarmante.
 Elles retentissent cependant chaque jour, 
des milliers de fois par jour et à toutes les heurs du jour.
 Jusqu’aux confins de la terre, comme annoncé par Jésus. 
Faites ceci en mémoire de moi !

 

Mystère insondable de respect et de force, d’humilité et de grandeur.
 Inhabitation divine. Feu dévorant et source vive. 
Irradiation de lumière intérieure. Don de pure tendresse.

 

Prenez et mangez, voici mon corps. Mais c’est du pain !
 Prenez et buvez, voici mon sang. Mais c’est du vin !
 Un pain et un vin consacrés qui renvoient (et c’est plus qu’un symbole !)
 à cette folie d’amour du Christ s’offrant pour nous , librement, sur la croix !

 

Mystère de communion. Échange merveilleux. Mémorial sacramentel.
 Le Christ demeure en moi et moi en lui (Jn 6,54-56) !
 Insensiblement peut-être, mais véritablement.
 Invisiblement sans doute, mais réellement.
 Car les réalités les plus vraies sont les réalités spirituelles.
 Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).
 Corps spirituel en mon corps charnel
 pour faire de moi un homme spirituel (1 Co 3,1).


 

Corps immortel en mon corps périssable
 pour l’ouvrir à l’espérance de l’immortalité (1 Co 15,53).
 Dans cette union si profonde et si totale qu’elle devient transformante,
 nous sommes alors unis à la Divinité de celui qui a voulu revêtir notre humanité .

 

Frères et sœurs, y a-t-il quelque chose de plus grand et de plus beau sur la terre
 que de former ensemble le Corps du Christ (1 Co 10,17 ; 12,27) 
en devenant une seule âme dans le même Esprit (Ph 2,2) ?

Père Philippe

Très Sainte Trinité - B

Pourquoi a-t-on autant de mal à parler de notre foi alors que Jésus dans l’Évangile est claire : « Allez de toutes les nations, faîtes des disciples ». Pourquoi ?

 

En fait il y a une raison objective. C’est la question du doute. On a des doutes. Mais Jésus vient nous dire : c’est pas grave. L’enchaînement de l’Évangile est clair : « certains eurent des doutes », mais Jésus leur dit à tous : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples ».

 

Jésus nous dit : même si vous avez des doutes, c’est pas très grave, allez de toutes les nations et faîtes des disciples. Jésus nous envoi en mission, même si on n’est pas complètement sûr de notre propre foi. En fait, si on attend d’être sûr de notre propre foi pour partir en mission, et bien on ne partira jamais. On ne partira vraiment jamais, parce qu’on a toujours des doutes, et tant qu’on ne sera pas en face à face avec Dieu au ciel, dans notre épaisseur humaine, on aura toujours des doutes. Si on attend d’être au ciel pour annoncer l’Évangile, le Royaume de Dieu ne va pas grandir vite. Cette question du doute n’est donc pas un obstacle.

 

Mais approfondissons : d’où viennent ces doutes ? D’où viennent ces résistances qui font qu’on a tous du mal à parler de Jésus ? Et bien, nous même, profondément on n’est pas complètement convaincu parfois. On n’est pas convaincu de qui est Dieu, de quelle est notre relation à Dieu, de l’effet du baptême et de la confirmation sur nous. 

 

Alors intellectuellement, on n’a pas trop de problème. Mais profondément dans notre vie il reste des petites zones à évangéliser, sans cesse. Et sans cesse il y a ces doutes, et on a du mal à en parler. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi oui : c’est parfois plus difficile de parler de Jésus, que de parler d’autre chose. 

 

La question se situe dans notre relation à Dieu. Nous sommes des enfants de Dieu, des enfants bien-aimés de Dieu, mais parfois on se comporte comme des esclaves pour reprendre l’image de l’Apôtre Paul dans la 2èmelecture. 

Quelle est la différence dans une maison entre un esclave et le fils du maître ? Les deux vont obéir au maître, mais pas pour les mêmes raisons. Le fils du maître croit en la bienveillance de son père. Il croit que son père est là pour le faire grandir. L’esclave, lui, obéit par peur du châtiment. 

 

Notre relation à Dieu est parfois entre les deux. Nous sommes des enfants de Dieu, des enfants bien-aimés de Dieu, mais parfois on se retrouve et on se voit dans cet état d’esclave, et nous avons peur de Dieu. On retrouve ça dès le début du livre de la Genèse : Adam et Eve pèchent et que font-ils ? Ils se cachent parce qu’ils ont peur de Dieu. Le péché que nous faisons, introduit un espèce de doute dans notre cœur : est-ce que Dieu est bon, est-ce que Dieu m’aime, est-ce que Dieu est vraiment mon Père ? Profondément nous avons ce doute en nous. Et nous passons, dans la même maison, du rôle de fils au rôle d’esclave.

 

Comment Dieu nous sauve de cela ? Dieu notre Père nous a créé et nous donne de vivre dans sa maison comme des héritiers, des fils et des filles bien-aimés, et nous, nous perdons cette filiation et nous nous réfugions dans ce rôle d’esclave. 

 

Dieu lui-même vient à notre secours. En deux temps. Dieu lui-même, le Père, envoi son Fils, qui en nous montrant qu’il est le Fils va nous rappeler que nous aussi en étant ses frères nous sommes fils. Vous voyez comment je me rapproche du mystère de la Trinité que nous célébrons en ce dimanche. Le Père aimant, infiniment aimant, nous envoi son Fils qui nous permet de nous rapprocher du Père, qui nous rappelle que nous sommes enfants de Dieu.

 

Mais là encore, ça ne suffit pas complètement. On a besoin de l’Esprit Saint. Cet Esprit d’amour qui circule entre le Père et le Fils. Cet Esprit qui va venir en nos cœurs et qui va sans cesse travailler notre cœur pour que nous puissions redevenir des fils. « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! ». 

 

Cette présence de la Trinité, que je vous expose par ses missions, nous rappelle qu’il n’y a qu’un seul Dieu qui veut nous attirer à lui : un Père aimant et créateur. A cause de notre péché, nous avons besoin de nous réconcilier avec lui, de nous reconnaître comme des fils et des filles. En nous sauvant par sa mort et sa résurrection, Jésus va nous rétablir dans notre dignité de fils. Nous l’avons contemplé durant tout le temps pascal. Puis il nous envoi l’Esprit consolateur, celui qui va cesse travailler notre cœur, si nous le voulons bien, pour devenir des fils et des filles. 

 

Ce doute que nous avons en nous n’est donc pas une fatalité. En laissant le Père nous aimer, en laissant Jésus nous révéler l’Amour miséricordieux du Père, en le laissant nous sauver, en laissant l’Esprit Saint agir en nous, et bien ce doute s’efface. Notre relation au baptême va se simplifier. Nous n’aurons plus peur de parler de Jésus aux autres. Ça restera toujours quelque chose de difficile. Mais l’action de Dieu n’a qu’un seul but : nous ramener à lui, sans cesse. Ce Dieu qui est le Créateur, ce Dieu qui est notre Père ne désire qu’une seule chose : qu’on se jette dans ces bras. C’est ce que nous vivons dans toutes les petites conversions du quotidien. C’est lui-même qui nous attire à lui et c’est lui-même qui nous donne la force et la volonté d’avancer vers lui.

 

Je vous propose 2 petits exercices pratiques pour dimanche prochain, et peut-être au-delà si vous le voulez. 

 

D’abord reprendre conscience du signe de croix que nous faisons. On le fait souvent. Et j’espère que vous le faîtes au moins une fois par jour. Nous traçons sur notre corps la marque de Dieu lui-même : ce Dieu créateur, le Père qui nous donne la vie ; le Fils qui nous sauve, qui se fait notre frère pour nous mener vers le Père ; et l’Esprit Saint qui nous pousse sans cesse à revenir vers le Père et qui nous donne cette Esprit d’enfant de Dieu. Je vous invite à prendre conscience de ce que nous faisons quand nous traçons le signe de la croix sur notre corps : quitter l’automatisme et faire l’effort de prendre conscience de ce que nous faisons, de se rendre présent à Dieu, Trinité Sainte, Père, Fils et Saint Esprit.

 

Deuxième exercice que je vous propose et qui déborde le rendez-vous de dimanche prochain, c’est de suivre l’invitation de Jésus et de proposer le baptême. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais si chacun de nous propose cette année le baptême à quelqu’un, disons qu’un tiers va répondre, nous pourrons être 50 de plus dans l’église l’année prochaine. C’est extrêmement important de penser à ça. Les enfants que Dieu attend, c’est nous qui allons les lui donner. Nous participons à cette re-création. Il a besoin de nous. Cherchez dans vos lieux de vies, dans vos activités, une personne à qui cette année vous pourriez proposer le baptême. Si chaque année nous proposons à une personne le baptême, je vous garantie que notre église sera bientôt trop petite. C’est réel. Dieu nous attend là. Dieu nous donne cette mission. « Allez ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et moi je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ». 

 

Que le Seigneur nous donne cette grâce de vivre avec lui tous les jours de notre vie, accueillir le Salut qu’il nous donne, l’Esprit Saint qui fait de nous des fils et des filles de Dieu, et nous, fort de cette élan, que nous puissions proposer cette vie avec Dieu à nos frères et sœurs.

Père Philippe

Pentecôte - B

Le Feu de l’Amour divin a embrasé les apôtres au Cénacle, les poussant d’emblée à sortir pour proclamer les merveilles de la divine Miséricorde.

 

C’est ce même Feu que nous demandons et recevons en ce jour, un Feu dont nous avons tellement besoin pour que toutes nos peurs, toutes nos résistances, soient consumées, et que notre vie se mette à proclamer la tendresse de Dieu à notre monde malade. C’est un Feu puissant. C’est le Feu de Dieu. C’est le Feu qui transforme notre vie en mission. Une fois accueilli, nous continuons sans doute à mener nos mêmes activités familiales, sociales ou professionnelles, mais nous les vivons différemment. Tout devient mission. Nous ne pouvons plus perdre notre temps : tout est orienté par le désir d’aimer Jésus, et de le faire aimer.

 

Notre vie devient un buisson ardent ! Buisson parce que nous restons pauvres et vulnérables comme un buisson en terre aride ; mais Buisson ardent parce que le Feu de l’Amour nous donne le désir inextinguible d’aimer. Il nous brûle du désir de donner notre vie, de la perdre pour que les autres aient la vie.

 

Jésus donne l’Esprit Saint promis par le Père qui est l’Amour divin en personne, l’amour sanctifiant, l’amour vivifiant, faisant de ceux qui L’accueillent des créatures nouvelles, des enfants du Royaume, des fils et des filles de Dieu rendus aptes par son Esprit à étendre son Règne comme de nouveaux Christs, ou mieux, comme le Christ Lui-même présent en ses membres vivants. 

 

De fait, quelle est la première expérience que font les douze apôtres au jour de Pentecôte ? Ils voient leurs cœurs s’élargir aux dimensions du monde entier. Les langues, énumérées par l’auteur des Actes tracent les frontières de l’Empire romain d’alors. C’est le monde entier qui, soudain, entre dans le cœur des hommes de Galilée. Impossible de garder pour eux, impossible de garder pour leur peuple, les richesses du cœur du Christ !

Et les voici qui, libérés de toute peur, deviennent des témoins incroyablement audacieux du Christ vivant. Les grandes mains du Christ de Gloire ont envoyées sur eux l’Esprit et les voici déjà en route au souffle de l’Esprit.

 

Voilà la merveille de ce Feu qui dérange nos vies … Non ! Qui bouleverse nos vies ! Laissons-nous déranger ! Laissons-nous bouleverser ! Notre vie chrétienne doit prendre feu pour ne pas s’éteindre inondée par les eaux trompeuses de la culture de mort dans laquelle nous baignons.

 

L’Esprit s’offre à nous et c’est une grande merveille ! L’Esprit Saint qui est Dieu, habite dans la pauvre créature que je suis, que tu es. Mais il demande que nous lui fassions de la place, que nous le laissions nous aimer, nous animer, nous transgresser.

 

Dieu n’est pas avare de ses dons en notre temps. L’Esprit Saint se manifeste avec une force et une tendresse étonnante. Nous ne sommes pas abandonnés, mais bien choyés. Cependant, il nous appartient de dire «oui» à l’effusion de l’Esprit, à ce Feu qui transforme notre vie en mission. Et que nous demande pour cela l’Esprit ? Simplement notre silence. Il attend et désire notre silence pour devenir la Lumière et la Joie de notre vie.

 

Frères et sœurs, que viennent sur nous, sur le monde,une nouvelle effusion de l’Esprit, une nouvelle Pentecôte d’Amour pour que, par nous, par notre vie, notre prière, notre souffrance, de nombreuses âmes trouvent le chemin du Ciel, parce que le désir de Dieu est que tous soient sauvés, que tous connaissent les profondeurs de son Amour.

 

Anna, Lila et Lou-Annec’est ce que vous allez vivre, mystérieusement, dans un instant. Acceptez Jésus comme le Seigneur dans votre vie. Établissez un contact existentiel, réel avec le Christ. Invitez Jésus à demeurer en vous. Il ne nous laisse jamais seul : il vous donne sa présence réelle dans son eucharistie et il souffle sur vous son Esprit qui n’est autre que son Amour.

 

Viens Esprit Saint. Conduis-nous au Fils qui nous sauve. Conduis-nous au Père qui nous aime. Conduis-nous à la vraie connaissance de nous-mêmes. Esprit-Saint, embrase-nous, purifie-nous, libère-nous, 
transforme-nous, sanctifie-nous.

Père Philippe

 

 

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