Quelques articles qui ont été diffusés depuis le début du 1er confinement

Christ est ressuscité ! Alléluia !

Quelques nouvelles de notre Communauté de Paroisses ...

Elles aussi confinées, nos 2 églises sont restées connectées

Le cierge pascal de St Amand et les 2 cierges pour St Vincent de Paul, au moment de la Vigile Pascale

La croix fleurie à St Vincent de Paul

La fête de la Divine Miséricorde, (photo en 2019 à St Vincent de Paul)
Le cierge pascal qui a trouvé sa place à St Vincent de Paul
Nos 3 prêtres qui vous saluent
En ce mois de Marie ...

Une prière de Mère Thérésa - Jeudi 30 avril

Tu es le soleil éclaté de l’Amour du Père

 

 

 

Seigneur crucifié et ressuscité,
Apprends-nous à affronter
Les luttes de la vie quotidienne,
Afin que nous vivions
Dans une grande plénitude.
Tu as humblement et patiemment accueilli,
Les échecs de la vie humaine
Comme les souffrances de la crucifixion.

Alors les peines et les luttes

Que nous apporte chaque journée,
Aide-nous à les vivre
Comme des occasions de grandir
Et de mieux te ressembler.
Rends-nous capable de les affronter,
Plein de confiance en ton soutien.
Fais nous comprendre
Que nous n’arrivons à la plénitude de la vie
Qu’en mourant sans cesse à nous mêmes
Et en nos désirs égoïstes.

Car c’est seulement en mourant avec Toi

Que nous pouvons ressusciter avec Toi.
Que rien désormais
Ne nous fasse souffrir ou pleurer
Au point d’en oublier la joie de ta résurrection.

Tu es le soleil éclaté de l’amour du Père,

Tu es l’espérance du bonheur éternisé
Tu es le feu de l’amour embrasé.
Que la joie de Jésus soit force en nous
Et qu’elle soit, entre nous, lien de paix
D’unité et d’amour.

Mère Térésa


Site des Salésiens

 

Mardi 28 avril

 

Un déconfinement sous le signe

des “saints de glace”...

priés contre les calamités !

La Vie - Marie-Armelle Christien

 

 

Le 11 mai, choisi pour être la date du déconfinement progressif, se trouve être une date importante dans le calendrier liturgique. Les catholiques fêteront ce jour-là Saint-Mamert, l'un des « saints de glace » qui a initié les rogations, destinées à éloigner entre autres calamités les épidémies. Explications. 

Depuis l’allocution d’Emmanuel Macron, les yeux sont rivés sur le 11 mai. Pour les catholiques, cette date marque depuis plusieurs siècles le début des « saints de glace ». L'un d'entre eux, Saint Mamert, célébré le 11 mai dans l'ancien calendrier liturgique, fut évêque de Vienne au Vè siècle et institua les rogations, soit trois jours de supplications du 11 au 13 mai pour qu'hommes et récoltes soient épargnés par les calamités… épidémies comprises.

Qui sont les « saints de glace » ?

Les plus connus sont saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais. Les « saints de glace », sont en réalité plusieurs saints célébrés entre la mi-avril et la mi-mai. Si on les désigne ainsi, c'est parce que la météo de cette période est cruciale pour les récoltes. «La période de la mi-mai est très importante pour la végétation. Les pousses sont encore toutes nouvelles et si des gelées surviennent, elles peuvent faire de grands dégâts » explicite Nadine Cretin, auteur de l’Inventaire des fêtes de France d’hier et d’aujourd’hui (Larousse). « Or, jusqu’à cette date ultime, qui marque la fin de l’hiver, des gelées tardives peuvent encore survenir. Une fois les « saints de glace » passés, les risques pour les récoltes sont moindres, et il n’y a plus de gelées. » poursuit la spécialiste des rites et célébrations religieuses.

Très populaire auprès des jardiniers et des agriculteurs notamment, les saints de glace intéressent encore des domaines plus surprenants : « Pour les syndic immobiliers aussi, les saints de glace sont importants. Ils n’éteignent le chauffage qu’une fois la période passée » sourit la spécialiste.

Mais outre le phénomène météorologique, les saints de glace sont surtout signes qu’un rien, à commencer par quelques degrés de moins, suffit à faire chambouler nos vies. Un message qui prend un relief particulier en temps d’épidémie « Pour moi, les saints de glace, c’est tous les jours, insiste Hervé Giraud, archevêque de Sens et Auxerre , mais nous avons tendance à l’oublier. Dans ce cas précis, c’est un gel qui survient, et qui fait tout basculer, or, nos vies sont bâties sur le même modèle. Il suffit d’un petit événement pour tout faire basculer. Ce temps d’épidémie nous fait redécouvrir que la mort est une compagne intime, inséparable de nos existences. Nous redécouvrons que nous sommes mortels. A nous de voir ce que nous en faisons, et de trouver la lumière dans cette nuit »

Supplier contre les calamités

Les rogations, instituées par Saint Mamert, qui aurait arrêté la propagation d'un feu avec son propre corps, tirent leur nom du verbe latin « rogare », qui signifie « demander ». Organisées traditionnellement durant les trois jours qui précèdent l’Ascension, elles visent à éloigner les calamités : incendies, famines… sans oublier les épidémies. « C’est le moment ou jamais de faire des rogations » propose Emmanuelle François, présidente des Journées Paysannes, familière de la pratique.

« Avec l’exode rural et la baisse du nombre de pratiquants, la tradition a perdu en popularité, détaille Nadine Cretin. Cependant, de plus en plus de gens les redécouvrent, et les croyants ont de moins en moins peur de s’affirmer en public». Bien évidemment, « ce n’est pas une prière miracle, prévient sœur Béatrice, de l’abbaye de Boulaur où elles sont organisées chaque année. Mais elle apprend à s’abandonner. Malgré toute catastrophe, nous savons que le Seigneur veille. Ne nourrit-il pas même les oiseaux du ciel ? »

Dans son prochain numéro de juin, le mensuel Prier propose un éclairage approfondi sur le retour en popularité des rogations, suite à l'engouement écologique provoqué par l'encyclique Laudato Si. 

Article proposé par Martine Renaud

 

Les " saints de glace " ?

Que mettons-nous derrière le mot "déconfinement"?

Faut-il envisager un "retour à la normale"?

Réfléchir à une manière totalement inédite, donc à inventer, de vivre?

Une réflexion de Jean-Pierre Longeat, moine bénédictin de l'Abbaye de Ligugé (Vienne) parue dans le quotidien La Croix (en ligne) - cf. pièce jointe, ci-dessous

 

La fin d'un monde
La-Croix-La-fin-d-un-monde-200423.pdf
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Quelques lectures proposées par le P. Alain - lundi 27 avril

Vous trouverez peut-être aussi matière à réflexion à partir de l'une ou l'autre des contributions d'auteurs d'horizons divers mises en ligne gratuitement par la revue Etvdes sur son site :

https://www.revue-etudes.com/rubrique/utopie-virale-24234

Le temps de la libération de la parole est-il enfin arrivé, réseaux sociaux et fin des complexes aidant ? Pouvons-nous, enfin, tout dire ? Au contraire, affirme Marylin Maeso, jamais la parole n’a été autant muselée et c’est à une enquête au sein d’une véritable conspiration du silence qu’elle nous convie, à partir de l’analyse d’exemples issus tant de l’observation de ...
www.revue-etudes.com

 

On lira avec intérêt l'article de Guillaume Cuchet : https://www.revue-etudes.com/article/une-amplification-de-la-mortalite-ordinaire-guillaume-cuchet-22599

Si la Terre  ...

 

 

Si la Terre elle-même ressuscite ...

 

 

La Vie - un article de Jean-Claude Guillebaud, journaliste, écrivain et essayiste

Illustration : Saint François d'Assise prêchant aux oiseaux. Leemage

 

Une habitude prise voilà longtemps : quand le découragement m'accable, quand une tristesse m'assiège, il m'arrive de courir relire le Cantique des créatures, écrit par François d'Assise, peu de temps avant sa mort, en 1226. Il y parle affectueusement de « messire frère Soleil », il salue « sœur eau, fort utile, humble, précieuse et chaste ». Il remercie « notre mère la Terre qui nous porte et nous nourrit ». C'est un texte émouvant mais aussi d'une grande clairvoyance. On a pu y voir le premier manifeste écologiste. François fut d'ailleurs proclamé patron des écologistes, le 29 novembre 1979 par le pape Jean Paul II dans une « bulle » spéciale.

 

Je ne savais pas qu'à trois siècles de distance, le 22 décembre 1532, le théologien protestant Martin Luther avait rédigé un « message à ses paroissiens »d'une tonalité voisine. Je veux dire empreint des mêmes gratitudes panthéistes. (Rappel du Petit Robert : le panthéisme tend à « diviniser la nature ».) Cette lecture très protestante a comblé le catholique que je suis. Sous la plume de Luther, il est surtout question de la Résurrection. Et du printemps. « À l'approche de l'été, écrit-il, tout verdit et fleurit ; tout n'est que joie et vie, en comparaison de cet hiver de rigueur et de mort. »

 

Il reproche à ses paroissiens de ne pas toujours percevoir le sens lumineux de cette promesse. « Au contraire, ajoute-t-il, on se contente d'engloutir et d'avaler tout ce qui pousse, exactement comme le ferait un porc. » Et cela l'indigne : « Celui qui est un porc, reste un porc. » En réalité, l'œuvre du printemps nous est présentée comme un signe prophétique. Ce signe nous aide à comprendre et à accepter la promesse de résurrection. Le printemps ne correspond-il pas, chaque année, à une résurrection de la terre ? Il est capable de refaire de la vie avec « tout ce qui était gelé et mort dans la terre ».

 

Le message nous adjure de comprendre la puissance prodigieuse de cette promesse. Et en quoi c'est à nous qu'elle s'adresse. La raison en est facile à comprendre. Le printemps « qui fait chaque année de si belles plantes nouvelles à partir d'une semence ou d'un noyau morts, fera assurément davantage encore avec nous quand nous serons enfouis sous la terre. » Alors, selon notre foi, viendra le moment d'un éternel été. Nous apparaîtrons beaucoup plus beaux et plus magnifiques. Il compare ce don à un « précieux trésor, enveloppé dans un beau mouchoir ». Il vient fortifier et conforter notre foi « préalablement fondée sur l'écriture ».

 

Pour renforcer sa rhétorique, il évoque les philosophes païens. Même eux avaient vu et décrit que tout pouvait surgir de la mort. Ils savaient observer les cycles de vie et de mort. Le polythéisme gréco-latin connaissait cela. En revanche les païens étaient incapables d'y voir cette vérité et d'en déduire que cet article de foi (la nôtre) s'y trouvait illustré. Il ne s'attarde pas à citer la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens. Mais c'est à elle qu'il pense. « Si le Christ n'est pas ressuscité votre foi est sans valeur » (chapitres 15-17). « C'est pourquoi, assure Luther, nous devons prendre à cœur cette image de saint Paul pour bien nous imprégner de la résurrection. » Merci au « grand frère » le printemps.

Article proposé par Martine Renaud

Le virus de l'humilité

La Vie - Erwan Le Morhedec, avocat et essayiste

 

C’est votre beau-frère, c’est votre oncle, c’est un ami ou c’est un @ sur un réseau. Ce genre d’hommes – et quelques femmes – sait comment il aurait fallu gérer cette épidémie dès janvier. Il sait quand et comment il faudra déconfiner. Il sait s’il faut ou non retourner en classe et, avec le renfort d’experts en plateaux et de professeurs aux micros, il sait même quel traitement est efficace. En d’autres temps, à la fin du dîner, vous lui auriez donné 1 000 hommes et, Bon Dieu ! il vous la finissait, cette guerre ! 

 

Auditionné par le Sénat, le professeur Jean--François Delfraissy a confié la liste de ce que lui, à l’inverse, ne sait pas. Lui, président du Conseil scientifique, immunologue et spécialiste des maladies infectieuses, ne sait pas si les enfants sont véritablement un vecteur privilégié de transmission de la maladie. Il ne sait pas si avoir contracté le Covid-19 offre une immunité, et pendant combien de temps. Il ne sait pas si la contamination de 50 % de la population offrira une immunité collective suffisante. Il ne sait pas pourquoi le Sud-Ouest est épargné. Et il ne sait pas non plus si le virus disparaîtra avec l’été. Voilà une liste qui suscitera l’ironie goguenarde des premiers ; c’est que les choses sont simples, quand on ne porte pas la responsabilité des décisions. 

 

Quelles que soient les réserves que le professeur Delfraissy peut susciter dans d’autres fonctions, cette audition était une ode à l’humilité, et l’on aimerait que nos ignorants péremptoires et bruyants s’inspirent un tant soit peu de cette trop rare capacité à reconnaître ce que l’on ne sait pas, mais avec autorité. Car oui, décidément, ce virus nous renvoie à l’humilité et nous révèle désarmés. Il le fait bien au-delà de notre ignorance sur ses caractéristiques et sur les mesures appropriées : il dévoile la fragilité de nos projets et il ridiculise nos velléités de plans à 5 ou à 10 ans quand, en moins de temps qu’il n’en faut à un pangolin pour dire « coronavirus », tout est bouleversé. 

 

Oui, il nous rend humbles, ou du moins le devrait, lorsqu’un ciel d’azur immaculé comme jamais, parcouru de trilles d’habitude étouffés vient souligner la vanité de notre activisme. Qu’ajoute donc l’Homme par son agitation ? Peut-être ce virus rappelle-t-il à cet Homme qui rêve de maîtrise la grâce de l’abandon. Le Covid-19 serait alors un virus d’humilité. Même si ce n’est pas la plus contagieuse de ses propriétés.’

 

Article proposé par Martine Renaud

 

Dimanche 26 avril

 

 

"La lumière de Pâques s'est levée

au coeur de la nuit,

sans en dissiper toutes les ombres, 

 

Cette lumière n'éblouit pas,

ne s'impose pas :

elle suscite une interrogation

surtout elle aide à poursuivre la route.

 

Qu'elle fasse de nous

des témoins de ta résurrection."

 

 

 

D'après une prière universelle de la cathédrale de Poitiers 

 

Proposée par J-Jacques Kuster

 

Montre-moi ton visage

 

Christ transfiguré, je t’adresse aujourd’hui ma prière. Écoute-la, exauce-la, je t’en prie.

 

Quand tout au long de ma route, en moi la peur et le doute s’installent, montre-moi ton visage, visage de l’homme issu tout droit de Dieu, visage de lumière qui vit au sein de la lumière, image du Dieu vivant.

 

Quand tout au long de ma vie, en moi la tristesse et la langueur se posent, quand mes désirs s’égarent, quand ma foi vacille,

 

Fais-moi voir ton corps transfiguré, corps brisé sur une croix, corps de l’homme recréé entre les mains de Dieu, image du Dieu vainqueur de la mort.

 

Quand tout au long de mes jours et de mes nuits, en moi la croix pèse trop lourd, quand je ne veux plus, je ne peux plus avancer, tourne mon regard vers toi, le Transfiguré, convaincs-moi que mon destin, comme le tien, est de me retrouver au sein de la lumière, image, avec toi, du Dieu à jamais vivant.

J-Y Garneau

Proposée par Martine Renaud

 

Un pape urgentiste - Samedi 25 avril

En pape urgentiste, François réaffirme sa position de leader mondial

Article La Vie - Marie-Lucile Kubacki, à Rome

 

La crise sanitaire et économique du Covid-19 permet au pape de manifester un leadership mondial en même temps qu’elle éclaire son pontificat, placé depuis le début sous le signe de l’urgence.

 

 « Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. » Dans la première interview du pontificat, à la revue jésuite Civiltà Cattolica, en 2013, François livrait sa vision de l’Église catholique avec cette formule qui avait marqué les esprits. Il expliquait : « Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l’Église aujourd’hui, c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité. » Ajoutant : « Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol ou si son taux de sucre est trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons aborder le reste. » Alors que la crise sanitaire et économique liée à la pandémie de Covid-19 fait rage, transformant le monde entier en un vaste hôpital de campagne, ces paroles prononcées il y a sept ans acquièrent une résonance nouvelle.

 

Elles permettent de comprendre pourquoi, dans la tourmente, le pape François s’est démarqué comme une autorité morale, intellectuelle et spirituelle de référence, s’imposant – même s’il n’aime pas beaucoup le terme – en « influenceur » mondial et assumant un leadership global. Au point que le journal Marianne titrait récemment, sous la plume de Constance Colonna-Césari – spécialiste de la diplomatie vaticane et réalisatrice de l’excellent documentaire Les Diplomates du pape –, « Pâques 2020 : le pape François est ressuscité ». La preuve en est que le président de la République française doit s’entretenir ce mardi 21 avril avec lui. Pour mémoire, dans son message de Pâques du 12 avril, le pape François, avait plaidé pour l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Une idée à laquelle, dès le lendemain, Emmanuel Macron faisait écho dans son allocution télévisée, proposant d’« aider l’Afrique », moyennant une « initiative d’annulation de dette massive ». Un sujet de conversation tout trouvé, donc.

 

Dans un monde en souffrance, l’approche « médicale » de François fait mouche. Faut-il le rappeler ? tout jeune, Jorge Mario Bergoglio rêvait d’être médecin. On raconte même qu’à l’époque sa mère, lui demandant pourquoi elle avait trouvé des ouvrages de théologie dans sa chambre au lieu des manuels de biologie escomptés, s’était entendu répondre : « Je n'ai pas menti. Je veux devenir médecin des âmes. » L’obsession médicale n’a depuis cessé d’irriguer sa pastorale, à travers de petits gestes concrets, comme les boîte de « Miséricordine » (contenant un chapelet au lieu d’une plaque de gélules) qu’il a fait distribuer place Saint-Pierre au début de son pontificat pour inciter les gens à prier, mais aussi sa rhétorique – ses coups de semonce à la Curie, épinglant « les maladies spirituelles » des serviteurs de l’Église – et sa vision du monde. Un monde souvent décrit comme « blessé » ou « en souffrance » – à cause de la culture de l’indifférence et du déchet qu’il ne cesse de fustiger.

 

 « Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. » Tels étaient, de façon si symptomatique, les mots qu’il a récemment lancés depuis une place Saint-Pierre déserte, lors d’une célébration inédite, en plein carême, un soir où l’Italie pleurait un millier de morts en une seule journée…

 

Ses thèmes de prédilection – la crise environnementale, les limites du système financier, la solitude des personnes âgées, en un mot le fameux « tout est lié » de l’encyclique Laudato si’ – sont devenus des urgences vitales. Mais si François se démarque comme l’une des rares – la seule ? – voix prophétiques du moment, c’est aussi parce qu’il raisonne, depuis le début du pontificat, comme un urgentiste. C’est ainsi qu’il faut comprendre sa manière de donner la priorité, pour ses voyages pontificaux, aux pays les plus petits, les plus pauvres, les plus déchirés par les guerres, ceux où les chrétiens sont les plus minoritaires – et, accessoirement, pourquoi il n’est toujours pas venu en France. C’est ainsi aussi qu’il faut comprendre sa pastorale de l’accueil et sa souplesse envers les situations dites « irrégulières ». C’est ainsi, enfin, qu’il a pu donner l’impression de s’intéresser davantage aux brebis perdues qu’au troupeau fidèle. Dans un service d’urgence, les gens sont classés en fonction de la gravité de la situation. Cela fait grincer des dents, mais c’est ainsi que l’on sauve des vies. Priorité au salut des âmes. Ainsi, l’approche du pape, qui a pu à plusieurs reprises susciter des froncements de sourcils et des mouvements d'incompréhension au sein du monde catholique, prend toute sa pertinence dans la crise actuelle.

 

Sans surprise, les deux dicastères (équivalent au Vatican de ministères) dont le rôle sort renforcé dans la période actuelle sont celui pour le Développement humain intégral et celui pour la Communication. Le deuxième, car le pape et le Saint-Siège se retrouvent plus que jamais sous les feux des projecteurs dans un monde avide d’une parole neuve. Le premier, car il s’est vu confier la mission de composer une « task-force » de cinq groupes de travail, avec comme feuille de route : affronter l’urgence, en collaboration avec Caritas international ; connecter les meilleures intelligences dans les domaines de l'écologie, de l'économie, de la santé et de la sécurité sociale ; communiquer sur les activités caritatives ; réfléchir à des initiatives à mettre en place avec les États ; et trouver des fonds. François, quant à lui, assume la dimension prophétique de l’Église, dont les fidèles ont tant besoin – dimension déjà en germe dans sa manière de remettre le discours sur les fins dernières au goût du jour.

 

C’est en soutane blanche, comme la blouse d’un urgentiste, qu’il s’est rendu le dimanche 15 mars en pèlerinage dans les rues désertes de Rome, sur les traces des papes de l’Antiquité et de la Renaissance confrontés à de grandes épidémies de choléra et de peste noire, pour implorer la fin de l’épidémie de Covid-19. La crise donne raison à ses intuitions et à son message. Mais aussi, elle le révèle.

 

Article proposé par Martine Renaud

 

Une Église sans messe ?

La Croix - Sophie de Villeneuve, rédactrice en chef de Croire

 

Nous aurons donc à attendre la mi-juin avant de pouvoir, peut-être, nous retrouver dans nos paroisses. Pour des messes avec, sans doute, masques, gants, et baiser de paix respectant la " distanciation sociale ". Mi-juin... cela fera donc trois mois que la télévision, YouTube ou Facebook auront pris le relais de nos rassemblements communautaires, et c’est très bien. Comment aurions-nous pu suivre la semaine sainte, et maintenant nos messes dominicales, sans cette effervescence technologique ? Mais trois mois de communautés virtuelles, et peut-être plus encore, ne pose-t-il pas question ?Qu’est-ce que la messe ? Qu’est-ce qu’une communauté ? Pour beaucoup le manque se fait sentir, bien sûr, et c'est normal. Mais n'y a-t-il que la messe qui puisse nous rassembler ? N'y a-t-il que la communion eucharistique qui nous fasse sentir chrétiens ? Beaucoup en sont privés durant de longs mois, comme le synode sur l'Amazonie nous l'a rappelé. Durant ses longues marches dans le désert, Charles de Foucauld méditait sa solitude de prêtre sans communauté : pas de messe possible chaque jour. Il en souffrait, mais trouvait que penser à Jésus le plus qu’il pouvait, à chaque instant, en marche, " misérablement ", dans une adoration continuelle, eh bien, cela pouvait suffire… Peut-être est-ce à cela aussi que nous sommes appelés durant ces jours sans véritable communauté.Découvrons ce à quoi nous invite de son côté Mgr Benoist de Sinety, vicaire général de Paris.

 

Les communautés virtuelles sont-elles de vraies communautés ?

 

Devant la profusion de nombreuses initiatives sur les réseaux sociaux, n’y a-t-il pas un risque de déconnecter la célébration d’une pratique communautaire ? Les réflexions de Mgr Benoist de Sinety, vicaire général du diocèse de Paris.

 

Les chrétiens ne vont probablement pas pouvoir retourner à la messe avant le 15 juin prochain, et beaucoup vont continuer à se réunir par ordinateur interposé. Ces communautés virtuelles sont-elles de vraies communautés ? Cela ne risque-t-il pas d’engendrer une certaine lassitude ?

 

Précisons que rien n’est encore décidé. Les responsables des cultes qui ont dialogué mercredi 22 avril avec le président de la République ont demandé que l’on puisse autoriser au plus tôt, une fois le confinement amorcé, le retour à la pratique, mais rien n’a été tranché. On peut penser cependant qu’il faudra du temps pour revenir aux pratiques habituelles. On a vu fleurir depuis le début du confinement de nombreuses initiatives sur les réseaux sociaux : des prêtres célèbrent la messe ou dispensent des enseignements pour garder un lien avec les fidèles. Ces initiatives sont très appréciées. Certains y ont vu le risque de déconnecter la célébration d’une pratique communautaire, et d’en faire un acte individuel et à distance, intensifiant plus encore que d’habitude le principe du choix d’aller écouter tel prêtre plutôt que tel autre, ce qui dissout l’appartenance communautaire. C’est évidemment un risque. La mise en place de célébrations relayées par internet, tout comme la messe diffusée chaque dimanche à la télévision depuis 1948 pour ceux qui ne peuvent pas s’y rendre, est nécessaire parce qu’elle rend l’absence moins douloureuse, mais elle n’est pas suffisante. Je dirais que c’est un pis-aller.

 

On a l’impression, devant toutes ces initiatives, que seule compte la messe. N’y aurait-il pas d’autres formes de pratique à mettre en valeur ?

 

C’est une question que l’on se pose depuis le concile Vatican II qui, en rappelant que l’eucharistie est la source et le sommet de l’Église, a pu laisser penser que sans la messe, point d’Église possible, point de vie chrétienne possible, point d’Évangile possible. Cela mérite d’être nuancé. Un des grands mérites de l’impossibilité pour les croyants de se rassembler à l’église, c’est qu’elle pourrait faire émerger la liturgie familiale, une forme de célébration dont les catholiques français n’ont pas du tout l’habitude. Les juifs la vivent depuis toujours. Les protestants également, pour une part. Les orthodoxes ont pratiqué des liturgies familiales sous le régime communiste, qui leur interdisait toute célébration publique. Mais c’est une forme de liturgie méconnue du catholicisme français. Dans ma famille, certains de mes cousins qui étaient confinés à la campagne ont allumé un feu pascal dans leur jardin le samedi saint, ont lu les grands récits bibliques de la vigile pascale, ont chanté autour du feu. D’autres qui étaient en appartement à Paris ont partagé en famille l’évangile du dimanche de Pâques… Il ne s’agit pas de remplacer la messe. Mais l’impossibilité de se rassembler pour l’eucharistie permet aux chrétiens de chercher comment entrer en communion avec le Seigneur et avec la communauté chrétienne, par le partage de la Parole ou par la mise en place de petites liturgies familiales qui manifestent le désir de prier et de cheminer ensemble.

 

On a aussi beaucoup parlé de « communion de désir ». Qu’en pensez-vous ?

 

B. de S. : C’est quelque chose que l’on a oublié, mais qui n’est pas une simple piste pour temps de crise. Cela nous indique que recevoir le pain de vie, le corps du Christ, nous met certes en communion avec le Seigneur et avec nos frères, mais que le désir profond qui habite notre cœur et qui est nourri par l’Esprit saint permet aussi de trouver un chemin de communion avec le Christ. Il y a des chrétiens qui ne peuvent jamais communier, pour des questions de discipline notamment, en raison de leur état de vie, ou parce qu’ils vivent trop loin du lieu de célébration eucharistique, comme le synode sur l’Amazonie le rappelait récemment. Ces personnes ne sont pas moins chrétiennes que les autres. Charles Péguy n’a pas pu communier pendant des années parce qu’il était marié civilement mais pas religieusement. Il allait néanmoins très souvent à la messe. Et, voyant les gens s’avancer vers l’autel, il serrait les poings et se disait intérieurement : « Je suis bien chrétien, moi aussi ». Tout cela ouvre des perspectives qui je pense, vont être riches pour l’avenir en théologie et dans la vie sacramentelle.

 

Cela nous rapproche des chrétiens d’Amazonie…

 

B. de S. : En effet, nous sommes des Indiens depuis un mois. Nous n’avons malheureusement considéré ce synode, nous chrétiens occidentalo-centrés, que comme un lieu de débat ou d’attente sur l’élargissement de la communion aux divorcés-remariés, ce qui n’était pas du tout l’enjeu. Il s’agissait de réfléchir à ce qu’est la communion, et finalement à ce qu’est l’Église. Souhaitons que les théologiens qui se poseront ces questions soient de cultures les plus variées possible, car la diversité des cultures est ce qui fait la richesse de l’Église catholique. Et que des théologiens amazoniens, africains, indiens, européens, puissent, en portant les cultures qui sont les leurs, travailler avec enthousiasme à toutes ces questions-là.

 

recueilli par Sophie de Villeneuve

 

 Article proposé par Martine Renaud

Méditation du quotidien - Vendredi 24 avril

Ouvrir une fenêtre

 

 

Il y a des jours, Seigneur, où je ne sais plus rien.
Je ne sais plus ce que je suis, qui je suis.
Je ne sais plus pourquoi je suis là et où je vais.

Oh! Ce n’est rien, Seigneur, presque rien,
juste un peu de lassitude,
comme un ciel de nuit dans le midi de ma vie.

Alors, j’ai envie d’ouvrir une fenêtre,
une fenêtre sur l’ailleurs,
sur l’ailleurs de moi,
sur l’ailleurs de mon quotidien.
Apprends-moi, Seigneur,
à ouvrir le sens de ma vie, comme une route.
Pas une route facile, je le sais.
Il y aura toujours, malgré moi, de temps en temps,
la soif, la fatigue et la faim.
Mais, je sais aussi, qu’il y aura toujours au fond de moi,
cette force qui me fait tenir debout,
car, j’en suis sûr, le soir venu, tu seras là, à l’étape.
Alors, peut-être qu’autour d’une table,
en rompant le pain avec d’autres,
je trouverai un sens à ma vie

 

Robert Riber

Courte leçon de sagesse ... - Jeudi 23 avril

Tout est bien !

 

 

Des malheurs évités le bonheur se compose” dit la sagesse populaire. Et de fait, heureux, nous le sommes surtout par contraste. Celui qui n’a jamais eu soif ne peut connaître la saveur de l’eau.

 

Nous sommes souvent dans l’attente d’un surcroît de vie, de quelque chose en plus par rapport à ce qui constitue notre ordinaire. Nous voudrions des choses en surabondance et nous oublions que nous pourrions aussi mourir de soif.

 

Nous raisonnerions différemment si nous considérions que ce dont nous disposons constitue non pas quelque chose de normal, mais un privilège que nous devrions apprécier à sa juste valeur.

 

Redécouvrir l’extraordinaire de notre ordinaire, c’est faire un grand pas vers le bonheur.

 

Considérons tout ce que nous avons, plutôt que de nous attarder à tout ce qui nous manque, et nous redécouvrirons la vie pour ce qu’elle est : une chose magnifique dont il faut célébrer la saveur ici et maintenant, sans égard pour ce qui aurait pu être et qui n’est pas.

 

Revisitons la simplicité de l’instant pour redécouvrir à quel point notre bonheur peut s’y accorder naturellement. Tout est bien !

 
François Garagnon      "
Pensées revigorantes "

 

Site des Salésiens

 

 Proposé par Martine Renaud

 

Une prière

Aide-moi, Seigneur, à être pour tous, la personne qu'on ne dérange jamais, qui reçoit avec bonté, qui écoute avec sympathie, qui donne avec amour. 

 

Aide-moi, Seigneur, à être pour tous et toutes, la personne qu'on est toujours certain de rencontrer quand on a besoin de parler à quelqu'un. 

 

Aide-moi, Seigneur, à être cette présence rassurante, à offrir cette amitié reposante, à rayonner cette paix joyeuse, à être recueillie en Toi, pour Toi. 

 

Et pour cela, Seigneur, que ta Pensée ne me quitte pas, que ta Vérité habite en moi, que ta Loi soit mes délices. Et qu'ainsi, Seigneur, dans la simplicité de mon cœur, dans le quotidien de ma vie, je puisse aider les autres à Te savoir plus proche, à reconnaître ton Amour, dans un geste d'accueil qu'en ton Nom j'accomplis.

 

Ainsi soit-il.

 

Père Robert Riber

Un article - Après ? - Mercredi 22 avril

 

 

Photo : Une morgue temporaire en raison des nombreux décès attendus à l’hôpital Bellevue à Manhattan.

 

La Vie

 

Il n’y aura pas d’après

Erwan Le Morhedec, avocat et essayiste

Oubliez cet après que tant d’intellectuels et politiques voudraient « penser ». Après n’existe pas. Il n’est que le moment fantasmé produit par l’envie folle de voir cette affaire derrière nous. Et parce que « nous sommes en guerre », nous imaginons de plus fort un après-guerre. Avec un armistice, un traité de paix, avec une date charnière. Mais il ne s’agit pas de « penser » un autre monde qui viendrait. Nous avons déjà basculé dans cette autre réalité, fruit de nos choix passés, et elle s’impose aujourd’hui à nous par la force. Il n’y a pas d’après car nous vivrons très certainement, dans les mois prochains, de nouveaux confinements. Il n’y a pas d’après parce que le virus reviendra, à l’automne, cet hiver. Pas d’après parce qu’une mutation du virus n’est pas exclue. Pas d’après, car, explique le Pr Didier Sicard, spécialiste des maladies infectieuses, au-delà du pangolin, il y a chez les chauves-souris une trentaine d’espèces de coronavirus. Il n’y a pas d’après, il y a maintenant.

 

Nous vivons cette épidémie parce que nous arasons la nature.-

Alors il ne s’agit plus de poser des hypothèses pour l’avenir, il s’agit de voir d’où vient la bombe qui nous a déjà éclaté au visage. Nous vivons cette épidémie parce que nous arasons la nature, que nous nous livrons à la déforestation et que nous construisons au contact de la forêt primaire et des réservoirs de virus qu’elle contient. C’est bien une bombe qui éclate lorsque l’on voit les dizaines de camions frigorifiques que New York, la « ville qui ne dort jamais », doit commander pour coucher ceux qui s’endorment pour toujours. C’est une bombe, à fragmentation, quand, dans trop de nos Éhpad, nos parents ou grands--parents meurent, parfois d’asphyxie, toujours seuls, sans personne à leurs obsèques. À travers nos aînés, à travers les soignants et personnels en souffrance dans les hôpitaux ou les Éhpad, c’est notre humanité qui pleure ; elle hurle que nous l’avons trop longuement négligée. Comme elle, la nature se rappelle à nous. Serons-nous aveugles à cet avertissement ultime ? Changer n’est plus une option, c’est une question de survie, physique et morale.

 

Cette pandémie révolutionne notre écologie, au sens propre. Sans même compter ses pourtant vertigineuses implications économiques et géopolitiques, elle commande un autre regard sur notre vie si fragile, depuis la conception jusqu’à la mort, considérant avec une attention redoublée ce que le pape François martelait à 10 reprises dans son encyclique Laudato si’ : tout est lié. Quand tout s’effondre en même temps, cette évidence s’impose.

 

Article proposé par Martine Renaud

 

 

 

Prière au réveil - Mardi 21 avril

Chaque matin au réveil, je me reçois des mains de Dieu. 
Dieu me donne cette journée d’aujourd’hui.

Hier n’existe plus, sauf dans mes souvenirs qui vont fondre jour après jour comme neige au soleil, sauf dans mes regrets qui vont aller gonfler mon capital de blues et de mélancolie inutile.

Demain n’existe pas encore, sauf dans mes bonnes résolutions, sauf dans mes désirs et mes espoirs qui sont probablement proportionnels à toutes les déceptions, péchés et malaises qui m’habitent.

Mais aujourd’hui, maintenant, à chaque instant, Dieu me porte en sa vie, il me donne mon présent, il se donne à moi, me dit : « En cet instant, Je te suis présent : confie ton passé à ma miséricorde et ton avenir à ma providence. »

C’est pourquoi une prière de louange monte de mon cœur car cette Présence me remplit de joie et de gratitude.

De la "continuité pastorale" à l’Église de demain- suite - Lundi 20 avril

Suite de l'article "Quelle Église après le confinement ?"

 

Et aussi un article  Une chance pour la solidarité

qui est à rapprocher du remarquable travail que fait en ce moment de crise "notre" Entraide avec notamment Gérard et Danièle au service de dizaines de demandeurs. Des paroissiens visibles pour les habitants de la Meinau, et qui rendent aussi notre communauté visible. Merci à eux pour leur engagement chrétien bien concret.

 

 

Confinés à Stanislas, ils préparent des paniers-repas pour les SDF

 

D'autant qu'en cette période de confinement, les catholiques ont répondu largement présents du point de vue de la solidarité avec les plus fragiles et avec les soignants. Les initiatives sont innombrables. À Paris, par exemple, des centaines de repas sont distribués tous les jours pour les personnes de la rue. À Flixecourt, le presbytère s'est transformé en « base multi-fret ». Les paroissiens viennent y déposer des gâteaux que des soignants récupèrent pour les distribuer à l'hôpital. « Ces dernières années, l'Église a pu donner le sentiment d'avoir uniquement un discours sociétal et moral. Or là, on montre une Église qui prie, qui intercède, qui bénit ; une Église qui voudrait être aux côtés des personnes souffrantes d'abord, constate Cédric Burgun. Au fond, dans ces conditions dramatiques, le souhait du pape François de voir une Église aux périphéries, comme un hôpital de campagne, est réalisé. »

 

C'est le temps des laïcs ! Le temps d'exercer notre sacerdoce de baptisé.
- Natalia Trouiller, auteure

 

Cette intuition rejoint celle de Natalia Trouiller, auteure de Sortir ! Manifeste à l'usage des premiers chrétiens (Première Partie, 2019) qui insistait déjà sur le fait que l'Église devait renouer avec la dimension incarnée de la religion chrétienne et la relation aux autres. « C'est le temps des laïcs, s'exclame-t-elle. Le temps d'exercer notre sacerdoce de baptisé, notamment ce sacerdoce invisible qui consiste à prendre soin les uns des autres. On est en train de prendre une claque collective. J'espère que le petit troupeau de catholiques va réinvestir les métiers du soin et que le peu de moyens qui reste à l'Église va être investi dans des lieux de soins ! »

 

Comment retranscrire ces bouleversements dans la vie des paroisses après le confinement, et que retenir d'une expérience qui préfigure peut-être celle des quelques années à venir, où les catholiques auront moins facilement accès aux sacrements ? « Le confinement nous donne à voir, je crois, une situation où l'Église revient à de plus petites communautés, fidèles et prêtres, à une organisation plus simple. Paradoxalement, je pense que la crise que nous vivons révèle notre désir profond d'être plus proches, pressent Cédric Burgun. Est-ce que la situation de l'Église nous convoque à couvrir des territoires toujours plus grands ? Ou ne faut-il pas accepter de revenir à des communautés plus petites, mais fortes et plus soudées ? » L'idée, en gestation depuis plusieurs années dans l'Église de France, prend aujourd'hui tout son sens. « Il faut que cela redevienne normal de se retrouver en petites fraternités autour de chez nous pour des temps de prière, observe Guillaume Cail. L'enjeu, c'est comment inclure tout le monde dans une fraternité. Cela passe par une révolution de l'accueil dans les paroisses. » À commencer par l'immédiat déconfinement. « Allons-nous en sortir entre nous ou bien avec nos nouveaux amis ? », s'interroge Jean-Baptiste Nadler qui rêve de dîners entre voisins redécouverts. « Le risque pour les paroisses, comme pour la société, ce serait de reprendre comme avant, comme si de rien n'était. »

 

[La Vie n° 3894 du 16 au 22 avril 2020]

 

                  Article proposé par  Étienne Piémont

2ème Semaine du temps pascal

Émission audio - suite du samedi 11 avril

Bonjour à tous,

 

J'espère que vos fêtes se sont bien passées, et que vous avez pu profiter des multiples propositions qui ont été faites par courriel et internet.

 

Les divers offices ont été célébrés à l'église durant ce triduum si particulier. Ce fut beau et priant, mais l'absence des paroissiens fut lourde à porter... Même s'ils ont été au cœur de notre prière de prêtres ! Une grande tristesse, mais aussi une joie surnaturelle : vivre la mort et la résurrection autrement...

 

J'ai été interviewé par Catherine Escrive à cette occasion ; je vous envoie le lien vers le podcast réalisé à cette occasion.

 

Belle écoute, dans cette longue octave de Pâques,

 

En Jésus ressuscité,

 

P. Alain Moster

 

 

Bonjour à tous,

La concomitance de Pâques et de Pessah cette année nous permet de revisiter une partie des sources de notre foi pascale.
Une journaliste, Catherine Escrive, a réalisé une émission très nourrissante à ce propos.
Je vous joins le lien.

 

 

Belle écoute,
P. Alain Moster
PS : il y aura une suite, concernant les orthodoxes, et les catholiques... Suite au prochain épisode !

Quelques belles illustrations que les paroissiens vous font parvenir.

Les messages sont sur la page du dimanche de Pâques, juste en-dessous ...

Et après 40 jours ...

Il se passe toujours quelque chose après 40 jours (ou 40 années) dans la Bible ...

À la Meinau, ce sera le sourire - de ressuscité, comme dirait le P. Rodrigue - de nos 3 prêtres, confinés avec le soleil !

Ils se portent bien ...

Les jours passent ... et ne se ressemblent pas

Après "Mens sana in corpore sano" .... voici "Duc in altum" ...

De la "continuité pastorale" à l'Église de demain - Dimanche 19 avril

Quelle Église après le confinement ?

 

La Vie - Publié le 16/04/2020 à 09h01 - Modifié le 16/04/2020 à 09h22 Laurence Desjoyaux avec Marie-Lucile Kubacki

 

Dans l'impossibilité de se rassembler physiquement en raison du confinement, les catholiques expérimentent depuis plusieurs semaines de nouvelles façons de vivre leur foi. Dessinent-ils une manière nouvelle de « faire communauté » ?

 

Tous les matins, Nicolas Jouy pousse la porte de l'église de Flixecourt (Somme). « Au nom du Père et du Fils... » Il commence le chapelet. Les paroissiens l'attendaient. Les paroissiens ? « J'ai repris l'idée d'un prêtre italien et j'ai scotché leurs photos sur les bancs », s'exclame ce curé d'une vingtaine de clochers dans la campagne picarde. Les fidèles sont, eux, derrière leur écran, connectés à la page Facebook de la paroisse. Outre cette prière quotidienne, le prêtre leur donne rendez-vous le dimanche pour une messe en direct. « J'ai voulu garder cette diffusion locale, explique-t-il. Les parents du catéchisme regardent parce que c'est leur curé, mais n'iraient pas se brancher sur la messe du Jour du Seigneur, aussi belle soit-elle ! » Il joue d'ailleurs la proximité, se promenant avec son Smartphone avant la messe dans les rangs occupés par les photos des paroissiens, présentant les uns et les autres. Et avoue : « Nos liens de fraternité me manquent terriblement. »

 

Alors que l'épidémie de Covid-19 a brutalement privé les catholiques de sacrements, mais aussi de lieux où se réunir, Internet est devenu le support essentiel de la continuité pastorale. À la hâte, les équipes paroissiales ont essayé d'y redévelopper un ersatz de vie communautaire. À Colombes (Hauts-de-Seine), la paroisse Saint-Pierre-Saint-Paul diffuse ainsi la messe en direct depuis le 22 mars, premier dimanche du confinement. « C'est un beau moment, témoigne Isabelle Payen de La Garanderie, vierge consacrée du diocèse de Nanterre, qui tient la caméra. Pour la paix du Christ, les gens échangent des commentaires sur Facebook, ce n'est pas virtuel, c'est réel. »

 

Chrétiens en confinement : ces prêtres qui célèbrent en ligne

 

Pourtant, la formule montre aussi ses limites. Si des prêtres songent à continuer cette diffusion après le confinement, souhaitant ainsi toucher ceux qui ne pourraient pas se déplacer, d'autres en reviennent. « On est dans une religion de l'incarnation, où le corps, la présence physique est centrale, estime Jean-Baptiste Nadler, curé des paroisses Saint-Pie-X et Notre-Dame-de-Lourdes à Vannes (Morbihan). Je crois que nous devons résister à la tentation de désincarner la pastorale dans un monde qui a déjà de plus en plus de mal à distinguer le virtuel du réel. »

 

Au-delà de la messe

 

Certains regrettent par ailleurs le fait que cette numérisation accélérée se soit avant tout centrée sur le culte. « 95% des efforts des paroisses sont tournés vers la diffusion de la messe, alors que justement nous sommes temporairement privés de l'eucharistie, constate Guillaume Cail, directeur de l'École Pierre, à Lyon, destinée à former des jeunes pour transformer l'Église par la créativité. À mon sens, il faut produire un autre contenu pour Internet et non pas plaquer ce que l'on fait déjà ! Un boulevard s'ouvre pour nourrir les gens dans toutes les facettes de leur vie : la prière, le couple, l'accompagnement des enfants... »

 

La paroisse de Lyon-Centre, dont il est l'un des piliers, a d'ailleurs choisi de ne pas retransmettre la messe comme elle le faisait pourtant depuis plusieurs années. « Dans ce contexte, nous nous sommes demandé ce que nous pouvions offrir aux gens, et notamment à ceux qui sont éloignés de l'Église », poursuit-il. L'équipe diffuse chaque dimanche un temps de louange, de lecture de la parole de Dieu et d'enseignement à plusieurs voix. Des propositions sont ensuite adaptées aux différents publics de la paroisse. Au fil du confinement, de nombreuses communautés paroissiales ont aussi ajusté leurs efforts. « Il reste un équilibre à trouver : ne pas proposer "que" la messe, et ne pas nier non plus son importance, nuance Isabelle Payen de La Garanderie. L'objectif est que les chrétiens puissent s'approprier leur vie chrétienne. »

 

Le confinement est en effet propice à une réflexion plus vaste sur la vie spirituelle de chacun et sur sa place dans une Église où les prêtres seront de moins en moins nombreux à l'avenir. « C'est un révélateur et un accélérateur qui pousse jusqu'à la caricature la paroisse sans prêtre et le prêtre sans paroisse, analyse Florence de Leyritz, spécialiste du coaching et de l'évangélisation. Se pose la question des ressources individuelles du baptisé. Suis-je capable de rentrer seul - avec tout ce qui est proposé en ligne - dans ma vie chrétienne ? » Privés de lieu de rassemblement, beaucoup de chrétiens découvrent ces temps-ci la notion d'Église domestique. « Je peux prier chez moi, dans le secret de ma chambre, ou dans la famille, et la grâce se donne ! », rappelle Cédric Burgun, vice-doyen de la faculté de droit canonique de l'Institut catholique de Paris.

 

Les églises à la maison, retour aux sources du christianisme ?

 

À Vannes, Jean-Baptiste Nadler a été frappé par la demande de certains paroissiens de diffuser en direct tous les offices. « Hormis la messe, chacun peut le faire chez soi, s'exclame-t-il. Ça manifeste en creux que l'essentiel de leur vie chrétienne se passe à l'église. Mais Jésus n'est pas coincé dans le tabernacle ! Il est chez eux ! » Son objectif est donc de leur donner des ressources afin qu'ils dépendent moins du prêtre et de l'église sur leur chemin vers la sainteté.

 

Une « fracture pastorale » ?

 

Dans ce cadre, le prêtre devient « générateur de disciples », selon la formule de Florence de Leyritz, qui pourront à leur tour accompagner d'autres personnes. « Pour former des communautés résilientes, on voit l'importance de nourrir la vie chrétienne à l'échelle cellulaire, au niveau de la famille ! », constate-t-elle. Car encore faut-il savoir comment prier chez soi, seul ou en famille. Plus qu'une fracture sociale et numérique, un des enjeux du déplacement de la vie des paroisses sur Internet, le confinement révèle en fait une fracture pastorale qui traverse ceux qui se côtoient à la messe le dimanche. « Le risque, c'est d'aggraver cet écart entre les gens qui sont déjà "à fond" - et qui sont capables de se nourrir spirituellement de façon autonome pendant cette période - et ceux qui ont un lien plus ténu avec la paroisse », s'inquiète Jean-Baptiste Nadler.

 

Pour maintenir ces relations, les prêtres et les fidèles ont massivement décroché leur téléphone. À Flixecourt, Nicolas Jouy appelle chaque jour 10 personnes, dont cinq inconnues : « Les gens sont surpris, mais très touchés ! » Sur sa paroisse, la chorale organise des « coronapéros » en visioconférence, comme à Lyon-Centre où tous ceux qui le veulent se retrouvent à 19h le dimanche. « Ça, on va le garder ! », s'exclame Guillaume Cail. Comme beaucoup de Français, les catholiques confinés ont aussi découvert ou redécouvert leurs voisins. « On parle souvent de la nécessité d'une Église tournée vers l'extérieur mais, au quotidien, ce n'est pas si évident, souligne Isabelle de La Garanderie. Là, des liens nouveaux et plus forts se tissent. Cela peut nous aider à penser une Église en sortie pour la suite. »

 

 

[La Vie n° 3894 du 16 au 22 avril 2020]

Suite demain avec un lien vers la Solidarité ...

Article proposé par Étienne Piémont

 

Se lever avec Lui - Samedi 18 avril

Il faut se lever avec Lui,

c’est le troisième jour,

et rouler de côté

les lourdes pierres qui empêchent la vie de hisser

ses voûtes vers le ciel :

l’abandon des affamés,

la mise à l écart de ceux qui ne servent plus à rien,

la misère acceptée comme conséquence obligée des pays riches,

l’indifférence et le soleil noir de la solitude.

 

Il faut se lever avec Lui,

c’est le troisième jour,

détacher la vie du repli sur soi car elle n a de sens

que dans le dépassement extrême de l’amour

et ne se bâtit que dans l’offrande absolue de soi,

arracher la vie aux maladies qui lézardent les murs

qu’on appelle haine, intolérance, fanatisme

ou quel que soit le nom du péché,

soulager le poids insupportable des croix

si largement distribuées qui maintiennent la vie à terre.

 

Il faut se lever avec Lui,

c’est le troisième jour

et se mettre à l’Évangile

pour construire la vie

de toutes les manières

et sous toutes les formes.

 

Alors le jour viendra

où le bois de toutes les croix

et les pierres roulées de tous les tombeaux

seront assemblés

pour construire la demeure de vie

pour l’éternité.

 

Il faut se lever :

avec Lui commence

le travail de Résurrection.

 

Charles SINGER

L'idéologie du changement

La Vie - Jean-Claude Guillebaud, journaliste, écrivain et essayiste

 

En ces temps de confinement prolongé et de déluge médiatique sur la pandémie, un ras-le-bol nous saisit. Trop, c'est trop ! On repense à ce vers de Stéphane Mallarmé : « Fuir ! là-bas fuir ! » (Brise marine). Pour parler plus simplement, disons qu'il arrive aux citoyens que nous sommes d'avoir le tournis. Abreuvés du matin au soir de mauvaises nouvelles, de décomptes des morts et des hospitalisés qui nous sautent à l'esprit sitôt le téléviseur allumé. Sommés d'obéir à des consignes politiques comminatoires et à des appels grondants à « prendre nos responsabilités », assaillis de reportages lugubres repassés en boucle sur les chaînes d'information en continu et les réseaux sociaux. Il nous vient l'envie - follement imprudente - de fuir vers les forêts canadiennes du Klondike, le cap des Aromates ou les îles Tuamotu.

 

C'est aussi le cas quand on nous adjure d'accepter le « changement », sans nous dire vraiment ce qu'il sera - personne ne le sait ! On nous répète qu'après cette épidémie « plus rien ne sera comme avant ». Y compris la mondialisation menée tambour battant sans réfléchir. Aujourd'hui, c'est vrai, nous avons la preuve que cette mondialisation a fait de notre pays un vassal objectif de la Chine, où se fabriquent jusqu'à nos médicaments, et qui nous tient à sa merci. Le « mondialisme », comme dit l'extrême droite, est à la fois une réalité tangible (ouverture des frontières, libre circulation des capitaux, compétition économique mondiale, etc.) et une idéologie qui sert à justifier les régressions sociales et les inégalités nouvelles.

 

C'est désormais la même chose pour le mot « changement ». Pas un homme politique, pas un éditorialiste, pas un observateur qui ne nous parle ces temps-ci du « changement nécessaire ». Ce mot est devenu un vocable rabâché, une sommation sans appel. Qui oserait être contre le changement ? Qui pourrait nier la nécessité - et même l'urgence - de réformes, dans un monde à ce point métamorphosé ? et pas seulement par cette crise épidémique.

 

La bourrasque anthropologique qui nous a saisis pendant les dernières décennies représente une rupture historique aussi considérable que, mettons, la Renaissance.

 

De fait, chaque citoyen sait parfaitement que la mutation/révolution que vivent nos sociétés depuis une quarantaine d'années implique des ajustements, des transformations. La bourrasque anthropologique qui nous a saisis pendant les dernières décennies représente une rupture historique aussi considérable que, mettons, la Renaissance, le siècle des Lumières ou la Révolution industrielle. Tout se transforme dans notre rapport au monde, à la matière, à l'espace, à la connaissance ; tout se modifie dans nos sociétés. L'essor conquérant de la mutation numérique donne une idée de l'ampleur inimaginable de cette mutation. L'épidémie est une métaphore de cette stupéfiante métamorphose.

 

Il nous faut ouvrir les yeux, changer nos habitudes, nous ouvrir à l'avenir et au grand large, nous défier de la nostalgie... En revanche, rien n'est plus horripilant que ce que l'on pourrait appeler « l'idéologie du changement ». Je parle de cette petite musique lancinante, de ce bruit de fond politico-médiatique, qui - au nom du tout-marché, de la technoscience, de la mode - nous enjoint de « changer » sans poser la moindre question. Cette course folle est redoutable. Elle oublie certaines nécessités humaines, comme la lenteur, la stabilité, la rumination, le calme, le silence. Refusons de courir vers le vide.

 

Le mot du curé - Vendredi 17 avril

"Ô temps suspends ton vol..."

 

 

Dans la série des choses improbables, je viens de constater que l'horloge de la sacristie de St Amand a cessé de fonctionner. Un problème matériel de plus à gérer dans une période où la multiplication des règles et interdits transforme les décisions du quotidien le plus élémentaire en occasions de s'arracher les cheveux (de toute manière trop longs et en mode hirsute). Faut-il aller dans un hypermarché pour acheter une pile, alors que ce n'est pas un achat de première nécessité ? Suis-je autorisé à prendre mon vélo ? On ne vaut-il pas mieux ne rien faire ? Peut-être est-ce l'occasion de s'interroger sur la valeur de ce temps "suspendu" que le confinement nous donne de vivre. Un temps qui peut sembler bien trop distendu pour certains qui ne peuvent en aucun cas sortir de leur chambre d'Ephad. Ou un temps qui s'est fait trop court pour d'autres, entre télétravail, courses (alimentaires...), exercice physique, suivi des devoirs des enfants et des adolescents et tensions générées par la promiscuité. Rappelons-nous que le temps est un don de Dieu, et que le moment présent, kairos, est celui où justement Dieu se manifeste, et se donne à voir, à entendre, à saisir... Le temps habituel est malheureusement souvent contraint, envahi par tant de choses, dont certaines ont peut-être justement disparu à la faveur des règles qui nous sont imposées... Cela peut donner le vertige et provoquer une envie de fuite. Résistons à la tentation de le faire, de remplir ce qui peut rester vide... Saisissons l'instant présent pour y discerner la présence de Dieu qui nous parle. Regardons depuis nos fenêtres et balcons les arbres en fleurs, écoutons les oiseaux dont le chant n'est pas couvert par le bruit du tram et des voitures, et voyons-y le Seigneur, maître de la Création. Habitons ce temps qui nous rapproche du Seigneur, mais aussi des autres à qui nous téléphonons, donnons des nouvelles et que nous soutenons...

 

"Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices.
Des plus beaux de nos jours !"

Lamartine, Le Lac.

 

P. Alain

Chrétiens en confinement

À Lourdes, les carmélites produisent des blouses pour les soignants

 

La Vie - Interview Sixtine Chartier

 

À l’appel du centre hospitalier de Lourdes, les carmélites se sont lancées dans la confection de blouses et de masques. Dans un sanctuaire désert, elles répondent à ainsi leur vocation de soutien spirituel – et cette fois, exceptionnellement, matériel – pour ceux qui souffrent. Entretien avec sœur Marie Stella, prieure de la communauté.

 

Depuis plusieurs semaines, les couturières et couturiers de France s’activent derrière leurs machines à coudre pour faire face à la pénurie de masques et autres équipements en tissu pour les soignants, comme des surblouses. Certains se sont même constitué en réseau. À Lourdes, voyant leurs stocks fondre à vue d’œil, la préfecture et l’hôpital ont fait appel à toutes les bonnes volontés, et notamment aux nombreuses communautés religieuses de la ville, pour récolter des draps et en faire des surblouses ou des masques. Depuis sa stricte clôture, le Carmel a répondu présent. Sollicitée par La Vie, c'est après un temps de réflexion que la prieure, sœur Marie Stella, a accepté de répondre à nos questions – à la condition que l'entretien soit « discret et court », en fidélité à la vocation carmélitaine de vivre caché, sous le seul regard de Dieu.

 

Dans quelles circonstances avez-vous été sollicitées pour coudre des blouses pour l’hôpital de Lourdes ?

 

Dans cette situation de souffrance particulière liée à l’épidémie, je trouvais que nous pouvions, en plus de notre prière, offrir notre travail. Depuis le confinement, nous désirions offrir une aide plus concrète, mais où ? Le 2 avril, une personne de l'hôpital nous a appelées pour nous demander des draps, dans le but de faire des blouses pour les soignants. Ils cherchaient aussi des couturières. Comme nous avons des sœurs couturières, nous avons accepté et nous venons de terminer 50 blouses. Quelques jours plus tard, la maire de Lourdes nous a contactées pour nous demander de confectionner des masques avec des tissus qu’on nous fournit.

 

Comment vivez-vous ce temps d’épidémie en tant que carmélites ?

 

Vue de l’extérieur, notre vie n’a pas changé. Nous avons le même rythme, réglé autour de la prière, du travail et de la vie fraternelle. Mais intérieurement nous sommes profondément touchées par tout ce qui se passe. Nous sommes avec le monde entier et nous portons dans nos prières tous les malades du Covid-19, toutes les personnes qui souffrent et les personnel soignants. Nous aimerions être sur le front, auprès d'eux, dans tous les lieux de souffrance, et apporter du soulagement… Mais nous savons qu’en tant que carmélite c’est par la prière et notre offrande, en étant unies au Christ, que nous pouvons être omniprésentes et porter l’amour partout.

 

Nous aimerions être sur le front, dans tous les lieux de souffrance, et apporter du soulagement…

 

Que signifie l’omniprésence dont vous parlez ?

 

Même si nous sommes au carmel et que nous ne bougeons pas – car nous restons dans le même couvent jusqu'à la mort –, nous pouvons être auprès de chaque personne qui souffre par la prière. Nous sommes en communion et nous pouvons apporter du soulagement en étant unies au Christ. La mission est là pour nous : par la prière, en restant enfermées, nous sommes offertes au monde.

 

Depuis le 17 mars, le sanctuaire de Lourdes est totalement fermé pour la première fois de son histoire. Que ressentez-vous ?

 

Le Carmel est juste en face de la grotte, nous l’apercevons très bien depuis notre jardin. Nous sommes complètement reliées au sanctuaire. D’habitude, même si nous ne sortons pas de notre clôture, nous entendons prier les pèlerins dans le sanctuaire et nous les apercevons de notre jardin. Les pèlerins viennent souvent participer à un de nos offices, comme les vêpres par exemple, ou pour un temps de recueillement dans le silence de notre chapelle. Ils aiment rencontrer nos sœurs externes pour leur confier leurs intentions de prière et en profitent pour acheter nos produits. Là, tout est désert. Il n’y a que les chapelains qui se relaient toute la journée pour prier à la grotte. C’est très impressionnant.

 

Proposé par Martine Renaud

 

 

Un article - Mardi 14 avril

La Vie - Publié le 10/04/2020 à 10h21 - Modifié le 10/04/2020 à 10h19

Interview Véronique Durand

 

Cette vérité centrale de la foi chrétienne, le théologien dominicain Franck Dubois l'explore pour nous avec humour et profondeur. Il est l'auteur de Pourquoi les vaches ressusciteront (probablement), au Cerf.

 

 

Pourquoi nos contemporains ont-ils tant de mal à croire à la résurrection ? N'est-elle donc que « folie et scandale », comme l'écrit saint Paul ?

 

Peut-être, comme il le dit, la résurrection est-elle une folie et un scandale, mais qu'est-ce par rapport à la folie et au scandale que nous vivons toutes ces dernières années ? La crise sanitaire actuelle nous fait très durement prendre conscience de nos limites et fragilités. Nous marchons sur la tête, surtout dans nos pays riches abreuvés de consommation et de biens en tout genre. Nous courons après l'idéal d'un homme sans limites, qui peut consommer toujours plus et pour lequel la frontière entre la vie et la mort est de plus en plus ténue. Avec l'idée qu'un jour ceux qui en auront les moyens auront recours à des technologies permettant de s'en affranchir. Ce monde sans limites touche à la folie. Mais aujourd'hui, tout bascule. Des vies sont brisées soudainement, la mort s'invite alors que nous ne l'attendions pas. Je pense à toutes les personnes atteintes de près ou de loin par le virus. Pâques, c'est le triomphe de la vie, envers et contre tout. Mais c'est difficile à comprendre ces jours-ci ! Je ne peux que prier pour que le Christ vienne consoler ceux qui pleurent.

 

 

En 2009, un sondage TNS Sofres a révélé qu'1 Français sur 10 seulement croyait en la résurrection. Ainsi, le coeur de la foi est mis en cause, pourquoi ?

 

Pendant tout un temps, l'Église s'est concentrée en priorité sur les questions sociales et la nécessité « d'agir ici et maintenant » dans la société. Elle a peut-être un peu oublié l'autre dimension de la foi chrétienne, celle de l'au-delà, qu'il nous faut nous réapproprier. Car c'est au nom de cet au-delà que notre responsabilité individuelle vis-à-vis du monde actuel et des préoccupations écologiques croissantes prend son sens. Nous n'avons chacun qu'une vie. Ce que nous faisons aujourd'hui pour nos proches et la planète aura des conséquences éternelles et rejaillira sur toute la Création. Il y a donc urgence à agir ici-bas !

 

 

L'au-delà est-il ce moment où nous échapperons à la réalité matérielle, parfois pesante, de nos vies ?

 

Pas vraiment ! La vie dans l'au-delà marquera à la fois une rupture, une transformation et une continuation avec le monde d'aujourd'hui. Pour définir l'au-delà, il faut lire les Écritures saintes. La Bible nous enseigne sur ce « pas encore » qui nous est promis par le Christ. Il est le premier modèle de Ressuscité que nous connaissons et il nous donne des clés pour imaginer ce monde à venir : un monde qui nous est à la fois familier et qui, en même temps, diffère de celui d'aujourd'hui, un monde peuplé de corps puisque le Christ est lui-même ressuscité, un monde fait de relations, car il apparaît et discute avec plusieurs de ses disciples. Un monde où il est aussi en relation avec les éléments comme l'eau et le pain.

 

 

Est-ce la confirmation qu'on ressuscite avec son corps ?

 

Cette question est celle qui, dans la théologie chrétienne, a fait couler le plus d'encre. Augustin se demandait déjà si on ressuscite avec tous ses cheveux, ses ongles... Moi qui suis chauve, ça m'intéresse ! À quel âge ressuscite-t-on ? La Bible est très discrète à ce sujet. L'Église a défini que nous ressuscitons avec notre corps actuel. Celui-ci est la réalité d'une personne, et puisqu'il est ce vecteur par lequel nous vivons, nous nous exprimons et nous alimentons, la résurrection ne peut s'accomplir sans lui. La difficulté, c'est de penser que nous aurons certes le même corps, mais transformé, composé d'une matière différente.

 

 

Comment comprendre que nos corps se transforment lors de la résurrection ?

 

Si on réduit la résurrection à la somme de nos relations, à la connaissance qu'on a de soi et des autres, et si on affirme que c'est le souvenir de soi qui ressuscite, on enlève toute la dimension corporelle. Or la résurrection, ce n'est pas cela, et c'est dangereux de le croire. Pour comprendre, là encore penchons-nous sur les textes. Le Christ ressuscité, lorsqu'il rejoint ses amis qui sont confinés chez eux et qui, par peur, ont fermé leurs portes, passe à travers les murs, il n'est pourtant pas un fantôme ! Il est doté de propriétés plus belles : son corps est resté le sien, mais il est glorifié, transformé, transfiguré. Je trouve très intéressant que la Bible soit provocante dans ses récits, qu'elle nous pousse à réfléchir.

 

 

Le christianisme serait donc une religion plus charnelle que spirituelle !

 

Ce corps abrite, certes, nos frustrations, et nos souffrances et fera que je tomberai malade et que je mourrai. Mais si le but de la vie est de s'en libérer, et s'il suffit de brancher mon cerveau sur une puce pour être immortel, c'est vertigineux. On ne peut toutefois résumer une personne à son cerveau. Le corps n'est pas qu'un accessoire, ni un pur outil dont on se sert un temps, avant de s'en débarrasser quand il est usé. Le christianisme nous assure du contraire ! Quand notre tour viendra de ressusciter, notre corps pourra être transformé en quelque chose d'encore plus beau, de plus parfait et glorieux, à partir de l'expérience que j'en fais aujourd'hui.

 

 

La fête de Pâques nous invite-t-elle à s'accepter soi et à s'aimer ?

 

Oui ! Car Pâques, c'est la Cène, le Christ se met à table avec ses disciples et mange. La résurrection, c'est l'histoire de la disparition du corps du tombeau, puis des apparitions de Jésus, que l'on reconnaît à des gestes, à des paroles. C'est très charnel. La célébration de Pâques utilise de nombreux symboles très matériels : l'eau, la lumière... Cette fête s'enracine dans la corporalité. Alors, oui, il faut aimer son propre corps, même si on est âgé, malade, handicapé, car il est appelé à la gloire. Saint Paul dit que nous ressusciterons dans et à la suite du Christ. Nos corps seront donc d'une beauté et perfection qui nous seront propres, parce qu'ils refléteront parfaitement notre vie intérieure, notre âme, ce qu'il y a de plus spirituel et d\'immatériel en nous. La résurrection, c'est la réconciliation de la matière et de l'esprit. La vraie beauté, c'est la parfaite manifestation de ce qu'on porte de plus beau en soi. Et Pâques nous offre les prémices de cette beauté.

 

Proposé par Martine Renaud

 

Baptême et confinement - Lundi 13 avril

La Vie

 

Cécile Grillet, 27 ans, responsable communication dans la fonction publique, devait être baptisée à Pâques dans le diocèse de Nanterre. Comme beaucoup de catéchumènes, elle voit ce sacrement remis à plus tard, confinement oblige. Un report qu’elle accueille comme une « douloureuse chance ».

 

 « Je devais recevoir le baptême au cœur de cette Nuit pascale… mais comme me l’a fait remarquer une amie : “Le temps de Jésus n’est pas le nôtre !” Il ne l’est jamais, mais je le touche plus encore aujourd’hui. Comment ai-je pris l’annonce du report – à une date encore inconnue – de la célébration tant espérée ? Sur le coup, avec mes six compagnons de catéchuménat de la paroisse Sainte-Cécile, à Boulogne-Billancourt, nous nous sommes dit que nous étions une promotion bien particulière ! Puis j’ai décidé de prendre la chose au mieux, en commençant par la relativiser. La pandémie suscite des drames réels et plonge nombre de personnes dans de grandes souffrances. Face à cela, le prolongement de mon catéchuménat apparaît bien anodin, même s’il a pu susciter une certaine frustration, de la douleur.

 

Et puis, pour dire les choses crûment : j’ai attendu deux ans, alors patienter quelques mois de plus, ce n’est pas si terrible ! Au contraire, même : c’est pour ainsi dire une chance. Celle d’avoir quelques mois supplémentaires – comme un bonus – pour renforcer ma décision, approfondir ma relation intime et personnelle à Dieu, creuser ma soif de Lui, dévorer sa Parole avec davantage de ferveur. C’est d’ailleurs en prenant (enfin !) le temps de lire les épîtres de saint Paul que je suis tombée sur ces versets si éclairants : « Par tout ce que vous ferez de bien, vous porterez du fruit et progresserez dans la vraie connaissance de Dieu : vous serez fortifiés à tous égards par la vigueur de sa gloire et ainsi amenés à une persévérance et une patience à toute épreuve » (Colossiens 1, 10-11). Persévérance et patience, c’est bien à ces deux attitudes que Jésus m’appelle !

 

Je crois que mon lien avec l’Église n’a jamais été aussi profond.

 

Je ne suis pas seule sur ce chemin. Paradoxalement, je crois même que mon lien avec l’Église n’a jamais été aussi profond. Je me sens soutenue par mon évêque (Mgr Matthieu Rougé, ndlr), portée par les frères de Saint-Jean de la paroisse Sainte-Cécile, qui diffusent leurs messes en direct et proposent des « pastilles spirituelles » sur les réseaux sociaux. Quant à l’accompagnement catéchuménal à proprement parler, il est certes différent, mais pas moins fort, loin de là ! Avant, nous nous rencontrions environ une fois par mois – nous sept, les catéchumènes, avec les préparateurs et les accompagnateurs. À peine le confinement décrété, un groupe WhatsApp a été lancé, et pas un jour ne passe sans que nous échangions des paroles bibliques, des intentions de prière, des questions, etc. Nous ne nous sommes jamais autant parlé !

 

Alors, certes, nous avons hâte de nous retrouver, de nous tenir les mains au moment du baptême, mais nous découvrons aujourd’hui la beauté de la communion de prière, invisible et pourtant bien réelle. J’ai la certitude que samedi soir, quand nous serons tous devant notre écran à suivre la vigile pascale célébrée à Sainte-Cécile, oui, j’ai la certitude que nous expérimenterons avec force cette communion et qu’ensemble, nous serons gagnés par la joie du Ressuscité ! »

 

Christ est ressuscité Alléluia ! Alléluia !

Le message du P. Alain - Jour de Pâques - dimanche 12 avril

«Christ est ressuscité !» «Il est vraiment ressuscité !»

 

Chers Frères et Sœurs dans le Christ,
C’est avec ces mots, très simples, que nos frères orthodoxes et catholiques orientaux se saluent chaque année de Pâques à l’Ascension. Une formule très simple, mais dite avec conviction, force et joie. Une formule prenant racine au cœur de notre foi. Une formule qui va même au-delà de notre foi personnelle, puisqu’elle prend en compte tout l’univers sauvé par la mort et la résurrection de Jésus. Elle remplace purement et simplement les salutations habituelles comme «bonjour», et donne à cette période une saveur toute particulière... La résurrection est un événement qui transcende le temps et l’histoire ; il y a un avant et un après, et pas seulement du point de vue de la chronologie. Christ est ressuscité, il est descendu aux enfers pour en libérer les justes qui attendaient depuis si longtemps. Contemplons par exemple la splendide fresque de St Sauveur in Chora, à Istanbul pour nous aider à rentrer dans ce mystère. Un événement de nature pour ainsi dire cosmique, qui coïncide de manière heureuse avec la renaissance de la nature au printemps, après les longs mois d’hiver.

Jésus Christ mort et ressuscité. C’est un fait, et notre sens du concret, de la réalité telle qu’elle est, doit nous permettre d’avancer malgré tout. Du point de vue spirituel, peut-être pourrions-nous mettre en œuvre ce que les grands priants ont expérimenté et discerné avant nous : l’alternance, dans la vie spirituelle, de périodes de désolation et de consolation. Nous rappeler, en ces temps difficiles, ce que nous avons vécu de beau, de grand, d’édifiant au cours des célébrations pascales des années passées. Jésus, dans sa transfiguration au Tabor, a donné à ses disciples les forces nécessaires pour traverser le temps de la passion sans désespérer. Nul doute qu’il nous donne, à nous aussi, ce dont nous avons besoin pour nous réjouir malgré tout, et approfondir ce mystère de mort et de résurrection. Il ne s’agit pas là d’une construction théologique, d’une réflexion intellectuellement difficile, mais de nous souvenir de tel événement, même très modeste, qui m’a profondément réjoui. De ce que d’aucuns appellent un clin Dieu, une sorte de piqûre de rappel : le Seigneur m’aime, il veut mon bonheur, et la perspective de la résurrection éclaire ce que je vis dans mon quotidien le plus incarné. «Dans le mystère de sa résurrection, chacun de nous est déjà ressuscité» nous dit la deuxième préface de Pâques. Cette foi qui nous habite, nourrit notre espérance qui est «comme une ancre sûre et solide pour l’âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire» (Hb 6, 19) et la charité qui en découle n’est que plus grande.


Que ces célébrations pascales, si particulières cette année, nous donnent une vive conscience «d’être ressuscités avec le Christ» et de rechercher les réalités d’en haut» (Col 3, 1).


P. Alain

Quelques souhaits partagés par des paroissiens ... Pâques

Chers tous,

Après le carême, le Christ est ressuscité dans la joie de Pâques. Des célébrations avec l’aide du numérique qui ne remplacent pas celles vécues en Communauté. Cependant, la vie confinée ne nous a pas empêché d’arroser le repas pascal avec une bonne bouteille de « Sanguis Christi 2008 » un Cahors de la cave des Roques de Cana, très bien avec l’agneau…
En attendant de se retrouver pour des célébrations communes et pourquoi pas trinquer à la santé de la Communauté de Paroisses.
Bonne semaine à tous, - (Jean-Paul)


Espérance, paix et solidarité universelle  en ce temps Pascal
Portons nous les uns les autres - (Claire et Denis)

 

Chers Amis,
Laissons-nous saisir par le Ressuscité !
La force de vie jaillira au cœur de toute chose.
Soutenons-nous les uns les autres. - (Marie-Monique)

 

Effectivement quelle belle joie pascale  !!!
Merci !
Au fait, je publie tous les messages sur la page « notre lien journalier » du site de la CP ... ils sont tellement beaux (Marie-Odile)

 

Merci pour les messages des uns et des autres.
Nous avons vécu cette semaine Sainte très particulière mais ce confinement inédit nous a permis un certain recul.
Joyeuses Pâques à vous tous, dans l'espérance. - (Véronique et Gérard)

 

La croix refleurit,
La vie a vaincu la mort,
Christ est ressuscité,
Alléluia ! - (J-Jacques)

 

La vie est plus forte ! Deo gratias !
Merci pour votre veille fleurie. Les beaux arrangements vont nous manquer, ce soir et demain...
Belles fêtes de Pâques - (P. Alain)

 

Bonjour et joyeuses Pâques à toutes et tous,
Soyons dans la joie nonobstant les difficultés, la croix refleurit, la vie revient.
Dans la confiance et l'espérance -  (J-Jacques)

 

En ce jour de la Résurrection, je joins mes souhaits de joyeuses Pâques au chœur que nous formons dès ici et maintenant.
Oui Christ est vraiment ressuscité ! -   (Étienne)

 

Joyeuses Pâques à tous,
Oui espérance et joie dans nos coeurs, mais vous me manquez vraiment tous - (Danièle )

 

A tous Joyeuses Pâques confinées mais la Lumière et la Vie du ressuscité seront au  bout du tunnel. Gardons

confiance et foi.
Amitiés à tous. - (Catherine et JP)

 

Belle fête de la Résurrection! (Martine )

 

Quelle joie, tous ces messages.
Nos corps sont confinés mais pas nos esprits ni nos coeurs.
Notre communauté est bien vivante et Jésus ressuscité pour toujours à nos côtés.
Bien amicalement à tous. - (Jacques et Rosine)

 

Bonne fête de Pâques et puisque personne ne vous le dit je lève mon verre de Pouilly pour faire passer le confinement avec la joie de la resurection.
Amitiés à vous tous et au plaisir de concrétiser de lever son verre et de trinquer - (Bernard)

 

Merci pour vos messages empreints d' espérance en ce dimanche si particulier.
Nous vous souhaitons également une très belle fête de Pâques et espérons que tout le monde restera en bonne santé
Très cordialement.- (Christiane et Hubert)

 

"Ouvre nos coeurs à l'intelligence de ta miséricorde: ainsi la conscience des grâces déjà reçues affermira en nous l'espérance des biens à venir" (vigile pascale)
Alors vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, retrouvez quelque chose de la joie de votre baptême. Cela aide à vivre. A ressusciter!

Merci pour ce grand et bel échange de messages et de voeux, beau signe de communion.
Belle fête de Pâques à tous et à chacun. Autrement, mais sûrement. - (P. Thomas Brunagel)

 

Belles Fêtes de Pâques !
Confiance, Espérance…-(Anne Marie et Claude)

Une autre proposition pour méditer sur le sens du Samedi saint  ...   P. Alain Moster - Samedi 10 avril

Le Dieu caché en ce monde constitue le vrai mystère du Samedi saint, mystère auquel il est déjà fait allusion dans les paroles énigmatiques selon lesquelles Jésus est «descendu en enfer». En même temps, l’ expérience de notre époque nous a offert une approche complètement nouvelle du Samedi saint, puisque le fait que Dieu se cache dans le monde qui lui appartient et qui devrait, avec mille langues, annoncer son nom, l’expérience de l’impuissance de Dieu qui est pourtant l’Omnipotent – ce sont là l’expérience et la misère de notre temps.
Mais même si le Samedi saint est devenu de cette façon plus profondément proche de nous, même si nous comprenons le Dieu du Samedi saint mieux que la manifestation puissante de Dieu au milieu des coups de tonnerre et des éclairs dont parle l’Ancien Testament, reste non résolue la question de savoir ce que l’on entend vraiment quand on dit de manière mystérieuse que Jésus «est descendu en enfer». Disons-le aussi nettement que possible: personne n’est en mesure de vraiment l’expliquer. Les choses ne deviennent pas plus claires si l’on dit que le mot enfer est ici une mauvaise traduction du mot hébreu shêol, qui désigne simplement tout le royaume des morts; cette formule, à l’origine, voulait donc dire seulement que Jésus est descendu dans la profondeur de la mort, est réellement mort et a participé à l’abîme de notre destin de mort. En effet, une question se pose alors: qu’est réellement la mort et qu’arrive-t-il effectivement quand on descend dans la profondeur de la mort? Nous devons ici prendre garde au fait que la mort n’est plus la même chose depuis que Jésus-Christ l’a subie, depuis qu’Il l’a acceptée et pénétrée, de même que la vie, l’être humain, ne sont plus la même chose depuis qu’en Jésus-Christ la nature humaine a pu venir en contact, et a été effectivement en contact, avec l’être propre de Dieu. Avant, la mort était seulement mort, séparation d’avec le pays des vivants, et signifiait, fût-ce avec une profondeur différente, quelque chose comme «enfer», aspect nocturne de l’existence, ténèbre impénétrable. Mais à présent la mort est aussi vie et, quand nous franchissons la solitude glaciale du seuil de la mort, nous rencontrons toujours de nouveau Celui qui est la vie, qui a voulu devenir le compagnon de notre solitude ultime et qui, dans la solitude mortelle de son angoisse au Jardin des oliviers et de son cri sur la croix «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?», est devenu Celui qui partage nos solitudes. Si un enfant devait s’aventurer tout seul dans la nuit noire au milieu d’un bois, il aurait peur même si on lui démontrait des centaines de fois qu’il n’y a aucun danger. L’enfant n’a pas peur de quelque chose de précis, à quoi on puisse donner un nom, mais il expérimente dans l’obscurité l’insécurité, la condition d’orphelin, le caractère sinistre de l’existence en soi. Seule une voix humaine pourrait le consoler; seule la main d’une personne chère pourrait chasser l’angoisse comme on chasse un mauvais rêve. Il y a une angoisse – la vraie, celle qui est nichée dans la profondeur de nos solitudes – qui ne peut pas être surmontée au moyen de la raison, mais seulement par la présence d’une personne qui nous aime. Cette angoisse, en effet, n’a pas d’objet auquel on puisse donner un nom, elle est seulement l’expression terrible de notre solitude ultime. Qui n’a pas déjà ressenti la sensation effrayante de cette condition d’abandon? Qui ne percevrait pas le miracle saint et consolateur d’une parole d’affection dans ces circonstances? Mais lorsqu’on se trouve devant une solitude telle qu’elle ne peut plus être atteinte par la parole transformatrice de l’amour, alors nous parlons de l’enfer. Et nous savons que bon nombre d’hommes de notre époque, en apparence si optimiste, sont de l’avis que toute rencontre reste superficielle, qu’aucun homme n’a accès à l’ultime et véritable profondeur d’autrui et donc que, tout au fond de chaque existence, gisent le désespoir, et même l’enfer. Jean-Paul Sartre a exprimé cela de façon poétique dans l’un de ses drames, et a exposé en même temps le cœur de sa doctrine sur l’homme. Une chose est sûre: il y a une nuit dans l’obscur abandon de laquelle ne pénètre aucune parole de réconfort, il y a une porte que nous devons franchir dans une solitude absolue: la porte de la mort. Toute l’angoisse de ce monde est en dernière analyse l’angoisse provoquée par cette solitude. C’est pourquoi le terme qui désignait, dans l’Ancien Testament, le royaume des morts, était identique à celui par lequel on désignait l’enfer: shêol. La mort, en effet, est solitude absolue. Mais elle est cette solitude qui ne peut plus être éclairée par l’amour, qui est tellement profonde que l’amour ne peut plus accéder à elle: elle est l’enfer.

«Descendu en enfer» – cette confession du Samedi saint signifie que Jésus-Christ a franchi la porte de la solitude, qu’il est descendu dans le fond impossible à atteindre et à surmonter de notre condition de solitude. Mais cela signifie aussi que, même dans la nuit extrême où aucune parole ne pénètre, dans laquelle nous sommes tous comme des enfants qui ont été chassés et qui pleurent, il y a une voix qui nous appelle, une main qui nous prend et qui nous conduit. La solitude insurmontable de l’homme a été surmontée depuis qu’Il s’est trouvé en elle. L’enfer a été vaincu depuis le moment où l’amour a également pénétré dans la région de la mort, depuis que le no man’s land de la solitude a été habité par Lui. Dans sa profondeur, l’homme ne vit pas de pain; dans l’authenticité de son être, il vit du fait qu’il est aimé et qu’il lui est permis d’aimer. À partir du moment où, dans l’espace de la mort, il y a la présence de l’amour, alors la vie pénètre dans la mort: à tes fidèles, ô Seigneur, la vie n’est pas enlevée, elle est transformée – prie l’Église dans la liturgie funèbre.
Personne ne peut mesurer, en dernière analyse, la portée de ces mots: «Descendu en enfer». Mais s’il nous est donné une fois de nous approcher de l’heure de notre solitude ultime, il nous sera permis de comprendre quelque chose de la grande clarté de ce mystère obscur. Dans la certitude qui espère que nous ne serons pas seuls à cette heure d’extrême solitude, nous pouvons dès maintenant avoir le présage de ce qui adviendra. Et au milieu de notre protestation contre l’obscurité de la mort de Dieu, nous commençons à devenir reconnaissants pour la lumière qui vient à nous, précisément de cette obscurité.

De Joseph Ratzinger, Meditationen zur Karwoche, Kyrios-Verlag, Freising, 1969.

Homélie du P. Cantalamessa du vendredi saint - 10 avril

HomélieCantalamessaVeS2020.pdf
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« En quoi cette nuit-ci est-elle différente des autres nuits ? »   Message du P. Alain - Jeudi 9 avril - Jeudi Saint

Chers paroissiens, chers frères et sœurs dans le Christ,

          Cette question est posée chaque année par le plus jeune des enfants juifs participant, en famille, au Seder, repas propre à la fête de Pessah/Pâque. Cette nuit sera en effet très différente des autres nuits, celles des années écoulées, et celles, nous l'espérons, des années à venir. Si, pour certains d'entre nous, ce temps de confinement a pu permettre de renouveler notre compréhension du Carême, de vivre un temps de désert priant et fructueux, il sera certainement plus difficile de vivre les fêtes de Pâques et le temps pascal en confinement. Alors que nous nous réunissons habituellement lors des diverses célébrations du triduum, que nous recevons Jésus Eucharistie, Pain véritable, et que nous laissons éclater notre joie pour la Vigile, nous resterons tous chez nous cette année... Il se trouve que nos frères juifs ont débuté la célébration de Pessah hier soir (14 Nissan 5780) et fêteront jusqu'au 16 avril au soir. Je vois là une coïncidence qui n'en est peut-être pas une. L'histoire douloureuse du peuple juif à travers les siècles a souvent empêché le culte public, n'a pas permis la construction de synagogues ou leur accès. La seule manière de vivre et de transmettre la foi a été le cadre de la cellule familiale, en se réunissant pour les repas, ceux du quotidien le plus humble, et ceux des grandes fêtes liturgiques. Il a donc été nécessaire de disposer de véritables liturgies domestiques que l'on pouvait mettre en œuvre partout, même en temps de graves persécutions, fréquentes depuis la sortie d’Égypte. " Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur " (Ex 12, 11).

           Il me semble que nous avons à (re)découvrir que nos familles, nos couples, nos maisons, sont de véritables Églises domestiques. Église, ekklèsia, assemblée, convocation, une assemblée convoquée par le Christ, d'abord à la maison... On aime à rappeler à nos scouts que "le devoir du scout commence à la maison". La prière du chrétien se déploie d'abord chez soi, dans sa vie quotidienne ; il est essentiel qu'il y ait un cercle vertueux entre la prière personnelle qui fait désirer la prière communautaire (et, éminemment, l'Eucharistie), et la prière communautaire qui nourrit la prière personnelle. Ce sont comme les deux pieds nécessaires pour avancer dans la vie chrétienne sans être des estropiés. Certains ont profité de ce temps de confinement pour aménager dans leur lieu de vie un véritable coin prière, avec une croix, une image, un cierge, des fleurs... Un cadre tranquille, peut-être un peu à l'écart des endroits les plus fréquentés de la maison ou de l'appartement, où l'on pourra se rendre à des moments bien définis, comme en mini-pèlerinage, à la suite du peuple hébreu, dans le désert, se rendant à la Tente de la rencontre... Qu'un tel lieu puisse être un point de ralliement des membres de la famille, pour prier, entendre la Parole de Dieu, faire silence, ensemble, avec la conscience de la présence de Jésus à leurs côtés.

           Avec l'équipe pastorale, avec l'EAP, nous avons réfléchi aux moyens d'aider les uns et les autres à vivre un temps riche en grâces. L'hypothèse de filmer les diverses célébrations a échoué faute de compétences techniques adaptées (une chaîne YouTube a vu le jour, mais ça s'est arrêté là). Je ne suis par ailleurs pas convaincu que le temps passé devant un écran froid, fixant le visage du prêtre, écoutant d'une oreille plus ou moins distraite, soit véritablement fructueux (ne serait-ce qu'à cause de la qualité technique limitée des images, de l'écho terrible de certaines églises vides). Il y a également un risque non négligeable de "starification" du prêtre ; de véritables fan-clubs se sont créés à certains endroits, likant à outrance tel ou tel confrère... Ce n'est pas bon pour l'ego des prêtres... De nombreuses propositions institutionnelles, bien établies, existent, entre Le Jour du Seigneur (soutenu l'an passé par notre opération de Carême), KTO, les radios, etc. On trouvera les liens sur la page d'accueil de notre site : https://www.meinau-catholiques.org/
Communauté de paroisses catholiques de la Meinau - Meinau-catholiques.org
Oser être une communauté qui partage la joie de l’Evangile.Une vision qui repose sur une parole des Actes : « Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux. Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières.
www.meinau-catholiques.org

           Le choix qui a donc été fait est à la fois plus modeste et plus ambitieux, et, surtout, moins virtuel. Rester en contact avec le maximum de personnes confinées par téléphone, WhatsApp, internet... Ce n'est pas très simple, faute de listing systématique, en particulier des personnes très isolées. Cela prend beaucoup de temps : merci à tous ceux et celles qui passent des heures chaque jour à prendre des nouvelles des malades (hospitalisés ou non), des soignants, des personnes âgées, et de tous les autres (et qui leur font les courses, les photocopies d'attestations)... Si vous connaissez d'ailleurs des personnes qui souhaiteraient un appel de ma part ou de celle des confrères prêtres, merci de me le signaler en toute simplicité. Il faut parfois beaucoup d'humilité pour entendre telle situation de souffrance, de maladie, de solitude quasi-absolue... Voyons-y une marque éminente de charité en acte...

           Beaucoup de propositions ont été faites par l'équipe liturgique, l'EAP, les PP. Knaebel et Brunagel, ainsi que par le diocèse. Elles sont relayées sur le site de la communauté de paroisses et par envoi électronique. N'hésitez pas à consulter le site internet, il est très riche ; un lien journalier est généreusement alimenté par les uns et les autres : propositions de liturgies domestiques, de prières, mais aussi articles de journaux, des liens vers des film, vidéo, etc. Merci de cliquer ici : https://www.meinau-catholiques.org/accueil/notre-lien-journalier/
Malheureusement, beaucoup de nos paroissiens plus âgés, y compris parmi nos voisins proches, n'ont pas accès à ces moyens de communication (ou leur imprimante est tombée en panne). Peut-être pourrions-nous leur faire parvenir, dans leur boîte aux lettres, sous pli, l'une ou l'autre de ces propositions de prières ou tel texte de méditation ? Avec éventuellement un mot joyeux de notre part annonçant la résurrection de Jésus ? "Christos Anesti ! Christos Anesti ! Christ est ressuscité ! " Telle est la salutation enthousiaste de nos frères orthodoxes lors de Pâques (et du temps pascal). On y répond joyeusement : "Il est vraiment ressuscité !" Il est vraiment ressuscité et il vit dans nos cœurs. Que ces fêtes de Pâques si particulières nous en donnent une vive conscience !
Joyeuses Pâques !

P. Alain Moster,
Avec l'équipe pastorale
 

Les ressources du Net sont à peu près inépuisables ... Lundi 6 avril

L'équipe liturgique a suggéré de réentendre la Passion selon St Jean de JS Bach.
En voici le lien, sur YouTube :

 

 

Et en voici le livret en français :

 

http://dominique.sourisse.free.fr/cariboost_files/bach_passion_st-jean.pdf

Une autre ressource intéressante, et originale, pourrait être de voir ou de revoir le film du P. Bruckberger, Le dialogue des Carmélites (1960, avec JL Barrault, J. Moreau...) qui avait marqué à l'époque.
Une vraie leçon de courage pour temps difficiles...

 

Belles (re)découvertes,

 

P. Alain Moster

 

Conseils pour entreprendre une lecture spirituelle

Xavier Accart – lavie.de – 25/03/2020

 

 

 

La lecture spirituelle est moins connue que la lectio divina, cette méditation priante des Écritures, tant prisée par les moines. Néanmoins, elle n'en est pas moins précieuse, surtout à une époque où les guides qualifiés pour accompagner l'itinéraire intérieur sont peu nombreux. « Si les moines sentent le besoin de lire et de relire les ouvrages des maîtres de la vie spirituelle, les vies de saints, combien plus en a-t-on besoin quand on vit dans le monde, au milieu de tant d'occupations distrayantes », pouvait ainsi écrire à sa soeur le bienheureux Charles de Foucauld.

 

Méditer les écrits des saints

 

La lecture spirituelle consiste en une méditation des oeuvres de saints ou de grands auteurs de la vie mystique, à la différence de la lectio divina, qui s'applique d'abord aux Saintes Écritures. « Aime interroger les saints et les écouter en silence », recommande l'Imitation de Jésus-Christ, un ouvrage du xve siècle attribué à Thomas a Kempis. Il ne s'agit pas d'abord de s'instruire, mais de goûter les choses de Dieu. Les mots de nos prédécesseurs sont une aide pour s'ouvrir à la présence divine. Ils nous conduisent au seuil de la prière silencieuse, où nous pouvons alors les abandonner.

 

Trouver son auteur

Le plus sûr est de s'attacher à un auteur dont la sainteté a été attestée par l'Église, plus encore s'il a été reconnu docteur - c'est-à-dire que la valeur de son enseignement spirituel a été attestée -, comme la petite et la grande Thérèse, Édith Stein ou François de Sales. L'essentiel est de « trouver un auteur qui nous parle et qui deviendra un compagnon, conseille le père Max Huot de Longchamp, fondateur du centre Saint-Jean-de-la-Croix. Car les saints sont des vivants, ce ne sont pas tant des professeurs que des amis. » Une fois cet ami rencontré, nous pouvons approfondir sa voie.

 

Choisir un texte accessible

Il faut éviter les textes qui présentent une trop grande difficulté technique, ce qui pourrait conduire à une fatigue mentale au lieu d'ouvrir à la présence de Dieu. Par exemple, des vies de saints, de préférence écrites par des saints : par exemple, celle de François d'Assise par Bonaventure ou l'autobiographie de Thérèse de Lisieux. Comme le soulignait le dominicain Réginald Garrigou-Lagrange, « les exemples des saints, leur humilité, leur patience, leur confiance, leur charité débordante, ont plus d'efficacité pour nous faire pratiquer la vertu qu'une doctrine abstraite ». La méditation de leur existence doit nous suggérer des résolutions à mettre en pratique dans la vie quotidienne.

 

Faire des pauses

Après avoir invoqué le Saint-Esprit, il faut lire lentement, posément le texte choisi. Le but n'est pas de lire beaucoup, mais de se laisser imprégner. Bernard de Clairvaux conseille de suspendre de temps en temps la lecture pour prier. Notamment lorsque nous sentons qu'un passage nous touche ; il ne faut pas hésiter à savourer ces lignes. Le même saint propose d'apprendre par coeur cet extrait, pour revenir à Dieu au cours de la journée. Ces pauses dans la lecture conduisent naturellement à l'oraison, au simple accueil de la présence divine.

 

Limiter sa lecture

Il ne s'agit pas de lire trop et trop longtemps, « de peur que notre lecture ne lasse et ne fatigue l'esprit, au lieu de le fortifier », expliquait Alphonse-Rodriguez, un jésuite espagnol du début du xviie siècle. « Lire trop à chaque fois et hors de mesure, c'est se remplir l'esprit d'une infinité d'idées, qu'il ne peut plus arranger, et dont il ne lui reste qu'une vue confuse et superficielle », affirmait de son côté Louis Bourdaloue, un jésuite mort en 1704.

 

Recopier et annoter

Si on a du mal à se familiariser avec un texte, on peut le recopier, ce qui force à être attentif aux détails souvent décisifs et à entrer dans un rythme d'écriture. Nous pouvons encore annoter des passages qui ont suscité quelque chose en nous ; il nous sera précieux d'y revenir en temps de sécheresse. Enfin, il ne faut pas hésiter à relire ce qui nous a fait du bien par le passé. Thomas d'Aquin relisait ainsi sans cesse les Conférences de Jean

 

« Cette démarche a façonné ma vie »
« Voilà près d'une vingtaine d'années que je copie chaque semaine des textes de saint François de Sales. En traversant un pays à pied, à vélo ou en voiture, on ne voit pas le même paysage ; la même différence se retrouve entre lire rapidement un texte ou s'en imprégner en le recopiant. Depuis que Max Huot de Longchamp m'a suggéré cette démarche, une vraie amitié est née avec saint François de Sales. J'ai commencé par ses lettres à Jeanne de Chantal, que j'ai transcrites en français contemporain et qui ont été éditées (Correspondance, DDB). Je prends plaisir à retrouver cet homme qui guide ses correspondantes avec humour et dans un style simple et agréable. Comme pour la vie chrétienne, c'est nous qui compliquons les choses. Cette démarche a façonné ma vie. Souvent, ce que je copiais répondait à mes questions, me donnait l'attitude juste à tenir dans une crise que je traversais, un peu comme cela arrive quand on lit l'Évangile du jour. Quand vous vous intéressez à un saint, il s'intéresse à vous. » Témoignage de David Laurent, marié, 54 ans, responsable administratif et financier, Bruz (Bretagne)

 

 

Article proposé par Martine Renaud

Un poème  ...

Paul Éluard
 
La nuit n’est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l’affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un cœur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager.

Dans la Bible, l'expérience du désert est féconde, malgré les dangers

Image : Jésus dans le désert, de Domenico Morelli, 1895. DEAGOSTINI/LEEMAGE

 

Régis Burnet  - lavie.fr – 25/03/2020

 

Pour la Bible, le désert est avant tout un mal, et même le mal absolu. Pourtant, paradoxalement, si le lieu est hostile, l'expérience du désert est féconde, malgré les dangers. En effet, toute la Bible se réfère à ce temps fondateur pendant lequel Dieu a voulu faire passer son peuple dans une « terre affreuse » (Deutéronome 1, 19). Elle n'en minimise pas les difficultés, bien au contraire. Dès les premiers bivouacs, les Hébreux murmurent contre le Seigneur, et ce tollé ne cessera pas pendant les 40 ans de l'Exode. Le peuple se livre à l'idolâtrie, Moïse se prend pour le Sauveur, si bien que lassé, Dieu ne permet pas à la génération du désert d'entrer en Terre promise.

 

Des tentations métaphoriques

 

Lorsque, plus tard, Jésus sera poussé par l'Esprit dans le désert (Matthieu 4, 1-11), il connaîtra les tentations qui attendent ceux qui s'y risquent : transformer les pierres en pain ; se jeter du sommet du Temple ; adorer le diable en échange des royaumes de la terre. Les moniales et les moines qui, depuis des siècles, font cette expérience l'affirment clairement : ces tentations sont aussi métaphoriques. Vouloir du pain à tout prix, c'est s'ingénier à calmer l'intolérable faim qui naît de la privation de l'abondance à laquelle nous sommes accoutumés ; cela peut concerner la nourriture, mais surtout les relations sociales, le confort, les habitudes de vie, etc. Être partant pour se jeter par terre, c'est être prêt à faire n'importe quoi pour que Dieu se manifeste et qu'enfin on sorte de cette insoutenable solitude. Se prosterner devant Satan, c'est tout compromettre pour avoir le droit de s'évader dans des fantasmes de richesse, de puissance, de domination.

 

Pourtant, malgré les risques, Dieu soumet son peuple à l'épreuve du désert. Bizarrement, nulle part le texte biblique ne nous dit pourquoi. C'est par les effets de la traversée qu'on arrive à le comprendre. (...)

 

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Le dimanche ... nous ne faisons pas Carême, un paroissien nous propose des bonnes recettes à partir de ...

Vous êtes confiné ? Tentez le confit

 

A côté des nourritures spirituelles nécessaires pour affronter ces temps antagonistes où se mêlent carême et épidémie, ne négligeons pas les nourritures terrestres tout aussi indispensables, comme le proposait à sa façon André Gide.

 

Vous êtes confiné chez vous ? Regardez, votre placard de cuisine recèle peut-être des trésors comme ces boîtes de confit de canard qui sommeillaient en attendant une occasion de les ouvrir à l’improviste. Maintenant que nous avons davantage de loisirs à consacrer à la cuisine, c’est le moment de les réveiller et d’apprécier ces trésors gastronomiques du Sud-Ouest. Vous savez, ces cuisses de canard dodues et parfumées longuement mijotées dans leur propre graisse, fine et soyeuse.

 

Rissolez à la poêle ces cuisses à la peau croustillante avec des pommes de terre grenaille enrobées dans la graisse suave du confit (rien ne se perd, comme disaient Lavoisier et ma grand-mère). Il vous en reste ? Effilochez la chair qui adhère à l’os, faites-la revenir avec échalote, ail et persil et confectionnez un hachis Parmentier avec des pommes de terre à purée du genre Bintje. Une variante luxueuse requerrait des cèpes…Accompagnez ce Parmentier d’un mesclun aux pignons de pin et croûtons aillés.

 

Et peut-être sur l’étagère de la cuisine trouverez-vous aussi une terrine de foie gras de canard du Sud-Ouest, à ouvrir pour égayer un dimanche de confinement, qui serait un peu triste autrement, assaisonné au sel de Salies de Béarn et au piment d’Espelette. Une façon de s’évader par la magie des papilles.

 

Que de richesses recèlent ces canards, et il est tentant de faire un rapprochement avec notre local Canard de la Meinau qui se veut également finement nourrissant pour notre esprit, comme vous vous en rendez compte numéro après numéro. Et c’est vous qui pouvez le rendre encore plus savoureux, surtout avec toutes les expériences inédites que chacun de nous vit en ce moment. N’hésitez pas à nous les communiquer, à nous les partager. Soyez-en remerciés. Avec mes meilleures pensées confinées jusqu’à nouvel ordre.

 

Stephanus Coquus

 

Un peu d'humour ...

Proposé par :

Véronique Lefèvre pour l'illustration

Martine Renaud pour les légendes

 

 

 

 

 

" Même les meilleurs de notre communauté sont concernés "


" Non, notre communauté n'est pas au-dessus des lois ..."

 

 

Une autre idée ? Écrivez-nous ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Confinement : les conseils des moines

Un article de "La Vie"

lavie.fr

Laurence Desjoyaux

« Notre vie n’est pas un confinement, mais un élargissement du cœur ! », prévient d’emblée sœur Anne-Samuel, moniale dominicaine de Notre-Dame de Beaufort (Ille-et-Vilaine). « La clôture est la réponse à un appel. Elle nous permet de donner de l’espace et du temps à la recherche exclusive de Dieu », abonde sœur Bénédicte, bénédictine à l’abbaye Notre-Dame-du-Pesquié (Ariège), qui reprend la formule de François de Sales : « Nous ne sommes pas une compagnie de prisonnières ! »

 

Pourtant, notre repli forcé a certains traits communs avec la vie des moines. « Il arrive que nous ne sortions pas de l’enclos du monastère pendant des mois », relate frère Antoine, cistercien de l’abbaye de Sept-Fons (Allier). Et si les religieux ont choisi leur mode de vie, ils n’ont pas choisi leurs compagnons d’aventure. « Il y a dans notre vie une part de contrainte et une part de choix qu’il ne faut pas opposer, explique sœur Mireille, prieure de la communauté protestante des Diaconesses de Reuilly , à Versailles (Yvelines). Si ce temps de confinement est contraint, nous pouvons en partie choisir comment le vivre. » Voici quelques pistes.

Leçon n°1 : Prendre le rythme

 Chez les moines : « Au début, j’avais l’impression d’être dans un train qui roule où rien n’est laissé au hasard », se souvient frère Antoine. Offices, temps de travail, d’étude, d’oraison et de repos s’enchaînent inlassablement. « Il est capital d’avoir des repères objectifs concernant les horaires et la répartition des tâches. Cela nous libère ! », estime sœur Bénédicte, qui partage sa vie avec 46 autres moniales. Autre vertu d’une journée cadencée : la lutte contre l’ennui et la mélancolie.

 

Chez nous : Nous pouvons commencer par fixer des horaires de repas, puis définir des temps pour le travail, l’école, la lecture, l’exercice, etc.

 

Leçon n°2 : Redoubler d’attention aux autres

Chez les moines : « Pour les novices, c’est au début difficile de ne plus avoir cette rapidité dans les relations et des contacts directs avec la famille et les d’amis, témoigne sœur Mireille. Mais cela pousse à transformer les relations, à être inventives ! » À cette difficulté s’ajoute, pour les jeunes qui ont eu l’habitude de voyager, celle d’être rivée à un lieu. Là aussi, la clé est dans l’approfondissement. « On se rend compte que l’expérience humaine vécue intensément nous fait toucher l’universel, mieux que si nous avions parcouru la Terre entière », témoigne sœur Bénédicte. Pour se supporter mutuellement et ne pas alourdir la vie des autres, frère Antoine insiste sur l’importance de se montrer aimable, sociable et serviable, mais aussi sur la redécouverte de ceux avec qui nous vivons cette période particulière. « Au début, nous voyons la faiblesse d’autrui, ses défauts, mais nous allons peut-être aussi redécouvrir sa richesse ! »

 

Chez nous : Bannissons les plaintes. Multiplions les petites phrases : « Ça va ? », « Comment puis-je t’aider ? » Et téléphonons, écrivons !

 

(...)

 

un lien : http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/6-cles-pour-entrer-en-priere-en-temps-de-confinement-18-03-2020-104787_16.php

 

Un article de La Croix  du 8 avril

Evénement

 

Loin des fidèles, les prêtres réinventent leur ministère

 

Mélinée Le Priol et Malo Tresca

 

Avec l’interdiction de célébrer la messe en public, des curés rivalisent d’inventivité pour maintenir les liens communautaires. En cette Semaine sainte, beaucoup souffrent toutefois de l’absence physique de leurs paroissiens.

 

Il y a les éternels optimistes, les philosophes contraints et ceux qui avouent, dans un cri du cœur, en « baver franchement ». Face à l’impossibilité de célébrer la messe en présence de leurs paroissiens durant la pandémie, les prêtres ont dû apprendre à entretenir autrement les liens communautaires. Mais avec l’approche de Pâques, l’absence des fidèles se révèle parfois douloureuse, en particulier pour ceux qui sont confinés seuls, au presbytère.

 

« Je n’avais pas la vocation de chartreux, et c’est confirmé ! La relation directe me manque, même si je prends sur moi, comme tout le monde », raconte le père Luc Jourdan, curé de quatre communes proches de Montpellier. Depuis Auxerre, le père Arnaud Montoux reconnaît lui aussi éprouver une « réelle souffrance » liée à l’éloignement. « Mais la douleur n’est pas que négative : il faut aussi la travailler pour creuser le désir de l’autre », se raisonne-t-il.

 

Conversations vidéo sur Skype, messages sur WhatsApp, appels téléphoniques… Par écrans interposés, les prêtres ont appris à répondre à d’innombrables nouvelles sollicitations, notamment liées aux deuils ou aux angoisses du confinement. « J’ai beau être loin d’eux, je n’ai paradoxalement jamais été autant au service des baptisés », constate le père Emmanuel Gougaud, curé au Vésinet (Yvelines), qui consacre trois heures par jour à ces demandes.

 

« J’ai demandé aux paroissiens de m’envoyer des photos d’eux, notamment quand ils prient en famille… Comme cela, je les porte dans ma prière », raconte le père Séraphin Yanogo, curé à Senlis, dans l’Oise, département qui fut un «cluster» au début de l’épidémie. Chaque midi, il récite, en communion avec des fidèles apparemment emballés par la proposition, trois Je vous salue Marie après que les cloches de la cathédrale picarde ont sonné l’angélus.

 

Pour remédier à l’isolement, les prêtres rivalisent d’inventivité. Quelques-uns ont même suivi l’initiative italienne du père Giuseppe Corbari, à Robbiano (nord), en scotchant des photos de leurs paroissiens sur les bancs vides de l’église! Quant au père Loïc Bonisoli, près de Metz, il ne peut s’empêcher de visualiser leurs visages lors de ces messes en solitaire – « à gauche, au troisième rang… » – avant de leur envoyer des messages personnalisés dès la sortie: « J’ai pensé à toi, tu aurais dû jouer de l’orgue… ». Pour lui, c’est particulièrement dans ces moments difficiles que « la vie communautaire doit continuer » et qu’« il ne faut pas baisser les bras ».

 

Sur YouTube fourmillent désormais des retransmissions de messes en direct. Plébiscitées par de nombreux catholiques, elles ne font pas l’unanimité parmi les prêtres, dont certains fustigent « une forme de narcissisme dans les mises en scène ». Pour d’autres, elles sont au contraire un moyen de se sentir portés par la communauté. « Cette situation inédite nous pousse à réinventer les moyens et les espaces de rencontre », se réjouit le père Geoffroy de la Tousche, curé du centre de Rouen, qui parle même d’une « expérience renouvelante » dans son sacerdoce.

 

Chaque jour, il célèbre une messe dans un lieu de vie touché par le confinement – une boulangerie, un ring de boxe, un restaurant vidé de ses clients. « J’ai vécu une expérience d’une rare puissance dans les rayons d’un supermarché ; les gens passaient avec leurs caddies, s’arrêtaient, repartaient. C’était très vivant, et je me suis vraiment figuré, au moment de la consécration, la Cène du Christ à Jérusalem. »

 

À Strasbourg, le père Christophe Sperissen estime que l’immobilité lui permet de « structurer une vie spirituelle plus soignée, avec un rythme presque monastique ». Il prend surtout à cœur les prières d’intercession. « Cela me met devant cette responsabilité : car il y a une urgence, une question de vie ou de mort. »

 

Alors que la messe chrismale aurait dû permettre aux prêtres, ce Mercredi saint, de se rassembler (1), beaucoup soulignent l’importance des liens fraternels – fussent-ils virtuels. « Certains frères chanoines, habituellement plutôt taiseux, se révèlent très bavards sur Internet ! », s’amuse le père Bernard Xibaut, membre du chapitre de la cathédrale de Strasbourg.

 

Outre les fidèles et les autres prêtres, un troisième élément lui manque depuis le début du confinement: la cathédrale. « Ce qui est arrivé l’an dernier à Notre-Dame de Paris, finalement, cela arrive à tout le monde… » En attendant d’y avoir à nouveau accès, il apprécie les photographies de ses statues et vitraux, envoyées chaque jour par le doyen du chapitre. Et surtout le son des cloches, à 18 heures: « La cathédrale garde sa voix. »

 

(1) Reportée dans de nombreux diocèses à la fin mai.

 

[Journal La Croix du 8 avril 2020]

 

UNE SEMAINE VRAIMENT SAINTE

DNA, 5 avril 2020


Cette année pas de photos dans les journaux de procession des rameaux, de lavement des pieds, de chemin de croix dans la ville ou de feu pascal sur le parvis des églises. Les communautés chrétiennes et leurs membres sont conviés à un pèlerinage intérieur pour vivre et approfondir les enseignements des derniers moments de la vie du Christ Jésus, depuis son entrée triomphale à Jérusalem, son dernier repas avec ses disciples, sa passion et sa mort sur la croix jusqu’à sa résurrection au matin de Pâques.

Nous avons cependant souhaité communiquer par voie de presse quelque chose de ce que, chrétiens de toutes confessions, nous portons en nous. Non parce que cela s’impose mais parce que vivre en chrétien c’est s’intéresser à tous. Parce que nous croyons que notre Dieu aime tous les hommes, nous voudrions que chacun entende ce message, qu’il soit en première ligne pour le soin des malades ou tout autre service, ou qu’il vive confiné avec ou sans les siens : « Tu es fort, il a y une force en toi ».

Chrétiens, nous nous tournons vers Jésus qui entre dans sa passion. En le suivant à travers les évangiles, nous voyons bien que pour Jésus, non plus, cela n’a pas été simple. Il lui fallait ce quelque chose en lui, cette force d’avancer et d’aller jusqu’au bout qui ne pouvait lui venir que de l’expérience de l’amour de son Père qu’il vit intensément, particulièrement dans la prière. Une prière, même avec des larmes et du sang, mais dans la certitude de la Résurrection à venir.

Parce que cela lui a permis de tenir bon, nous demandons à Jésus de nous apprendre à prier comme lui-même priait. Quelles que soient les circonstances, dire tout simplement avec Jésus le « Notre Père » ravivera en nous la force et l’espérance que confère de se savoir aimé, de faire partie d’une grande histoire d’amour, d’avoir un avenir assuré, de faire confiance, de ne manquer ni de moyens, ni de raisons de vivre, d’aimer à notre tour et de pardonner, de vaincre le mal.

Nous rejoignons ainsi la prière de tant de croyants qui se sont laissés instruire par la Parole de Dieu « pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus », et ont fait l’expérience : « Le Seigneur vient à mon secours : je sais que je ne serai pas confondu » (Isaïe). Nous nous sentirons solidaires et en communion avec tous ceux qui n’ont que Dieu pour trouver leur force, « car Dieu vient vraiment au secours du pauvre ».

Et puis nous voulons dire à chacun notre reconnaissance, plus fortement encore à ceux qui trop souvent ont le sentiment de ne pas être reconnus. « Wie gut dass es dich gibt ! ». « Qu’il est bon que tu sois ! » « Et si c’était toi, la réponse de Dieu à nos prières pour les malades : « qu’ils découvrent dans leur épreuve combien tu es proche d’eux par des frères qui soutiennent leur courage, qui les entourent de ta tendresse et les aident à guérir en soutenant leur patience » (Missel Romain)

Cette période de crise souligne combien nous sommes interdépendants les uns des autres. C’est à travers chacun qui fait son métier, tient sa place, prend soin de soi et des autres, chacun qui se dépense, se fatigue, fait preuve d’attention et de patience, accomplit son service, que le Seigneur s’approche de chacun. Il est présent à travers cette sœur, ce frère, qui permet, pour sa part, que la vie continue. Reconnaissons-le. Que ceux qui souffrent d’isolement ou d’être privés de sacrement redécouvrent le sacrement du frère : là où sont amour et charité, là Dieu est présent. Vraiment. Réellement. N’oublions pas de dire « merci » aux uns et aux autres, et de rendre grâces à notre Dieu !

Il y aura tant de choses à voir autrement…. Déjà, « dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne… ». Et nous tournant les uns vers les autres, rejoignant les applaudissements de tous, nous pourrons crier : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » (Évangile de S. Matthieu, 21, 1 – 11)

P. Thomas Brunagel

« Nous allons célébrer Pâques  ….   La résurrection n’est pas une “happy end” : nous n’attendrons pas la fin de cette période, aussi difficile soit-elle, pour vivre en “ressuscités”, sinon nous attendrions la fin des temps pour fêter Pâques. En ces temps, très durs pour certains, comme en tout trouble grave qui marque la vie des hommes et des femmes, pensons notamment à la Syrie, à l’Irak, au Soudan… il nous faut déjà être “ressuscités avec le Christ” (Col 3,1). Le cortège des maladies cruelles, des accidents dramatiques, des victimes de famines ou de guerres accompagne l’humanité depuis toujours, sans que ces épreuves aient jamais empêché d’annoncer la résurrection du crucifié et surtout d’en vivre.

 

Car, fondamentalement, Pâques ne fait pas oublier la Croix ou la mort ou les épreuves. La résurrection rend même la croix plus ténébreuse : “Il a donc fallu que Dieu en passe par là… ?” Insondable mystère ! Il nous faut d’abord croire que la résurrection habite la Croix, que la vie habite le crucifié. Sa nuit est déjà “lumière de midi”. La résurrection habite et même précède la mort.  La célébration pascale n’est pas un alléluia qui oublie les croix vécues, un chant d’allégresse qui étouffe les cris de douleur de l’humanité.

 

 ….Différer la célébration de Pâques ce serait reporter l’espérance qui nous anime quand nous devenons des prochains de tant de souffrances, d’isolements, de fragilités » (méditation de Mgr Hervé Giraud)

Terre Sainte

Chaque année, les chrétiens de Terre sainte se retrouvent avec les pèlerins venus du monde entier pour une grande procession sur le Mont des oliviers. Une procession qui évoque déjà les foules de la Pentecôte, de toutes races, langues... Une procession joyeuse, dansante, bigarrée ! Cette année, elle ne s'est bien sûr pas tenue. L'administrateur du patriarcat latin de Jérusalem délivre en cette circonstance un très beau message, qui peut nous éclairer durant cette Semaine sainte...

 

Dimanche des Rameaux 2020

Message

Jérusalem, 5 avril 2020
 

Chers amis,

 

Aujourd'hui, nous n'avons pas célébré l'entrée solennelle et magnifique de Jésus dans la ville de Jérusalem comme nous le faisons chaque année, avec des fidèles de toutes les paroisses du diocèse et des pèlerins du monde entier.

 

Nous n'avons pas levé nos palmes et nos rameaux d’oliviers pour crier « Hosanna » à notre Roi, Jésus-Christ. Les rues qui, en ce jour, seraient pleines de monde et de chants, d'hymnes et de cornemuses sont vides et silencieuses.

 

Que nous dit le Seigneur ? Pourquoi tout cela ? Que pouvons-nous faire dans ces moments dramatiques pour la vie du monde et pour la nôtre ?

 

Les habitants de Jérusalem ont accueilli Jésus avec enthousiasme, le reconnaissant comme Roi, comme le Messie attendu, comme celui qui allait enfin recevoir leurs prières.

 

Mais Jésus sait et l'Evangile nous dit que rien n'est si simple. Nous savons qu'il est venu à Jérusalem, non pas pour être intronisé comme David, mais pour être tué. Le sens que Jésus donne à son « entrée triomphale » est différent de celui que les habitants de Jérusalem y ont vu. C'est peut-être la leçon que Jésus veut nous donner aujourd'hui. Nous nous tournons vers Dieu quand quelque chose nous fait mal. Lorsque nous sommes en difficulté, nous voulons soudain tous poser les grandes questions difficiles.

 

En d'autres termes, nous voulons que Jésus devienne le genre de roi et de messie qui résout nos problèmes : la paix, le travail, la vie de nos enfants ou de nos parents, une aide, en bref, les situations difficiles que nous traversons. Nous voulons qu'il nous sauve du Corona Virus, que tout redevienne comme avant...

 

Bien sûr, nous savons que Jésus répond à nos prières et n’exige pas que nos motivations soient pures. Il est venu chercher et sauver les pêcheurs. Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades.

 

Mais en même temps, Jésus répond à sa manière. Précisément parce que Jésus dit « oui » à nos désirs les plus profonds, il devra dire « non » à nos désirs immédiats.

 

Les habitants de Jérusalem voulaient un prophète, mais ce prophète leur a dit que leur ville était sous le jugement imminent de Dieu. Ils voulaient un Messie, mais celui-ci va être intronisé sur une croix païenne. Ils voulaient être sauvés du mal et de l'oppression, mais Jésus va les sauver du mal dans toute sa profondeur, et pas seulement du mal de l'occupation romaine et de l'exploitation par les riches.

 

L'histoire de la grande entrée à Jérusalem, en somme, est une leçon sur l'écart entre nos attentes et la réponse de Dieu.

 

La foule sera déçue, car Jésus ne répondra pas à ses attentes de salut immédiat. Mais au fond, il ne va pas en être ainsi : l'entrée de Jésus à Jérusalem est vraiment le moment où le salut naît. Les « Hosanna » étaient justifiées, mais pas pour les raisons que les habitants de Jérusalem avaient supposées. Apprendre cette leçon, c'est faire un grand pas vers la vraie foi chrétienne.

 

Peut-être sommes-nous nous aussi déçus, car nos prières ne sont pas entendues, nos attentes restent sans réponse apparente. Il semble que Dieu ne nous écoute pas. Reconnaissons-le : nous sommes encore loin de cette foi simple et pure, la foi des pauvres. Nous voudrions, nous voulons que notre vie change, ici et maintenant, et non pas dans un avenir vague ou dans l'au-delà. Nous voulons un Dieu tout-puissant et fort, nous voulons avoir foi en un Dieu qui nous donne certitude et sécurité. Puisse-t-il nous calmer dans cette mer de craintes et d'incertitudes dans laquelle nous nous trouvons maintenant.

 

L'Évangile nous dit cependant que la foi chrétienne est fondée sur l'espoir et l'amour, et non sur la certitude. Elle ne résoudra pas tous nos problèmes, elle ne nous donnera pas toutes les certitudes dont notre nature humaine a besoin, mais elle ne nous laissera pas seuls. Nous savons qu'Il nous aime.

 

A son passage, les gens de la foule étendirent leur manteau aux pieds de Jésus et l'accueillirent avec des branches d'olivier et les palmes coupées çà et là. Alors, malgré notre difficulté à comprendre, déposons, nous aussi, devant notre Messie le peu que nous avons, nos prières, nos besoins, notre besoin d'aide, nos pleurs, notre soif de Lui et de Sa parole de consolation. Nous savons qu’il nous faut purifier nos intentions, demandons-Lui aussi cette grâce, de comprendre ce dont nous avons vraiment besoin. Et ici, aujourd'hui, malgré tout, aux portes de Sa et de notre ville, redisons notre désir de vraiment l'accueillir comme notre Roi et notre Messie, et de le suivre sur son chemin vers son trône, la croix. Mais nous lui demandons aussi de nous donner la force de la porter comme lui, avec son amour fécond.

 

+Pierbattista

 

https://cmcterrasanta-eu.s3.amazonaws.com/2019/44753451-5ccc-424c-9ac0-15e424013e2d.m4v

 

Petite réflexion d'une paroissienne

Petite réflexion d'une paroissienne pas plus fervente que les autres, mais interpellée par la pandémie

 

VOUS AVEZ DIT CONFINEMENT ?

 

Certes ce confinement n'est pas agréable, mais retournons une cinquantaine d'années en arrière ....... nous n'avions pas tous les multi média d'aujourd'hui et avons donc dans notre épreuve la chance malgré tout de pouvoir facilement prendre des nouvelles les uns des autres, ... de suivre la messe devant la télé ou sur facebook.

 

Le confinement fait aussi, telle la nature au printemps, vivre ou revivre de belles solidarités, que nous n'aurions peut-être pas connues en temps normal, et puis,  alors que nous entrons en semaine Sainte qui nous rappelle la mort du Christ sur la croix pour le rachat de nos fautes, et qui finit à Pâques par la résurrection, c'est à dire le triomphe de la vie, nous voyons aussi des signes d'espoir par une petite amélioration de la pandémie dans le Grand-Est.

 

Tout cela ne peut que nous faire réaliser que nous pouvons rendre gloire à Dieu pour toutes ces grâces qu'il nous donne.

 

Assurés de son amour, ne désespérons donc pas, et avec son aide, nous vaincrons cette épreuve.

 

Bon courage à toutes et à tous, et bonne montée vers Pâques

 

Anne-Marie Ch

Une belle entrée en Semaine Sainte

Une belle et riche conférence sur la croix, donnée par le P. Michel Gourgues OP,
à l’École biblique de Jérusalem.
Elle est parfaitement adaptée pour
cette entrée en Semaine sainte.
Michel Gourgues o.p. - "Cette mort à assumer. En finale, l'intrigant témoignage johannique" 5 décembre 2019 Conférence du jeudi École biblique et archéologique française de Jérusalem

 

https://www.youtube.com/watch?v=hhlz_hCNT2k

 

 

Proposée par le P. Alain

“À quoi ressemblera notre vie après ?”

Un article de La Croix - Diocèse de Bordeaux, France                                              Proposé par plusieurs paroissiens

 

Dans un texte posté le 22 mars 2020 sur son blog, le père Pierre Alain Lejeune, prêtre du diocèse de Bordeaux, s’interrogeet interroge notre société sur «l’après» crise du coronavirus.

«Ce monde lancé comme un bolide dans sa course folle, ce monde dont nous savions tous qu’il courait à sa perte mais dont personne ne trouvait le bouton “arrêt d’urgence”, cette gigantesque machine a soudainement été stoppée net», écrit-il en guise de préliminaire à sa réflexion. Un arrêt brutal, «à cause d’une toute petite bête, un tout petit parasite invisible à l’œil nu, un petit virus de rien du tout… Quelle ironie!», souligne-t-il. Alors que nous sommes «contraints à ne plus bouger et à ne plus rien faire», ne convient-il donc pas de s’interroger, estime le père Lejeune: «Que va-t-il se passer après? Lorsque le monde va reprendre sa marche; après, lorsque la vilaine petite bête aura été vaincue? À quoi ressemblera notre vie après?» Rythmé par cette question de l’«après?», le texte interroge ainsi des notions qui semblaient «évidentes» à notre société, la famille, la sagesse, la patience, la gratitude ou bien encore la fraternité…

Après

Et tout s’est arrêté…

Ce monde lancé comme un bolide dans sa course folle, ce monde dont nous savions tous qu’il courait à sa perte mais dont personne ne trouvait le bouton « arrêt d’urgence », cette gigantesque machine a soudainement été stoppée net. A cause d’une toute petite bête, un tout petit parasite invisible à l’œil nu, un petit virus de rien du tout… Quelle ironie ! Et nous voilà contraints à ne plus bouger et à ne plus rien faire. Mais que va t-il se passer après ? Lorsque le monde va reprendre sa marche ; après, lorsque la vilaine petite bête aura été vaincue ? A quoi ressemblera notre vie après ?

 

Après ?

Nous souvenant de ce que nous aurons vécu dans ce long confinement, nous déciderons d’un jour dans la semaine où nous cesserons de travailler car nous aurons redécouvert comme il est bon de s’arrêter ; un long jour pour goûter le temps qui passe et les autres qui nous entourent. Et nous appellerons cela le dimanche.

 

Après ?

Ceux qui habiteront sous le même toit, passeront au moins 3 soirées par semaine ensemble, à jouer, à parler, à prendre soin les uns des autres et aussi à téléphoner à papy qui vit seul de l’autre côté de la ville ou aux cousins qui sont loin. Et nous appellerons cela la famille.

 

Après ?

Nous écrirons dans la Constitution qu’on ne peut pas tout acheter, qu’il faut faire la différence entre besoin et caprice, entre désir et convoitise ; qu’un arbre a besoin de temps pour pousser et que le temps qui prend son temps est une bonne chose. Que l’homme n’a jamais été et ne sera jamais tout-puissant et que cette limite, cette fragilité inscrite au fond de son être est une bénédiction puisqu’elle est la condition de possibilité de tout amour. Et nous appellerons cela la sagesse.

 

Après ?

 

Nous applaudirons chaque jour, pas seulement le personnel médical à 20h mais aussi les éboueurs à 6h, les postiers à 7h, les boulangers à 8h, les chauffeurs de bus à 9h, les élus à 10h et ainsi de suite. Oui, j’ai bien écrit les élus, car dans cette longue traversée du désert, nous aurons redécouvert le sens du service de l’Etat, du dévouement et du Bien Commun. Nous applaudirons toutes celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont au service de leur prochain. Et nous appellerons cela la gratitude.

 

Après ?

Nous déciderons de ne plus nous énerver dans la file d’attente devant les magasins et de profiter de ce temps pour parler aux personnes qui comme nous, attendent leur tour. Parce que nous aurons redécouvert que le temps ne nous appartient pas ; que Celui qui nous l’a donné ne nous a rien fait payer et que décidément, non, le temps ce n’est pas de l’argent ! Le temps c’est un don à recevoir et chaque minute un cadeau à goûter. Et nous appellerons cela la patience.

 

Après ?

Nous pourrons décider de transformer tous les groupes WhatsApp créés entre voisins pendant cette longue épreuve, en groupes réels, de dîners partagés, de nouvelles échangées, d’entraide pour aller faire les courses où amener les enfants à l’école. Et nous appellerons cela la fraternité.

 

Après ?

 

Nous rirons en pensant à avant, lorsque nous étions tombés dans l’esclavage d’une machine financière que nous avions nous-mêmes créée, cette poigne despotique broyant des vies humaines et saccageant la planète. Après, nous remettrons l’homme au centre de tout parce qu’aucune vie ne mérite d’être sacrifiée au nom d’un système, quel qu’il soit. Et nous appellerons cela la justice.

 

Après ?

Nous nous souviendrons que ce virus s’est transmis entre nous sans faire de distinction de couleur de peau, de culture, de niveau de revenu ou de religion. Simplement parce que nous appartenons tous à l’espèce humaine. Simplement parce que nous sommes humains. Et de cela nous aurons appris que si nous pouvons nous transmettre le pire, nous pouvons aussi nous transmettre le meilleur. Simplement parce que nous sommes humains. Et nous appellerons cela l’humanité.

 

Après ?

Dans nos maisons, dans nos familles, il y aura de nombreuses chaises vides et nous pleurerons celles et ceux qui ne verront jamais cet après. Mais ce que nous aurons vécu aura été si douloureux et si intense à la fois que nous aurons découvert ce lien entre nous, cette communion plus forte que la distance géographique. Et nous saurons que ce lien qui se joue de l’espace, se joue aussi du temps ; que ce lien passe la mort. Et ce lien entre nous qui unit ce côté-ci et l’autre de la rue, ce côté-ci et l’autre de la mort, ce côté-ci et l’autre de la vie, nous l’appellerons Dieu.

 

 Après ?

Après ce sera différent d’avant mais pour vivre cet après, il nous faut traverser le présent. Il nous faut consentir à cette autre mort qui se joue en nous, cette mort bien plus éprouvante que la mort physique. Car il n’y a pas de résurrection sans passion, pas de vie sans passer par la mort, pas de vraie paix sans avoir vaincu sa propre haine, ni de joie sans avoir traversé la tristesse. Et pour dire cela, pour dire cette lente transformation de nous qui s’accomplit au cœur de l’épreuve, cette longue gestation de nous-mêmes, pour dire cela, il n’existe pas de mot. »

 Ecrit par Pierre Alain LEJEUNE, prêtre à Bordeaux

12 paroles bibliques qui font du bien

 Article de La vie - Publié le 01/04/2020 à 20h06 - Modifié le 01/04/2020 à 20h08 Alexia Vidot

 

La Parole de Dieu est une arme de choix pour combattre les passions tristes qui nous guettent à l’heure du confinement. En voici douze, glanées dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

 

 

Nous sommes bien en « guerre contre un ennemi invisible », comme l’a déclaré le Président de la République, lors de son appel à la « mobilisation générale » du 16 mars dernier. Et cet ennemi numéro 1 a un nom : Coronavirus. Mais ce combat peut en cacher un autre, non moins redoutable... La crise de la quarantaine que nous traversons est en effet le lieu d’un véritable combat spirituel. 

 

Peur, découragement, désespoir, repli sur soi, détresse, tristesse ou colère : comment lutter contre ces tentations et ces passions tristes qui nous guettent ? Saint Paul propose comme arme de choix « le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu » (Éphésien 6, 17). Celle-ci est « vivante, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants » (Hébreux 4, 12). Alors saisissons-la !

·               « Ainsi parle le Saint d'Israël : C'est dans la tranquillité et le repos que sera votre salut, c'est dans le calme et la confiance que sera votre force », Isaïe 30,15.

·               « Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie », Jean 14,27.

·               « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s’inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine », Matthieu 6, 34.

·               « Soyez forts et tenez bon, ne craignez pas et ne tremblez pas devant lui, car c’est le Seigneur ton Dieu qui marche devant toi : il ne te délaissera pas et ne t’abandonnera pas », Deutéronome 31,6.

·               « De toute votre inquiétude, déchargez-vous sur lui, car il a soin de vous. Soyez sobres, veillez (...) Quand vous aurez un peu souffert, le Dieu de toute grâce (…) vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables », 1 Pierre 5,7

·               « Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom : tu es à moi. Si tu traverses les eaux je serai avec toi, et les rivières, elles ne te submergeront pas. Si tu passes par le feu, tu ne souffriras pas, et la flamme ne te brûlera pas. (…) Car tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime », Isaïe 43, 1-4.

·               « N’entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière (…) Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées », Philippiens 4, 6-7.

·               « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes », Matthieu 11,28-29.

·               « À Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de ce que nous pouvons demander et concevoir, à Lui la gloire, dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! », Éphésiens 3, 20.

 

·              « Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi, je te t’oublierai pas. Vois, je t’ai gravé sur les paumes de mes mains », Isaïe 49,15-16.

·             « Ils crient, le Seigneur écoute, de toutes leurs angoisses il les délivre ; proche est le Seigneur des cœurs brisés, il sauve les esprits abattus », Psaume 34.

·             « Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde », Jean 16,33.

 

Proposé par Martine Renaud

Les églises à la maison, retour aux sources du christianisme ?

Extrait de La Vie - Publié le 27/03/2020 à 16h17 - Modifié le 27/03/2020 à 15h34 - Christophe Dickès

 

 

 

Confinement

 

 

 

Confinés chez eux, les chrétiens sont amenés à vivre autrement leur foi dans leur quotidien. Le pape, les évêques et les prêtres sont certes très présents par les nouveaux moyens de communication. Il n’en reste pas moins que la maison peut redevenir ce qu’elle a été au temps des premiers chrétiens : un lieu de vie chrétienne. Ce que l’on a longtemps appelé les églises domestiques : « Fais de ta maison une église », nous demande saint Jean Chrysostome dans ses Sermons sur la Genèse (VI, 136-142). D’ailleurs, dans les langues sémitiques et notamment en hébreux, Beit désigne la maison mais aussi le temple.

 

Cette « maison » est omniprésente dans les évangiles. Jésus prie, enseigne et accomplit des miracles dans les maisons. Que l’on songe par exemple à celle de Pierre. L’évangile de Luc nous dit : « S’étant donc levé, ayant quitté la synagogue, il entra dans la maison de Simon. » Sous le toit de celui...

 

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Proposé par Martine Renaud

 

Je te porte avec moi jour et nuit

La spiritualité eucharistique et mariale du vénérable cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuan

 

  fr François-Marie Léthel ocd

 

     Le vénérable François-Xavier Nguyên Van Thuân (1928-2002) offre à toute l’Eglise une splendide spiritualité eucharistique et mariale, fruit de sa profond expérience mystique vécue en prison.  Arrêté  le 15 août 1975, il devait rester plus de 13 ans en prison, dont 9 ans en isolement, jusqu’à sa libération le 21 novembre 1988. Pour lui, ces deux fêtes de l’Assomption et de la Présentation de Marie avaient une grande signfication pour éclairer toute cette période si dramatique de sa vie.   En effet, avec Marie, Van Thuân vit une profonde expérience mystique qui a comme centre l’eucharistie, en toutes ses dimensions de sacrifice, présence réelle, communion et adoration. 

 

  Une prière écrite en prison 

 

Après une très dure première année de prison, le 7 octobre 1976, Mgr Thuân écrit cette belle prière qui synthétise toute sa spiritualité eucharistique:

 

 

   Jésus Bien Aimé,

 

       ce soir, au fond de ma cellule, sans lumière, sans fenêtre, très chaude, je pense avec une très forte nostalgie à ma vie pastorale.

 

       Evêque pendant 8 ans dans cette résidence, à deux kilomètres de ma cellule de prison, sur la même route, sur la même plage… J’entends les vagues de l’Océan Pacifique et les cloches de la cathédrale!

 

       Alors, je célébrais avec patène et calice dorés,

maintenant avec ton sang dans la paume de ma main.

 

       Alors, j’allais te visiter au tabernacle,

maintenant je te porte avec moi, jour et nuit, dans ma poche.

 

       Alors, je célébrais la Messe devant des milliers de fidèles; maintenant dans l’obscurité de la nuit, en passant la communion sous les moustiquaires.

 

    Alors, je prêchais les Exercices spirituels aux prêtres, religieux, aux laïcs…

 

        Maintenant, c’est un prêtre, prisonnier lui aussi, qui me prêche les Exercices de saint Ignace à travers les fentes de la cloison.

 

       Alors, je donnais la bénédiction solennelle avec le Saint Sacrement dans la cathédrale, maintenant je fais l’adoration eucharistique chaque soir à 21 heures, en silence, chantant à voix basse le Tantum Ergo et le Salve Regina, en concluant avec cette brève prière:

 

      « Maintenant, Seigneur, je suis content d’accepter tout de tes mains: toutes les tristesses, les souffrances, les angoisses, jusqu’à ma propre mort. Amen [1].  » 

 

Beaucoup de saints prêtres ont célébré la Messe dans des conditions semblables d’extrême souffrance, dans les camps de concentration nazis ou communistes. Mgr Thuân vit l’eucharistie comme le sacrement de la kénose, c’est-à-dire de l’anéantissement du Christ en la plus extrême pauvreté et petitesse, de Bethléem à la Croix. L’aspect le plus original et le sommet de sa spiritualité eucharistique est le fait de porter toujours sur soi l’hostie consacrée. C’est dans cette prière que nous trouvons l’expression la plus caractéristique de sa spiritualité:  Je te porte avec moi jour et nuit!

 

Porter toujours sur soi Jésus Eucharistie 

 

       Van Thuân vit cela comme prêtre et évêque, mais dans la même période de persécution communiste, les laïcs les plus engagés vivaient la même expérience. En effet, les Évêques du Vietnam avaient donné à ces fidèles, hommes et femmes, la permission de porter sur eux l’eucharistie, pour donner la communion dans les lieux où les prêtres ne pouvaient pas pénétrer. Il en était allé de même au moment de la Révolution Française.

 

       Ce fait de porter sur lui l’Hostie consacrée avait aussi frappé l’Archevêque de Huê, qui écrivait dans sa relation à Rome en 1978: « Il a pris l’habitude de garder sur lui, après la Messe une petite hostie consacrée ». Il vit alors des moments d’extrême souffrance avec Jésus à Gethsémani. Selon le témoignage de sa soeur, « en voyant la souffrance des autres prisonniers et sa propre souffrance, il s’était rendu compte que seule la présence de Jésus Eucharistie pouvait donner sens et force à leur situation de vie. »

 

       Van Thuân ne craint pas de partager cette spiritualité eucharistique avec les autres, comme en témoigne un prêtre, le Recteur du Séminaire Diocésain, qui était prisonnier avec lui et lui avait prêché les Exercices de saint Ignace en prison:

 

Comme signe d’espérance, il me fit un autre cadeau que je trouvai très précieux. Avec le fer-blanc des boîtes de conserve, il avait réalisé une bague qu’il me remit en me demandant ce que c’était. Je lui répondis que c’était un jouet, mais il me dit que c’était une bague dans laquelle il avait caché un petit fragment d’Hostie consacrée, afin que je porte toujours avec moi Jésus Eucharistie. J’ai trouvé cela extraordinaire et maintenant encore, je suis tout ému en pensant à ce qu’il a fait pour moi.  

 

       Ce « cadeau très précieux » que l’évêque offrait à son frère prêtre était un « mini-tabernacle » à porter continuellement sur soi. Il partageait ainsi l’aspect le plus fort et le plus audacieux de sa spiritualité eucharistique.

 

       Plus tard, après sa libération, Van Thuân a souvent témoigné de cette expérience eucharistique  vécue en prison. Il en offre une en des plus belles synthèses dans son livre Cinq pains et deux poissons (publié en italien en 1997). Le chapitre IV est intitulé: Quatrième pain: Ma seule force, l’eucharistie.   

 

« Ma seule force: L’eucharistie » 

 

        Mgr Thuân a souvent raconté comment, dès le début de sa détention, il avait réussi à avoir un peu de vin dans un flacon de « médicaments contre le mal d’estomac », avec des petites hosties cachées. Il pouvait donc célébrer la Messe chaque jour avec trois gouttes de vin dans la paume d’une main et un fragment d’hostie dans l’autre. Il célébrait totalement seul pendant la période d’isolement. A d’autres moments, il célébrait pour ses frères prisonniers, même dans les pires conditions de misère et de saleté comme par exemple sur le bateau qui l’avait porté du sud au nord avec des milliers d’autres prisonniers, et ensuite dans le camp de rééducation. Ainsi, la Messe est célébrée dans la plus extrême pauvreté, dans cette kénose, et il en va de même pour la conservation du Saint Sacrement, dans les plus humbles ciboires et tabernacles, donnés par lui aux prisonniers catholiques, alors qu’il porte toujours sur lui l’hostie consacrée:

 

Nous fabriquons de petits sacs avec le papier des paquets de cigarettes, pour conserver le Saint Sacrement. Jésus eucharistie est toujours avec moi dans la poche de ma chemise. (…)

 

       Chaque semaine a lieu une session d’endoctrinement à laquelle doit participer tout le camp. Au moment de la pause, avec mes camarades catholiques, nous en profitons pour passer un petit paquet à chacun des quatre autres groupes de prisonniers: Tous savent que Jésus est au milieu d’eux, et que c’est Lui qui prend soin de  toutes les souffrances physiques et mentales.

 

       La nuit, les prisonniers se succèdent en tours d’adoration; Jésus eucharistie aide merveilleusement par sa présence silencieuse. Beaucoup de chrétiens reviennent à la ferveur de la foi pendant ces journées; même des bouddhistes et d’autres non-chrétiens se convertissent. La force de l’amour de Jésus est irrésistible. L’obscurité de la prison devient lumière, la semence a germé sous terre pendant la tempête.

 

J’offre la Messe avec le Seigneur: quand je distribue la communion je me donne même avec le Seigneur afin de me faire nourriture pour tous.  Cela signifie que je suis toujours totalement au service des autres.  Chaque fois que j’offre la Messe j’ai la possibilité d’étendre les mains et de me clouer sur la Croix avec Jésus, de boire avec lui la coupe amère. Chaque jour, en récitant ou en écoutant les paroles de la consécration, je confirme de tout mon coeur et toute mon âme un nouveau pacte, une alliance éternelle entre moi et Jésus, par le moyen de son Sang mélangé au mien (1Co 11, 23-25).

 

       Jésus sur la croix commença une révolution. Votre révolution doit commencer à la table eucharistique et se développer à partir de là.  Ainsi, vous pourrez renouveler l’humanité. 

 

         Dans ce très beau texte adressé aux prêtres, on voit toutes les dimensions du Mystère Eucharistique comme Sacrifice de la Nouvelle Alliance, célébré par le prêtre in Persona Christi, mystiquement identifié avec Lui, avec une forte insistance sur la Présence Réelle et permanente de Jésus dans l’hostie Consacrée. Ici, Thuan parle de la Messe célébrée pour les autres prisonniers à qui il donne la communion et il laisse la Présence du Saint Sacrement.

 

Puis il raconte, comment il a vécu l’Eucharistie quotidienne quand il était complètement seul,  en rappelant encore ce fait de porter toujours sur soi l’hostie consacrée:

 

        J’ai passé 9 ans en isolement. Pendant cette période je célèbre la Messe chaque jour vers 3 heures de l’après-midi: l’heure de Jésus agonisant sur la croix. Je suis seul, je peux chanter ma Messe comme je veux, en latin, français, en vietnamien. Je porte toujours avec moi le petit sachet qui contient le Saint Sacrement: « Toi en moi et moi en toi ». Ce sont les plus belles Messes de ma vie!

 

       Le soir, de 21 à 22 heures, je fais une heure d’adoration, je chante Lauda Sion, Pange lingua, Adoro Te, Te Deum et des cantiques en langue vietnamienne, malgré le bruit du haut-parleur qui dure de 5 heures du matin à 11 heures 30 du soir. Je sens une grande paix de l’esprit et du coeur, la joie et la sérénité en compagnie de Jésus, Marie et Joseph. Je chante Salve Regina, Salve Mater, Alma Redemptoris Mater, Regina Caeli… en unité avec l’Église universelle. Malgré les accusations, les calomnies contre l’Église, je chante Tu es Petrus, Oremus pour Pontifice nostro, Christus vincit…

 

Comme Jésus a rassasié la foule qui le suivait dans le désert, dans l’eucharistie, c’est lui-même qui continue à être la  nourriture de vie éternelle. Dans l’eucharistie nous annonçons la mort de Jésus et nous proclamons sa résurrection.

 

      Il y a moments de tristesse infinie, et alors, que puis-je faire?  Regarder Jésus crucifié et abandonné sur la croix. Aux yeux humains, la vie de Jésus est un échec, inutile, manquée!  Mais aux yeux de Dieu, c’est sur la croix que Jésus a accompli l’action la plus importante de sa vie, parce qu’il a versé son sang pour sauver le monde. Jésus est totalement uni à Dieu, quand, sur la croix, il ne peut plus prêcher, soigner les malades, visiter les gens, faire des miracles, mais il reste dans l’immobilité absolue!

 

 Tout ceci est profondément théologique et très important pour rappeler la valeur de la Messe célébrée par le Prêtre dans la solitude, quand la présence des autres n’est pas possible. Dans la même période, Paul VI insistait sur cette vérité, très souvent contestée dans ces années de profonde crise de la foi en l’eucharistie, d’où la crise du sacerdoce qui a provoqué le départ de milliers de prêtres.  Dans son isolement total, le prêtre prisonnier accomplit l’oeuvre la plus grande et la plus efficace quand il célèbre la Messe. Il s’unit à Jésus Crucifié et Rédempteur, et il est en communion avec toute l’Église du Ciel et de la Terre.

 

Jésus Eucharistie rayonne son Amour envers tous, amis et ennemis 

 

      Dans l’expérience de Mgr Thuân c’est toujours Jésus Eucharistie qui rayonne son amour envers tous, amis et ennemis, prisonniers catholiques et policiers communistes. On remarque cette étonnante expression: Le poison de l’amour de Jésus! On peut rappeler que le mot grec pharmakon signifie le remède et le poison!

 

L’eucharistie est par excellence le Sacrement de l’amour de Jésus qui nous unit à Lui et à tous les frères, sacrement de l’unité dans le Christ Jésus. Le témoignage de Van Thuân est ici très fort. Le contact continuel avec Jésus Eucharistie, qu’il porte toujours sur lui, le rend capable d’un amour extraordinaire envers les ennemis, à tel point que beaucoup deviennent ses amis! C’est de sa part un choix libre et radical: « J’avais décidé de les aimer ».

 

      Thuân voulait être « instrument de l’amour de Jésus », en vivant dans la plus grande profondeur cette spiritualité de l’unité que la Servante de Dieu Chiara Lubich partageait avec l’oeuvre de Marie (Mouvement des Focolari).  Il avait connu et assimilé cette spiritualité quand il étudiait à Rome et il l’avait implantée dans son diocèse, en développant particulièrement sa dimension eucharistique et mariale. Entre lui et Chiara, il y avait une grande communion spirituelle. Chiara ira le visiter à l’hôpital quelques instants avant sa mort.

 

Dans la dernière maladie 

 

      Dans la dernière et très douloureuse maladie, l’eucharistie quotidienne restera le centre de sa vie, selon ce beau témoignage: « Il me racontait que la nuit, ne pouvant pas dormir, il ne trouvait rien de mieux que d’aller prier dans sa chapelle privée, et il se mettait à célébrer la sainte Messe en priant pour les prêtres en difficulté ».  C’était la Messe célébrée dans la solitude, comme pendant la période de l’isolement en prison.

 

      Quand il était hospitalisé, il célébrait la Messe tous les jours, comme en témoigne un médecin qui l’avait soigné à Milan:

 

  Dès qu’il a été en état de le faire, le Serviteur de Dieu a tout de suite commencé à exercer les fonctions de son sacerdoce, et surtout, il a tout de suite commencé à célébrer la Sainte Messe dans sa chambre. Certaines fois, j’étais présent et j’y ai participé. Je remarquais que son attitude de prière était intense, et surtout dans la célébration de l’Eucharistie il restait totalement absorbé et pris par ce qu’il était en train de faire à ce moment-là, sans occasion de distraction ou n’importe quelle autre chose, malgré qu’il se trouvât objectivement dans une situation de santé très précaire.

 

   Pour les derniers jours de sa vie à Rome, nous avons ce témoignage d’une religieuse infirmière:

 

       Je me souviens que tous les jours quelques prêtres amis, pour la plupart vietnamiens, venaient le trouver et concélébraient la Sainte Messe avec lui, le Cardinal, dans sa chambre d’hôpital. C’étaient de très belles liturgies chantées, bien participées, et solennelles dans leur expression. Je voyais que le Cardinal en était content, car pour lui, pouvoir célébrer la Sainte Messe était le moment de réconfort quotidien.

 

« Verum Corpus natum de Maria Virgine » 

 

      Avec Jésus, Marie a toujours été très présente dans toute la vie de Van Thuân, depuis l’enfance jusqu’à la mort. Il en a donné un beau témoignage en 1999 à Cologne, en parlant à une assemblée de prêtres, en expliquant comment Marie se trouve au coeur de sa spiritualité eucharistique et sacerdotale, en rappelant toujours son expérience en prison:

 

            Comme fils de Marie, en particulier pendant la Sainte Messe, quand je prononce les paroles de la consécration, je m’identifie avec Jésus, in persona Christi. Quand je me demande ce que Marie a signifié dans mon choix radical pour Jésus, la réponse est claire: sur la croix Jésus dit à Jean: « Voilà ta mère »!  (Jn 19, 27). Après l’institution de l’eucharistie, le Seigneur ne pouvait nous laisser rien de plus grand que sa Mère.  Pour moi Marie est l’Évangile vivant, en format de poche, avec la plus vaste diffusion, plus proche de moi que la vie de tous les autres saints. Marie est ma Maman: celle que Jésus m’a donnée. La première réaction d’un enfant quand il a mal ou qu’il a peur, est celle d’appeler:  « Maman! ». Ce mot, pour un enfant, est tout. Marie a vécu entièrement et exclusivement pour Jésus. 

 

 Dans la période la plus dure de l’isolement il avait écrit cette prière de consécration, de don total de soi-même à Jésus par Marie:

 

          O Mère, je me consacre à Toi, tout à Toi, maintenant et pour toujours. En vivant dans ton esprit et en celui de saint Joseph,  je vivrai dans l’Esprit de Jésus, avec Jésus, Joseph, les anges, les saints et toutes les âmes. Je t’aime, ô notre Mère, et je partagerai ta fatigue, ta préoccupation et ton combat pour le royaume du Seigneur Jésus. Amen 

 

      C’est la même consécration de saint Louis-Marie Marie Grignion de Montfort vécue par Jean-Paul II et résumée dans son Totus Tuus. Ainsi, le Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge de saint Louis-Marie, qui a eu la même influence dans la vie de Karol Wojtyla e de Van Thuân, s’achève avec une finale eucharistique: Vivre pleinement la sainte Communion avec Marie et en Marie (VD 266-273).

 

D’une manière splendide, le Cardinal Van Thuân nous invite à redécouvrir la centralité de l’Eucharistie dans la vie de l’Eglise en Pèlerinage, la Présence de Jésus Mort et Ressuscité, l’Emmanuel, Dieu avec nous, jusqu’à la fin du monde.

 

 

NOTE

 

https://fr.zenit.org/articles/je-te-porte-avec-moi-jour-et-nuit-la-spiritualite-eucharistique-et-mariale-du-card-van-thuan/?utm_medium=email&utm_campaign=29 mars 2020 - Cessez le feu 1585493204 ZNP&utm_content=29 mars 2020 - Cessez le feu 1585493204 ZNP+CID_d451e9816db2b7f98a1c32ec66dd2f49&utm_source=Editions&utm_term=Je te porte avec moi jour et nuit  la spiritualit eucharistique et mariale du card Van Thuan - _ftnref1           

 

[1] De nombreux textes de Van Thuân ont été publiés, d’autre se trouvent, avec les témoignages, dans l’excellente Positio de sa béatification.

 

Proposé par le P. Alain

 

Cette tragédie peut réveiller la conscience religieuse de l'homme moderne

Journal La Croix du 30 mars 2020

 

Confiné à son domicile, Fabio Romano, directeur des ressources humaines des hôpitaux de l’Œuvre de Saint Jean de Dieu en Italie du Nord, accompagne de loin les équipes médicales. L’épidémie de coronavirus est une épreuve pour les chrétiens qui n’empêche ni la foi, ni l’espérance.

 

  • Recueilli par Christophe Henning,

 

La Croix : Fabio Romano, vous êtes confiné chez tout en assurant la direction des établissements de santé de l’œuvre de Saint Jean de Dieu, en Italie du Nord. La lutte contre le coronavirus est sans fin…

 

Fabio Romano : Nous vivons ces jours-ci dans le chaos total. Certes, nos hôpitaux ne sont pas dans le cœur de la tempête qui sévit en Lombardie, mais nous participons à la mobilisation d’urgence et de prise en charge des malades du Covid-19. Toutes nos activités de chirurgie, d’orthopédie par exemple, ont été suspendues pour garder un maximum de places disponibles, pour faire face à l’urgence.

 

Vous dirigez une dizaine de structures différentes.

 

F. R. : Je suis directeur des ressources humaines des hôpitaux de l’Œuvre de Saint Jean de Dieu pour l’Italie du Nord, soit une dizaine d’établissements, 2 500 salariés. J’ai travaillé dans de grandes entreprises notamment de télécommunication, aux États-Unis et à Paris. Il y a deux ans, j’ai accepté de m’engager dans la famille des « fratelli », à une période de ma vie où le défi qui m’importe est plus humain que professionnel.

 

Comment vos établissements sont-ils touchés par la crise ?

 

F. R. : Il y a l’activité hospitalière mais aussi la maison de retraite et le centre pour les malades psychiatriques : la situation est très dure pour eux, qui sont confinés, sans visite ni sortie possible. C’est une situation incroyable et inédite qui nous conduit à emprisonner des humains ! C’est difficilement supportable mais indispensable. Je pense aussi au personnel sanitaire, médecins, infirmières, qui sont aux côtés des malades, tous mobilisés, qui prennent des risques majeurs durant cette crise.

 

Comment vivre son engagement dans la foi dans cette situation ?

 

F. R. : Dieu nous a mis à l’endroit où nous devons être. Face à cette pandémie qui s’installe, l’Œuvre de Saint Jean de Dieu va continuer son travail avec charité et attention aux plus fragiles, en étant attentif à chacun, aussi proche que possible dans l’épreuve. Nous devons tous inventer de nouvelles façons de vivre, prendre des précautions et être présent au rendez-vous que Dieu nous assigne.

 

Ne vous sentez-vous pas impuissant face au fléau ?

 

F. R. : Les personnels administratifs continuent leur activité chez eux, en télétravail : chacun fait partie de l’histoire pour que d’autres puissent lutter contre la maladie. En travaillant au sein de l’œuvre, nous ne pouvons pas être indifférents aux interrogations du monde, et c’est aussi l’occasion de témoigner qu’il y a Quelqu’un d’autre qui veille, que Dieu est présent dans cette histoire.

 

Cette épidémie tombe pendant le Carême, en attente de Pâques…

 

F. R. : Le Carême ? C’est ça ! C’est ce que nous vivons ! C’est l’expérience de chacun en ce moment. De ma vie je n’ai jamais vécu un Carême comme ce que nous traversons en ce moment. Nous sommes dans le désert, dans un grand moment de solitude. Nous est posée de manière brutale la question essentielle : qu’est-ce qui te manque réellement pour vivre ? Le ciné, l’apéro, les achats divers ? Ou bien est-ce les visages ?

 

Cette tragédie peut réveiller la conscience religieuse de l’homme moderne. Les autres années, il s’agissait de prendre de bonnes résolutions, nous appelions cela des « petites fleurs » (fioretti). Cette année, la demande est plus exigeante : nous devons vivre le temps présent dans ce qu’il a de terrible.

 

C’est une épreuve pour tous, y compris les croyants...

 

F. R. : Le Christ a vaincu la mort ! Nous, chrétiens, y croyons-nous vraiment ? Je suis fier de mes collègues qui sont en ce moment près des malades. De loin, je dois tout faire pour qu’ils puissent travailler sereinement et qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls dans cette bataille. Faire œuvre de charité, ensemble, passe par les visages qu’ils rencontrent, les personnes qu’ils soignent.

 

Nous traversons une période historique, unique, qui nous fait entrer concrètement dans l’exigence de l’espérance. Il ne s’agit plus d’un idéal, mais d’éprouver la gratuité de la charité. Nous pouvons, sur ce chemin, suivre l’exemple des saints comme saint Jean de Dieu ou saint Ricardo Pampuri, protecteurs de notre œuvre.

 

Les chiffres sont terribles, on ne sait pas encore quand nous sortirons de la pandémie…

 

F. R. : Bien sûr, je suis anxieux pour moi-même, pour ma femme et ma fille étudiante, mais la peur ne doit pas nous empêcher de réfléchir et d’avoir de la gratitude pour nos grandes capacités. Le mal rôde, s’approche de nous. Nous serons tous touchés d’une manière ou d’une autre, mais nous savons qu’Il a triomphé de la mort. C’est notre foi, c’est aussi notre engagement, pourvu que nous acceptions les conditions de confinement le temps qu’il faudra.

 

Comment garder la foi ?

 

F. R. : Nous devons renforcer notre amitié avec le Christ, pas seulement pour notre propre compte mais aussi pour tous les autres, sinon l’espérance sera une vertu inaccessible. On reconnaît les racines chrétiennes de l’Europe dans ces temps d’épreuve : sans cela, il serait impossible de faire face. L’espérance n’appartient pas aux chrétiens : il y a des témoignages étonnants de générosité dans ce que nous sommes en train de vivre. Le personnel soignant est admirable, ils donnent leur vie, c’est une explosion de charité incroyable.

 

 Proposé par Étienne Piémont

 

Un poème

C’était en mars 2020.

 

« Lazare, viens dehors ! ... »

 

Les rues étaient vides, les magasins fermés, les gens ne pouvaient plus sortir.

 

Mais le printemps ne savait pas et les fleurs ont commencé à fleurir, le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les hirondelles allaient bientôt arriver, le ciel était bleu, le matin arrivait plus tôt.

 

Les jeunes devaient étudier en ligne et trouver des occupations à la maison, les gens ne pouvaient plus faire de shopping ni aller chez le coiffeur. Bientôt il n’y aurait plus de place dans les hôpitaux et les gens continuaient de tomber malades.

 

Mais le printemps ne savait pas, le temps d’aller au jardin arrivait, l’herbe verdissait.

 

Les gens ont été mis en confinement pour protéger les grands-parents, familles et enfants. Plus de réunion, ni repas, ni fête de famille. La peur est devenue réelle et les jours se ressemblaient.

 

 

Mais le printemps ne savait pas, les pommiers, cerisiers et autres ont fleuri, les feuilles ont poussé.

 

Les gens ont commencé à lire, jouer en famille, apprendre une langue, chantaient sur le balcon en invitant les voisins à faire de même, ils ont appris une nouvelle langue : être solidaires et se sont concentrés sur d’autres valeurs. Les gens ont réalisé l’importance de la santé, la souffrance de ce monde qui s’était arrêté, de l’économie qui a dégringolé…

 

Mais le printemps ne savait pas, les fleurs ont laissé leur place aux fruits, les oiseaux ont fait leur nid, les hirondelles étaient arrivées.

 

Puis le jour de la libération est arrivé, les gens l’ont appris. Le virus avait perdu, les gens sont descendus dans la rue, chantaient, pleuraient, embrassaient leurs voisins sans masque ni gants !

 

Et c’est là que l’été est arrivé parce que le printemps ne savait pas. Il a continué à être là, malgré tout, malgré le virus, la peur et la mort !

 

Parce que le printemps ne savait pas, il a appris aux gens le pouvoir de la vie !!!!!.......

 

En ce dimanche 29 mars, restez chez vous, protégez-vous et vous profiterez de la vie !!!

 

L’Evangile de ce cinquième dimanche de carême nous encourage à ouvrir nos multiples « tombeaux » et à accueillir le souffle de l’Esprit de vie qui se répand sans cesse.

 

Puisque l’Esprit de Dieu habite en nous, Viens parler à mon cœur, Seigneur, pour que la vie s’y dépose. Qu’il devienne le sanctuaire intime de ta présence vivante, plus forte que la mort : « ... Déliez-le, et laissez-le aller. »

 

Equipe Evangile@Peinture – Margot Béglier – Peinture Bernadette Lopez

 

 Proposé par J-Jacques Kuster

Arbre de vie ou bois vivant

"A la veille de célébrer Jésus qui entre à Jérusalem, et qui va être chargé de la croix, je vous propose une très riche conférence de C. Rico, professeur à l'EBAF à Jérusalem, sur

l'Arbre de vie ou bois vivant

 

Une manière de reprendre de manière renouvelée notre propre vénération de la croix."

 

P. Alain

 

 

Jérusalem vient à vous !

En cette dernière semaine qui nous fait monter vers Pâques, nous vous invitons à un pèlerinage exceptionnel. Un pèlerinage de la prière qui vous donnera de méditer la Parole de Dieu en communion avec nous, de parcourir et de découvrir ces Lieux dont parle l'Évangile, de plonger dans les célébrations pascales à Jérusalem, sur le lieu-même de la Résurrection 

 

Durant cette Semaine Sainte, faites-vous proches de la Terre que Dieu a choisie et confiez-nous vos intentions de prière.

 

Fr. Roger Marchal OFM

 

Pour découvrir cette semaine de prière en ligne et s'inscrire voici le lien :   

 

P. Alain

Mgr Dollmann : "J'intercède et je rends grâce"

 

KTO retransmet les messages des évêques

 

29/03/2020

Ce temps de confinement est l’occasion pour l’archevêque de Cambrai de revenir au coeur de son sacerdoce : offrir l’Eucharistie en intercession pour tous ceux qui souffrent, rendre grâce pour tous les signes de foi qui émergent en ce temps d’épreuve. C’est au coeur de sa messe quotidienne qu’il porte le monde par la prière.

 

https://www.ktotv.com/video/00329619/2020-03-29-messages-deveques-1-3

 

Dans la peau, d’un prêtre confiné à Mulhouse

Témoignage d'un prêtre de Mulhouse sur le blog des juristes

Proposé par J-Jacques Kuster

 

·       25 mars 2020

Daniel Serres, Prêtre à Mulhouse

 

Le Club des juristes : Vous êtes à l’épicentre de la contamination du Covid 19 en France …

 

Daniel Serres : Nous en avons pris conscience de façon très progressive. Au moment du rassemblement évangélique dont on sait qu’il est à l’origine de nombreuses contaminations au coronavirus dans toute la France (17 au 21 février 2020), aucune mesure de restriction n’était donnée. Personne ne s’en doutait, pas même le Président de la République présent dans le même quartier le 17 mars ! Puis il y a eu les premiers malades, apparemment sans gravité, mais confinés. Au fur et à mesure des informations, nous apprenions l’étendue de la propagation liée à la simple participation à ce rassemblement. Nous ne pensions pas à une gravité de la maladie mais étions étonnés de sa puissance de contagion. Puis il y a eu les hospitalisations, les premiers morts. Le silence de pasteurs eux-mêmes malades et dans l’impossibilité physique de parler. Et surtout l’angoisse de paroissiens soignants qui nous confirmait qu’un drame commençait à se dérouler. Les premières mesures sanitaires sont venues, de façon croissante et parfois confuse pour ce qui nous concernait.

 

LCJ : C’est-à-dire ?

D.S. : Nous attendions les recommandations de notre évêque visant à adapter des recommandations sanitaires officielles et les traduire immédiatement en recommandations liturgiques précises : espacement des fidèles dans les bancs, arrêt de la communion sur la langue et des gestes de salutations ou de paix dans les célébrations.

Puis les messes ont été supprimées pour un dimanche. Une directive qui allait semble-t-il au delà de ce qu’indiquait le gouvernement. Chaque prêtre a célébré seul en donnant l’horaire aux paroissiens qui pouvaient s’y unir spirituellement. Nous pensions naïvement que le week-end suivant nous pourrions à nouveau célébrer normalement avec nos fidèles. Mais nous avons appris que la situation pouvait durer jusqu’en juin. Nous avons alors projeté des messes avec moins de 50 personnes. Nous avons imaginé un système de comptage des paroissiens, avec des portes pour entrer dans les lieux de cultes et d’autres pour en sortir. Nous avons aussi songé à intensifier les nombre de messes vu que les assemblées étaient plus petites.

Mais une nouvelle directive de l’évêché nous a demandé de maintenir l’absence de tout rassemblement dominical. Certains collègues ont trouvé ces mesures trop strictes d’autant que le site du gouvernement indiquait la possibilité de rassemblements cultuels pour 20 personnes maximum. Chacun a « inventé » des stratégies s’accommodant de l’une ou l’autre instance décisionnelle. Les instances religieuses semblaient plus restrictives encore que l’Etat. Jusqu’au moment où tout rassemblement cultuel mais aussi tout accueil de personnes au presbytère nous a été explicitement interdit par notre évêque. Le déplacement pour répondre à des demandes de sacrement de malade n’a été autorisé que sur avis médical. Evidemment, ce sacrement nécessitant un contact (imposition d’une onction d’huile sur la tête et les mains du malade) cela revenait à interdire la chose. Le confinement est arrivé quelques heures plus tard, mais l’évêché était déjà dans cette logique pour ses prêtres et agents pastoraux.

LCJ : Et les enterrements ?

D.S. : La confusion a été encore plus grande car il semble qu’une troisième instance se soit insérée dans les décisions : les maires des communes. L’Etat nous donnait la possibilité d’un rassemblement cultuel de moins de 20 personnes. L’évêché nous demandait de privilégier des célébrations au cimetière (donc sans interdire totalement l’église). Nous avons opté pour des prières au cimetière, d’autant que l’évêché demandait aussi des célébrations beaucoup plus courtes que les funérailles habituelles. Mais voilà qu’à certains endroits les mairies n’autorisaient plus l’accès au cimetière pour les familles et les célébrants. Du coup nous sommes revenus sur l’église comme lieu de célébration de funérailles, en toutes petites assemblées.

Mais une nouvelle directive de nos instances religieuses nous a imposé le cimetière, mettant clairement fin à la possibilité d’ouvrir nos lieux de culte. Restait comme possibilité le parking du cimetière ! Finalement, la ville a à nouveau permis l’entrée au cimetière de proches en très petits comités. Ordres et contrordres arrivaient en quelques heures et les Pompes Funèbres elles-mêmes ne savaient plus à qui se conformer. Actuellement nous reprenons donc des célébrations au cimetière avec pour contraintes le respect des distance de sécurité entre les personnes présentes et une durée très restreinte. Pourtant les familles sont très reconnaissantes pour ces quelques minutes passées avec elles dans la violence de l’épreuve. Souvent elles n’ont pu accompagner le défunt dans ses derniers instants et il est mort « seul » à l’hôpital. Certains n’ont parfois pas pu le voir parce que le cercueil était déjà fermé à leur arrivée… Le prêtre est là pour mettre un peu d’humanité et d’espérance dans ce contexte si dur.

LCJ : Que fait un prêtre confiné ?

D.S. : Il prie et passe énormément de temps au téléphone et sur les mails pour être encore et toujours ce qui est un aspect important de son ministère : un homme de communion. Communion entre les fidèles et avec Dieu. Cette question est très personnelle et peut-être d’autres confrères y répondraient différemment.

Il y a d’abord eu pour moi une violente panique. D’abord à cause des rumeurs (qui se sont malheureusement confirmées) sur la situation indescriptible vécue à l’hôpital de Mulhouse. En même temps, les premiers paroissiens gravement malades, et pas tous âgés… La violence de la maladie chez des personnes plus jeunes que moi (chefs scouts, catéchistes,…) m’a ébranlée. Puis il y a eu les premiers morts parmi nos connaissances, nos équipes de travail.

En même temps des paroissiens travaillant dans les services de santé commençaient à craquer. Ils appelaient le prêtre, pour se confier, pour avouer leur peur, leur volonté de partir en courant. Le prêtre est homme de confidence mais il est lui-même vulnérable. Dans cette première phase, le prêtre confiné faisait ce que font tous les mulhousiens : il se terrait paniqué et guettant le moindre de ses symptômes dans sa personne.

LCJ : Vous êtes toujours dans cet état d’esprit ?

D.S. : Pour ma part c’est désormais moi qui prend des nouvelles ou qui envoie des petits messages au personnel de santé si éprouvé. Chaque matin je prends en photo une fleur du petit jardin du presbytère et l’envoie avec un mot d’encouragement en précisant qu’ils n’ont pas besoin de répondre. J’ai décidé de laisser mon téléphone allumé la nuit et ils savent qu’ils peuvent me joindre. Ils ont énormément besoin d’écoute. Je n’ai pas de réponse aux questions qui les habitent. Je les aide à se sentir moins lâches et coupables de ne pas être des héros, alors qu’en réalité ils le sont. J’essaye de les aider à apprivoiser ce sentiment bien normal de vouloir sauver sa peau, d’être révolté par la mort. Dans leur métier, la mort a toujours été pour eux l’ennemi à combattre. Et c’est elle qui semble gagner à présent. Certains ont été formés pour accompagner des personnes en fin de vie, mais les circonstances les empêchent de mettre en œuvre ce qu’elles savent faire en temps normal. Plus assez de personnel, trop de malades, trop de décès, trop vite… Il y a un effet loupe de l’hôpital sur les cas désespérés qui leur donne la conviction que le virus tue plus que les statistiques ne le montrent.

Enfin, nous sommes en train de voir comment reprendre contact avec les paroissiens avec les nouvelles technologies malgré le confinement. Les cloches signalent aux fidèles les temps où nous célébrons la messe et les offices ici au presbytère. Plusieurs attendent les cloches pour s’unir spirituellement à nous. Le mail bien sûr tourne à plein régime, et peut-être bientôt la vidéo… Mettre nos homélies en ligne, nos offices, donner des intentions de prière, partager joies et peines… Progressivement, cela se cherche. Les scouts montent un projet de service aux personnes dans l’urgence. Je n’ai pas encore compris exactement comment se concrétisera ce projet (l’une des chevilles ouvrières de la chose va me l’expliquer mais elle est elle-même très malade du Covid). Ces initiatives comme celle qui fait applaudir chaque soir les gens à leur fenêtre pour manifester leur reconnaissance au service de santé sont spectaculaires dans une époque que l’on qualifie facilement d’individualiste. Mettre de la compassion, de la communion et de l’espérance en étant confiné… Un vrai challenge !

Le Covid-19 est-il une punition de Dieu ?

Le Covid-19 edst-il une punition de Dieu
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La quarantaine, une épreuve de vérité - La Vie

Chronique

Mais de temps en temps, il faut chasser les spectres. Le coronavirus n’est pas seulement un drame. Au milieu de la crise, il fait surgir du renouveau. « Nous avons été dépossédés de tout, même du désert », écrivait Cioran dans De l’inconvénient d’être né. C’est vrai que les possibilités de repli sont devenues rares. La connexion, la congestion et l’accélération, ces grands marqueurs de la modernité, enserrent nos existences jusqu’à l’étouffement, et conspirent contre toute vie intérieure. Dans ce monde en surchauffe, le virus nous offre l’occasion d’une échappée. Un temps de suspension, une respiration, une pause.

 

Depuis une semaine, les Français expérimentent autrui à bout portant. Dans cette promiscuité, ils s’interrogent : comment ne pas s’entre-tuer ?

Cela dit, pour beaucoup, cette expérience représente une épreuve. Le grand silence qui est tombé sur la France suscite de l’angoisse, du vertige. C’est légitime : on ne s’improvise pas moine en dix jours ! Il faut du temps pour apprivoiser le vide, la solitude, et ce que Carlo Ossola, dans En pure perte (Rivages), appelle les vertus passives, c’est-à-dire le silence, la patience, le renoncement… Dans la réclusion, des questions inédites surgissent. Depuis une semaine, les Français expérimentent autrui à bout portant. Dans cette promiscuité, ils s’interrogent : comment ne pas s’entre-tuer ? La solitude révèle aussi le chaos intérieur qu’on masquait par mille activités. Désormais qu’on ne peut plus se fuir, comment supporter ce fardeau d’être soi ? Dans l’immobilité et la vie ralentie, les eaux troubles de l’esprit remontent à la surface : y a-t-il des remèdes contre les pensées qui nous harcèlent ? Et puis existe-t-il un antidote contre l’acédie, ce spleen des solitaires qui provoque la torpeur de l’esprit et donne au temps une langueur insupportable ?

 

Une soif immense de vide

Ce n’est pas pour me hausser du col, mais cela fait belle lurette que je me coltine ces questions. Le confinement et la quarantaine, je connais ! Depuis des mois, je vis reclus dans ce que les chrétiens, en Orient, appellent une « laure », en fait un petit ermitage dans un monastère. Pourtant, je n’ai rien d’un illuminé. Je suis un fils de la ville et de l’hypermodernité, avec sa recherche constante de nouveauté, d’intensité, sa saturation du temps. Un jour, je n’ai plus supporté cette frénésie. J’ai éprouvé une soif immense de vide, le désir de renouer avec l’élémentaire, l’os des choses. Dans la vallée escarpée et sauvage où je fais l’apprentissage de la vie solitaire, mes relations sociales se résument à quelques amabilités avec des moutons et avec des frères aux longues barbes de patriarche. Mon espace vital est réduit à la portion congrue. Le regard bute en permanence contre les montagnes alentour, il n’y a pas de dérivatif, d’échappatoire. Bien sûr, les choses ne sont pas roses tous les jours. Bien des fois, je suis saisi par la démangeaison de partir. Je songe à des ailleurs plus florissants, rêve d’une bière fraîche, d’une soirée entre copains, des lumières de la ville. Tout plutôt que ces frères avec leurs manies, ou que ce redoutable tête-à-tête avec mes démons intérieurs, que la solitude attise comme un feu dans le maquis !

 

Considérez la claustration imposée par les circonstances, non pas sous l’angle carcéral, comme une punition, mais comme le sentier d’une paradoxale libération.

 

Quand la tentation de fuir devient trop vive, les frères me rappellent la vieille sentence des Pères de la vie monastique : « Reste dans ta cellule, elle t’enseignera tout. » Du désert, d’où je vous devance de quelques mois, voilà d’ailleurs le seul conseil que je veux donner : considérez la claustration imposée par les circonstances, non pas sous l’angle carcéral, comme un enfermement, une punition, mais comme le sentier d’une paradoxale libération. Une opportunité pour renouer avec soi-même et revenir à l’essentiel. Je fais partie de ceux qui pensent que la valeur d’un homme se mesure à son aptitude à affronter la solitude. La quarantaine est une épreuve de vérité. Mais à tous ceux qui endureront patiemment, humblement, ses rudesses, je peux attester que le désert révélera aussi ses richesses. Elles sont innombrables.

 

Laisser infuser les heures

D’abord, les vies minuscules, celle des paysans ou des moines, n’ont pas que du mauvais. Circonscrite dans des bornes étroites, l’existence gagne en intensité et en profondeur. Le vide exhume des vérités que les agendas surchargés dissimulent. En laissant infuser les heures, les sensations, moins nombreuses, deviennent plus denses ; on donne aux choses et aux personnes la possibilité de déployer leurs nuances. Regarder passer le temps, écouter le silence, feuilleter un classique ou même ne rien faire deviennent des actes intenses, qui nous ouvrent à la profondeur de l’existence. Au XVIIIe siècle, l’écrivain Xavier de Maistre, mis aux arrêts à cause d’un duel, a goûté au confinement. Dans Voyage autour de ma chambre, une plongée au cœur de sa pensée, il nous rappelle que l’on peut devenir des pèlerins immobiles. Car nos horizons intérieurs ont des profondeurs insoupçonnées. Les moines le savent bien : l’ancrage dans la cellule est la condition d’une migration vers l’homme intérieur, d’un voyage à la découverte des abîmes de l’âme, d’une exploration de l’immensité qu’il y a en nous.

 

« Un homme qui renonce au monde se met dans la condition de le comprendre », disait Paul Valéry. Le pas de côté que nous impose le coronavirus peut aussi devenir une tactique de l’esprit critique, une hygiène de la pensée. Un détour pour devenir plus clairvoyant. Car, enfin, notre monde ne pourra pas longtemps continuer sur cette voie et à ce rythme. Le bonheur ne consiste pas seulement à courir, à produire et à consommer. On ne peut pas vivre éternellement sans porter son regard du côté des étoiles. Nous avons besoin d’hommes et de femmes de silence, de solitude, de prière. Que ce temps de retraite forcée soit l’occasion de renouer avec l’intériorité, mais aussi de méditer, comme Thoreau à Walden Pound, la centaine de livres qui compte pour trouver des réponses à ces questions urgentes : à quoi tenons-nous vraiment ? Que voulons-nous sauver ? Sur les décombres, tout devient possible, y compris de se retrousser les manches pour œuvrer à une efflorescence.

 

À lire
À quoi servent les moines ? Charles Wright, Bourin éditeur
Casanova ou l’essence des Lumières, Charles Wright, Ed. B. Giovanangeli
Le Chemin du cœur, Charles Wright, Salvator

 

Les prêtres martyrs de Bergame bouleversent l’Italie et le monde -  Publié le 24/03/2020 à 17h46 - Modifié le 24/03/2020 à 19h30 Marie-Lucile Kubacki, à Rome- La Vie - International

En Italie, l’épidémie de coronavirus a déjà causé la mort d’une cinquantaine de prêtres, restés au service de leurs frères jusqu’au bout.

C’est un trombinoscope comme ceux que l’on distribue en début d’année scolaire, un patchwork de visages plus ou moins souriants. Mais celui-ci a la forme d’un mémorial que l’on contemple le cœur serré. Des hommes, tous prêtres, des environs de Bergame, ville martyre du Nord de l’Italie, où des véhicules militaires ont dû évacuer les corps devenus trop nombreux pour les capacités locales et où le crématorium fonctionne sans discontinuer. Ils portaient un t-shirt, une casquette et des lunettes de soleil, un sweat-shirt, un col romain sous un pull de laine ou une soutane ; ils avaient de 45 à… 104 ans ; ils étaient intellectuels, professeurs, pasteurs, aumôniers de jeunes ou engagés auprès des migrants ; tous morts "en service", au service d’un peuple dont ils auront partagé le destin jusqu’à laisser leur propre vie.

Selon L’Avvenire, le quotidien de la conférence épiscopale italienne, qui a réalisé cette bouleversante fresque photographique, l’Église de la péninsule pleurerait déjà 50 prêtres depuis le début de l’épidémie de Covid-19, dont une vingtaine dans seul le diocèse de Bergame, le plus durement touché. Sans compter les dizaines de religieux et de religieuses qui viennent grossir les rangs de cette triste comptabilité. « Ces hommes rappellent les figures de ces prêtres dans les tranchées, qui ont réconforté les soldats alpins, les fantassins et les bersaglieri pendant la Grande Guerre, ou ceux qui ont exhorté les soldats à avoir foi, à rester debout et à continuer à marcher pour sauver leur vie pendant la retraite de Russie, peut-on lire dans le Corriere della Sera. La plupart de ces prêtres étaient en activité. “Des bergers à l'odeur de brebis”, pour reprendre les mots que le pape François a répétés ces jours-ci, pour témoigner de leur proximité, dans les diocèses et les paroisses. »

Beaucoup d’entre eux continuaient ainsi à visiter les malades et les mourants, bénissant les dépouilles, fournissant du réconfort aux familles, doublement éprouvées par le deuil et l’impossibilité de pouvoir célébrer des obsèques – parfois aussi, celle de n’avoir pu tenir la main d’un père, d’une mère ou d’un ami. Ils allaient porter l’espérance dans les lieux où cette mort, qui nous fait si peur ces jours-ci, avait planté son drapeau noir. Ils continuaient à servir les pauvres et les sans-abris. Comme les autres victimes, ces prêtres ont été enterrés sans funérailles, en attendant qu’une messe de suffrage puisse être dite.

Parmi eux, une figure s’est détachée ces dernières heures, bouleversant les réseaux sociaux tout autour du monde. Selon le journal local Bergamonews, Giuseppe Berardelli, âgé de 72 ans, aurait choisi de renoncer à un appareil respiratoire – acheté pour lui par la communauté paroissiale de Casnigo, au Nord de l’Italie – pour qu’il serve à une personne plus jeune, juste avant de perdre connaissance. Une information qui a, depuis, été démentie. Pas plus que les autres, ce prêtre qui aimait sillonner les rues du village à motocyclette, coiffé d’un vieux casque, et travaillait sur un projet de restructuration d’un oratoire consacré à saint Jean Bosco et saint Jean Paul II, n’a eu « droit » à des funérailles. Mais lundi 23 mars à midi, les habitants de Casnigo sont tous sortis sur le balcon pour lui rendre hommage, et ils ont applaudi.

 

N.B. : Cet article a été modifié mardi 24 mars à 19h, suite à un démenti de l'information concernant le respirateur artificiel du père Giuseppe Berardelli.

 

Le couloir de l'hôpital est devenu un cloître où prier

Agnès Pinard Legry – fr.aleteia.org -23/03/2020

C’est dans une France confinée, avec des visites interdites dans certains hôpitaux et strictement encadrées dans d’autres, que les aumôneries d’hôpitaux continuent leur délicate mission d’écoute et d’accompagnement des patients. « Je continue à me rendre à l’hôpital afin d’être présent physiquement mais depuis une semaine l’essentiel de mes visites sont devenues des appels téléphoniques », explique à Aleteia Jean-Paul Malod-Dufour, 57 ans, diacre permanent et responsable de l’aumônerie du Nouvel Hôpital Civil de Strasbourg. « Comme tout le monde nous respectons les directives gouvernementales afin de stopper la chaine de transmission. Bien sûr les choses ont évolué ». Tout comme sa manière de vivre sa mission. Avec son équipe, il maintient un lien avec les malades par téléphone. Chaque chambre en est équipée, « nous avons communiqué nos numéros à tous les patients et nous avons un système de permanence le week-end », précise-t-il.

« L’hôpital reste un lieu de prière, il l’est peut-être même davantage aujourd’hui. »

Aumônier à l’hôpital Cochin à Paris, le père Franck Derville continue lui aussi sa mission d’accompagnement. « Je poursuis mes visites auprès des patients qui le demandent et que j’ai le droit de visiter mais nous sommes extrêmement vigilants au respect des consignes sanitaires », explique-t-il. « Les patients ressentent la fatigue des soignants, la privation des visites de l’extérieur… L’aumônerie apporte le réconfort de la prière, c’est tout le défi de notre présence ici. » Une présence qui fait sens aussi, pour le père Franck Derville, auprès du personnel hospitalier. « Ce qui me semble important à dire, à faire entendre, est que nous restons à la disposition de celles et ceux qui sont légitimement à l’hôpital. Le personnel soignant a besoin de sentir notre présence, celle de l’aumônerie. L’hôpital reste un lieu de prière, il l’est peut-être même davantage aujourd’hui ».

« Je suis là où est ma place »

« Je suis là où est ma place », confie de son côté le père Anton Drascek, aumônier à l’hôpital Européen Georges Pompidou. Les bénévoles de son aumônerie étant confinés chez eux, il est le seul à encore effectuer quelques visites « sauf en gériatrie où elles sont interdites ». « La maladie, la souffrance et la solitude n’étant jamais en vacances ou en congés, la mission de l’aumônerie d’être présente, d’accompagner, d’écouter et de partager continue ». S’il ressent l’angoisse des patients, liée bien souvent à la solitude dans laquelle ils se trouvent, le père Anton Drascek prend le temps de les écouter. « Les gens ont besoin d’être apaisés, il faut les aider à prendre le temps, à s’asseoir ». Ses pensées, comme celles du père Franck Derville, vont aussi pour les bénévoles des aumôneries qui sont confinées chez eux. « Je sens une certaine frustration auprès des bénévoles qui ne peuvent pas sortir. Mais c’est aussi cela être gratuitement accompagnateur de la personne dans la souffrance, la solitude, la maladie. Ils vivent peut-être désormais leur engagement encore plus profondément car ils peuvent porter dans leur prière les personnes hospitalisées ici. La pensée et la prière dépassent le cadre spatio-temporel ».

 

Accompagner, prier, écouter… et consoler. « Les familles sont doublement peinées car elles sont séparées de celles et ceux qui souffrent et qu’elles aiment : ici les visites ne sont désormais autorisées que pour ceux qui sont en fin de vie et limitées à une seule personne au chevet », indique le responsable. Des mesures encore plus strictes dans les unités de réanimation. Marié depuis 35 ans et père d’un enfant, Jean-Paul Malod-Dufour raconte comment ce dimanche il a été appelé par le médecin pour un patient qui allait décéder du covid-19. « En route je demandais au Seigneur de me donner la force et les mots… Pour des raisons d’isolement très rigoureux, je n’étais pas dans le box mais devant et à travers la vitre j’ai accompagné cet homme jusqu’à son dernier souffle ». « J’étais en ligne avec son épouse qui dans ses pleurs avait encore la force de prier avec moi, et au moment de fermer ses yeux à jamais elle m’a demandé comment était son visage et avec l’infirmière, je lui ai dit la vérité : son regard était apaisé. Puis nous avons longuement échangé dans la confiance. Pour les patients décédés du covid-19, la présence des familles à l’hôpital n’est pas possible ».

 

Comme le père Franck Derville, Jean-Paul Malod-Dufour rappelle que la mission des aumôneries d’hôpitaux est aussi d’accompagner la communauté hospitalière. « Aujourd’hui cette communauté est fragilisée. Ils doivent travailler dans des conditions dégradées mais ils le font avec beaucoup d’abnégation et de courage ». Si les épreuves sont nombreuses dans ces lieux où se livre chaque seconde un combat pour la vie, ces derniers jours lui ont fait découvrir une nouvelle forme de communion, de recueillement. « J’ai découvert un nouveau cloître dans les couloirs des hôpitaux, des unités. C’est là que je prie le chapelet pour rejoindre ainsi les patients et humblement, dans le silence, soutenir les équipes ».

 

Les sacrements s'adaptent à la contagiosité

Xavier Le Normand         La Croix 23/03/2020

Un homme devant le cercueil de sa mère près de Bergame, en Italie, le 20 mars. - Piero Cruciatti/AFP

 

 

En raison de la contagiosité du Covid-19, il est parfois impossible aux prêtres de se rendre au chevet des malades. L’Église catholique prévoit des possibilités pour permettre la confession sans contact direct.

 

Comment porter les sacrements aux malades du coronavirus, alors qu’il est parfois interdit aux prêtres de les approcher en raison de leur contagiosité? À Arezzo, en Italie, Mgr Riccardo Fontana a trouvé une solution pour donner le sacrement de réconciliation aux patients de l’hôpital de la ville: l’absolution collective. Jeudi 19 mars, l’évêque italien, revêtu d’une étole, s’est placé devant l’établissement de santé et a prononcé la formule d’absolution. L’événement était retransmis en direct sur les chaînes télévisées locales, permettant aux malades de recevoir directement ce sacrement.

En vogue dans certains diocèses dans les années suivant le concile Vatican II, l’absolution collective est prévue pour des « circonstances particulières », notamment lorsqu’un « danger de mort est imminent », précisait un document de la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1972. Le code de droit canonique reprend ces instructions et établit que le fidèle ayant bénéficié d’une absolution collective « recourra à la confession individuelle le plus tôt possible et dès qu’il en aura l’occasion, avant de recevoir une nouvelle absolution générale, à moins que n’intervienne une juste cause ».

Dans son homélie à Sainte-Marthe, le pape François est revenu vendredi 20 mars sur le cas où il ne serait pas possible à un pénitent d’accéder à un prêtre. « Vous faites ce que dit le Catéchisme. C’est très clair : si tu ne trouves pas un prêtre pour te confesser, parle à Dieu, il est ton père, et dis-lui la vérité : “Seigneur, j’ai fait ceci, cela, cela… Pardonne-moi”, et demande-lui pardon de tout ton cœur, avec l’acte de contrition et promets-lui : “Je me confesserai plus tard, mais pardonne-moi maintenant.” Et immédiatement, vous reviendrez à la grâce de Dieu. » En revanche, la confession par téléphone ou Internet est strictement impossible.

 

Le sacrement des malades, autrefois appelé extrême-onction, suppose quant à lui d’oindre le malade avec une des saintes huiles, ce qui, par définition, nécessite une forme de contact. Il en va donc de même pour le viatique, communion eucharistique donnée à un mourant après confession et sacrement des malades.

En Italie, l’épiscopat a édicté une série de normes pour le cas où un prêtre peut accéder à un malade atteint du coronavirus proche de la mort. Pour oindre de l’huile sainte, le prêtre doit auparavant revêtir un gant de protection à usage unique. Pour donner le viatique, il doit se désinfecter les mains avec une solution hydroalcoolique avant et après la communion eucharistique, tout en prenant garde à ne pas toucher la bouche du malade.

Le Vatican aménage la liturgie et les sacrements

Dans un décret signé jeudi 19 mars, la Pénitencerie apostolique accorde une indulgence plénière à toutes les personnes affectées par le coronavirus qui « s’uniront spirituellement » à la célébration de la messe, à la récitation du chapelet ou au moins du Credo, du Notre Père et d’une invocation à Vierge. Cette indulgence est également accordée aux soignants et à ceux qui prient pour la fin de l’épidémie.

 Article propsé par Étienne Piémont

Le Monde du 23 mars : Les croyants privés de rites communautaires

Les croyants privés de rites communautaires - Le Monde 23/03/2020
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Article paru dans Le Monde du 23 mars 2020

Proposé par Étienne Piémont

 

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Article de La Croix du 21/03/2020

Une foi par semaine

 

Des fidèles de papier

 

Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef

 

Dans son petit village de Robbiano, entre Milan et Côme, Don Giuseppe était triste. Comme toutes les églises de Lombardie, et comme d’ailleurs toutes les églises d’Italie, la sienne est fermée pour cause de coronavirus. Et notre curé confiné, qui ne peut plus dire la messe le dimanche, se retrouve au chômage technique. Comme Giuseppe est un « cybercuré », bien au fait des réseaux sociaux, il a demandé à ses paroissiens, sur l’application Telegram, de lui envoyer chacun une photo d’eux. Depuis, Don Giuseppe a retrouvé le sourire : dans l’église fermée de Robbiano, les bancs sont certes toujours vides. Mais il a scotché dessus les photos de tous ses paroissiens. Il peut donc de nouveau dire la messe face à son assemblée de papier…

La détresse de Don Giuseppe, curé sans fidèles et sans église, symbolise bien celle des responsables religieux face à cette crise. Lors des catastrophes naturelles, ou des guerres, depuis des siècles, c’est vers l’Église que l’on se tourne : processions, célébrations, messes… Pour se faire consoler, pour espérer, pour soulager ses peines. Mais que faire quand l’Église elle-même, comme aujourd’hui, fait partie du danger ? Quand les rassemblements religieux – ce que le grand rendez-vous d’évangéliques à Mulhouse a tristement montré – font office de lieu de transmission foudroyant du virus ? Quand la proximité, une vertu que prônent les chrétiens, signifie désormais l’irresponsabilité ?

Certains catholiques n’ont pas manqué, à Rome comme en France, de critiquer les institutions ecclésiales, arguant qu’elles avaient accepté trop facilement les directives gouvernementales pour supprimer les célébrations. Dieu, lui, n’abandonne pas la partie, ont-ils affirmé ! La messe du dimanche, et l’Eucharistie, n’est-ce pas au fond tout aussi important que les soins des médecins et des pharmaciens ? La main des prêtres ne devait pas trembler devant le virus, ajoutaient-ils. Comme si c’était une affaire de courage… Oubliant par là même le Deutéronome (6, 16) qui fait ce commandement : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu », repris par Jésus dans le désert en réponse au Tentateur (Mt 4, 7).

On sait bien pourtant que Dieu ne se manifeste pas forcément par les grandes célébrations, mais par cette légère brise, celle qui vient des gestes de solidarité qui se multiplient un peu partout, depuis quelques semaines, dans le pays : personnels soignants, immeubles solidaires, attention au quartier… Et qu’il y a mille et une manières d’exprimer cette « proximité », prêtre ou pas prêtre, communion ou pas communion.

Certes, il est difficile de s’entendre dire que l’on n’a pas besoin de notre présence. Mais vivre l’absence permet sans doute de percevoir l’essentiel, ce besoin fondamental des autres, de relations, dont nous sommes actuellement tous privés. Au fond, dans notre société individualiste, nous l’avions un peu oublié… D’ailleurs, à Robbiano, Don Giuseppe n’a, de son propre aveu, jamais vu autant de visages dans son église. Des visages de papier certes. Mais son appel a été entendu bien au-delà de son espérance. Plus que la poignée de fidèles qui vient chaque dimanche matin à l’église, tout le village s’est pris au jeu, et lui a envoyé une photo. Et, médiatisation aidant, elles viennent désormais de partout, de la région, du pays… Comme si l’absence de l’Église avait été l’occasion d’offrir le témoignage de la présence de Dieu.

 Article proposé par Étienne Piémont

 

Courrier des lecteurs

A propos de la Journée de jeûne et de prière

Pour ce vendredi 20 mars, notre archevêque propose aux catholiques que nous sommes une journée de jeûne et de prière pour les malades, les soignants et tous ceux qui ont la mission d’organiser la protection sanitaire.

Nous sommes peut-être maintenant encore plus sensibles à son appel au vu de la pandémie qui se répand à toute vitesse autour de nous : déjà des décès et des hospitalisations dans des états graves.

J’ai une proposition pour la prière, pour la rendre plus priante, plus « efficace », c’est de faire appel aux

14 Saints Auxiliateurs  ou  Vierzehnheiligen

La piété populaire les a invoqués pour obtenir protection et surtout guérisons. Quels sont-ils ?

Saint(e)s Acace (que je découvre), Barbe, Blaise, Catherine d’Alexandrie, Christophe, Cyriaque, Denis, Egide (ou Gilles), Erasme, Eustache, Georges, Guy (ou Vith), Marguerite d’Antioche et Pantaléon.

Ce sont des thaumaturges (= guérisseurs) et chacun a sa « spécialité » ; c’est ainsi que Christophe et Gilles sont invoqués contre la peste ou pour en guérir. De la peste au coronavirus, il n’y a qu’un pas que je franchis, même si l’une relève de la bactériologie et l’autre de la virologie.

Je vous laisse découvrir sur internet les apparitions de ces saints qui entouraient l’enfant Jésus avec ce message : « si vous nous servez, nous vous servirons ».

Ceci se passait en Haute Franconie en 1445/46 et une basilique baroque a été édifiée au XVIII -ème siècle à Staffelstein avec un Gnadenaltar roccococissime.

Mais quelques lieux de culte en Alsace leur sont dédiés, comme la chapelle de Muckenbach près de Grendelbruch, ou la chapelle qui jouxte l’abbaye de Baumgarten (Bernardvillé). Et des églises paroissiales ont pour saint patron l’un ou l’autre de ces 14 auxiliateurs. La Moselle n’est pas en reste avec la chapelle de Heckling à Bouzonville ou le chemin de leurs statues à Hombourg-Haut.

Et puis ne restreignons pas la liste, d’autres saints populaires méritent aussi que nous les priions d’intercéder pour nous. Saint(e)s Antoine de Padoue, Rita, Sébastien, Apolline, et j’aime bien saint Roch avec son chien, guérisseur des bubons de la peste, comme le montrent nombre de représentations, et combien de chapelles et sources qui lui sont consacrées sur le chemin de St Jacques de Compostelle.

Alors coiffant toute cette dévotion, il y a celle à Notre Dame de Bonsecours qui intercède directement pour nous auprès de son Fils quand nous sommes en grande difficulté. Parmi les nombreuses églises qui lui sont dédiées, celle de Nancy qui abrite les tombeaux du roi Stanislas et de Marie Leszczinska, épouse de Louis XV.

N’hésitons pas à nous appuyer sur ce riche patrimoine spirituel autant que populaire.

Quant au jeûne, du moment qu’il ne dure pas 40 jours dans le désert…

Pour terminer, ces temps de prière et de jeûne sont proposés par ailleurs dans d’autres circonstances. C’est ainsi que le pape François met en avant ce moyen pour combattre les abus de toute nature dans l’Eglise, ainsi qu’il nous le demande dans sa Lettre au Peuple de Dieu du 28 août 2018 ; toujours d’actualité, relisons-la.

Étienne Piémont

Une illustration locale des 14 auxilliateurs. Art naïf. Dans la chapelle de Muckenbach(Grendelbruch)

Voici la prière qui est proposée à la chapelle de Heckling

PRIÈRE AUX 14 SAINTS AUXILIAIRES

Soyez salués, vous les 14 Saints Auxiliaires, vous les serviteurs zélés de la très Sainte Trinité, fidèles amis de Jésus-Christ, vrais temples du Saint Esprit. Soyez salués, vous les miracles de toutes les vertus, miroirs de la plénitude, refuges universels des affligés et des opprimés. Je viens vers vous, les grands amis de Dieu avec une totale confiance et un grand espoir.

Je vous demande avec ferveur cet amour que Dieu Tout Puissant a allumé dans vos cœurs, par ce désir que vous aviez toujours de servir le Seigneur et de gagner le monde entier à Dieu. Faites que je sois compté au nombre de vos enfants adoptifs qui sont dignes d'obtenir, à votre prière, le secours demandé. Certes, je suis totalement indigne de votre médiation.

Vous avez aussi conduit les plus grands pécheurs vers la connaissance et l'amour de Dieu. C'est pourquoi je recours à vous en toute confiance et je vous adresse ma prière. Présentez-la au Dieu Tout Puissant, pour que, si c'est pour mon bien, elle soit exaucée par Jésus-Christ, eu égard à vos mérites et à votre puissante intercession.

Offrez-lui aussi votre brûlant amour de Dieu et remplacez ce qui me manque. Purifiez vos chaînes et vos liens avec les liens de Jésus, votre sueur avec la sueur de Jésus, votre sang avec le sang de Jésus, votre mort avec la mort de Jésus-Christ et obtenez-moi de Dieu, par votre puissante intercession, que je le serve avec ferveur et persévérance et que je l'aime plus profondément, obtenez-moi la consolation tant désirée et l'assistance dans mes prières.

Il n'y a rien, ô Saints Auxiliaires, que vous ne puissiez obtenir de Dieu. En vous j'ai mis, après Dieu, toute ma confiance. Je vous prie, que ma confiance en vous ne soit pas déçue. Où a-t-on entendu, que quelqu'un sur terre vous aurait demandé une grâce dans sa vie mortelle et que vous ne la lui auriez pas obtenue de Dieu ?

Votre amour au ciel ne peut pas avoir diminué. C'est pourquoi je viens vous supplier, ô vous les grands amis de Dieu, pour que, si cela plaît à Dieu, ma prière soit exaucée et que je sois délivré de ma grande détresse. Pour la plus grande gloire de Celui qui veut être loué et glorifié par nous à travers vous et tous les saints.    Amen.

Bonjour à tous,

En ce jour de jeûne, marqué par le retrait du monde, je me permets de vous envoie un lien vers une émission que j'ai trouvée passionnante. Le jeûne et le retrait du monde jouent un rôle essentiel dans le monde copte. C'est aussi une occasion de prier pour nos frères chrétiens d'Orient. Belle découverte ! Cela peut être aussi l'occasion de lire ou relire la Vie d'Antoine par St Athanase.
https://www.france.tv/france-2/chretiens-orientaux/1304593-la-vie-monastique-copte-dans-le-wadi-el-natrun.html

Prions bien les uns pour les autres, et demandons à St Antoine le Grand et au bienheureux Charles de Foucauld de prier sur nous.
Cordialement,
P. Alain Moster

Fabrice Hadjadj :“Face à l'épidémie, reste la charité nue”

 

L’écrivain et philosophe Fabrice Hadjadj raconte Pâques à l’heure de la peste et de toute épidémie ; face à l’événement dramatique et inédit qu'est la pandémie de Covid- 19, face au coronavirus, qui nous force à inventer de nouvelles habitudes, nous retrouvons notre condition d’humains, façonnés par nos malheurs et par notre
espérance.
Les hommes savent qu’ils vont mourir, mais ils ne le croient guère. Tous les hommes sont mortels, certes, mais je ne suis pas un homme, je suis Fabrice, le fils de Bernard et de Danielle, avec des souvenirs trop singuliers pour entrer dans un syllogisme. Socrate est mortel, certes, mais c’est Socrate, pas moi, qui ne pourrai jamais constater
mon décès. Comment serai-je mort à mes propres yeux, puisque, pour le voir, il faut que mes yeux vivent ?
Pendant Mai 68, alors que le printemps fait semblant de ne plus connaître l’hiver, la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross achève d’écrire son fameux livre les derniers instants de la vie. Elle y distingue cinq étapes dans notre confrontation à
l’irréparable : le déni, la colère, le marchandage, la dépression, puis l’acceptation, qui n’arrive qu’au bout d’un long chemin et n’a plus rien de commun avec la résignation précédente.

 

article proposé par Martine Renaud

 

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Face à l'épidémie, reste la charité nue " Fabrice Hadjadj - La Vie du 7 avril 2020
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Jeudi 30 avril

 

Les Actes des Apôtres,

“mémoire des commencements”

 

 

La Vie - Interview Alexia Vidot

 

 

 

Fresque de l'Ascension, avec les 11 disciples restants (détail).

Abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire). Bridgeman images / Leemage

 

 

Au fil du temps pascal, l'Église nous raconte ses premiers pas dans les Actes des Apôtres. La bibliste Chantal Reynier, membre de la fraternité Oasis (Œuvre pour un apostolat spirituel, intellectuel et social), nous guide.

Chaque jour du temps pascal, les premières lectures de la messe ne sont pas tirées de l'Ancien Testament, comme à l'ordinaire, mais des Actes des Apôtres. Pourquoi ?

 

Une fois la Résurrection proclamée lors du dimanche de Pâques, il est bon pour nous d'entendre la suite de l'histoire. Qu'est donc devenu cet événement crucial et pourtant passé inaperçu, sauf chez les apôtres ? Comment ceux-ci l'ont-ils porté et raconté pour qu'il ne tombe pas dans l'oubli ? Comment ont-ils annoncé la Bonne Nouvelle de la victoire du Ressuscité ? 

Or, justement, le livre des Actes des Apôtres donne à voir tout cela : il fait le récit de l'histoire inaugurale des premières communautés chrétiennes, de l'extension de l'Église, depuis Jérusalem jusqu'à Rome. Il est vital, pour nous chrétiens du XXIe siècle, de faire mémoire de ce que les témoins oculaires de la Résurrection ont fait pour partager le trésor de la foi. Faisons ce petit exercice : Si je n'avais pas les Actes, qu'est-ce que j'ignorerais ? La réponse est claire : la mémoire des commencements.

Luc a-t-il bien écrit ces pages ?

L'attribution des écrits bibliques est une question toujours délicate et débattue, mais l'on s'accorde à dire que le troisième Évangile et les Actes sont du même auteur : saint Luc. Les deux, qui ne font qu'un seul ouvrage en réalité, sont adressés à un certain Théophile (« aimé de Dieu » en grec, donc chacun de nous !), et les Actes commencent là où l'Évangile finit, c'est-à-dire par le récit de l'Ascension. Luc ne fait pas ici œuvre d'historien, selon nos critères modernes. Il ne fait pas une enquête ni la biographie des apôtres, mais une relecture, originale, des allers et venues des disciples qui ont témoigné du Ressuscité selon ce qu'il leur avait demandé avant de rejoindre le Père : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » (Actes 1, 8) - saint Luc suit exactement ce plan.

Quelles sont les grandes étapes de cette annonce missionnaire ?

Le noyau de la première prédication des apôtres est ce que l'on appelle le kérygme : « Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié », proclame ainsi Pierre le jour de la Pentecôte (Actes 2, 36). Ce grand message, les apôtres l'annoncent d'abord à leurs frères juifs de Jérusalem en essayant de leur montrer qu'en Jésus de Nazareth, les Écritures se sont accomplies.

Puis à partir du martyre d'Étienne, lapidé à cause de sa foi, la petite communauté se disperse en Samarie, à Damas, à Antioche où « pour la première fois, les disciples reçurent le nom de "chrétiens" » (Actes 11, 26). Parce qu'elle entre alors en contact avec les païens – tels Simon le magicien, l'eunuque éthiopien, ou le centurion romain – l'Église primitive se détache progressivement du judaïsme pour s'ouvrir à l'universel. « Dieu ne fait pas acception des personnes (...), c'est lui le Seigneur de tous. (...) Peut-on refuser l'eau du baptême à ceux qui ont reçu l'Esprit saint aussi bien que nous ? », reconnaît ainsi Pierre chez Corneille (Actes 10, 34-48). Autrement dit, tous les hommes sont appelés au salut en Jésus Christ, les circoncis et les incirconcis. Et ce sera notamment la mission de Paul que de l'annoncer aux nations païennes jusqu'au cœur de l'Empire romain.

En quoi la vie des premiers chrétiens peut-elle éclairer celle des confinés d'aujourd'hui ?

Les premières assemblées chrétiennes n'ont pas lieu au Temple ou à la synagogue, mais à la maison. Là où sont les chrétiens, là est le lieu de la communion fraternelle, de la fraction du pain et de la prière, du partage et du souci du pauvre. La maison devient ainsi la domus ecclesiae, l'« Église de maisonnée » où se transmettent l'Évangile et les moeurs du Christ. Et c'est de maisonnée en maisonnée, de proche en proche, que le christianisme se répand un peu comme une tache d'huile, par réseaux et par attractivité. 

Du fait du confinement, nous vivons finalement comme un retour aux sources, bien loin de l'Église triomphante ! Ouvrons donc nos bibles, et allons voir, dans les Actes, comment les premiers chrétiens vivaient leur foi « d'un seul coeur ». Nous sortirons de cette lecture remplis d'espérance, car nous aurons vu en actes la puissance de « la parole de Dieu qui croissait et se multipliait » (Actes 12, 24). Nous aurons vu que la Bonne Nouvelle, si elle est vécue authentiquement, peut transformer nos coeurs, nos relations, notre rapport au monde et à la Création. Oui, le cours de l'Histoire peut changer si j'adhère au Christ. C'est à cette espérance-là que les Actes nous ouvrent !

Les Actes sont-ils une invitation à lire la Parole de Dieu ?

En effet, ils nous invitent à la redécouvrir. Et, surtout, à la lire sous le regard de Dieu et l'inspiration de l'Esprit saint, et, donc, sans y chercher de recettes ou de formules magiques, sans la manipuler ou la trahir. À l'heure où certains, par exemple, peuvent être tentés de croire des charlatans de la spiritualité - ceux qui disent que le virus n'a pas prise sur celui qui récite telle ou telle prière... -, il est intéressant d'écouter saint Paul condamner fermement Élymas le magicien (Actes 13, 8-11).

Les Actes sont aussi une invitation à se laisser déplacer, non pas géographiquement comme les apôtres, mais intérieurement. Pierre, Paul ou Philippe n'ont pas eu une vie tranquille et paisible, rien n'allait de soi pour eux, ils ont sans cesse été à l'affût des motions de l'Esprit saint pour faire la volonté de Dieu jusqu'au don de leur vie. Nous sommes appelés, nous aussi, à nous laisser guider et conduire par l'Esprit.

N'aurait-on pas dû d'ailleurs intituler ce livre les Actes du Saint-Esprit ?

Il est vrai que l'Esprit, promis par Jésus à la fin de l'Évangile de Luc, et répandu sur les apôtres à la Pentecôte, joue un rôle prépondérant dans les Actes. C'est lui qui mène leur mission, mais attention : il ne les téléguide pas. Il ne tire pas les ficelles par-derrière ! Si nous avons besoin de Lui, il a autant besoin de nous, de notre humanité. Mystère de participation et de communion.

Article proposé par Martine Renaud

 

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