Par grâce, vous êtes déjà resssucités

 

Croire en quelque chose, c’est l’adopter comme ressort qui dynamise et donne sens à notre existence entière. Croyons-nous ainsi au mystère de Pâques ? Avons-nous adopté le mot de Saint Paul aux Colossiens comme le secret de nos vies ?
Le salut, thème de notre méditation tout au long du carême, n’est ni à conquérir, ni à être mérité. Il est à recevoir avec reconnaissance. Nous sommes déjà sauvés, ressuscités. La foi ne consiste pas à s’emparer du ciel ou de ses bonnes grâces. Le ressort de notre vie de disciples de Jésus n’est pas de nous remuer pour être sauvés, mais d’être heureux de l’être déjà. Dieu ne nous demande pas de nous défoncer pour attirer son attention, mériter son amour ou éviter ses mauvais coups. Il nous invite à chanter la litanie des saints, des grâciés, qui rivalisent d’ingéniosité pour mettre en œuvre leur joie d’être aimés, ressuscités. A notre tour, alors, de choisir de vivre et d’aimer.

Bien sûr, l’objection est là, dans nos cœurs et sur nos lèvres : peux-tu dire cela à la mère qui voit mourir son enfant d’un cancer à 20 ans ? Pouvons-nous le croire, nous qui avons tant de peine à sauter en-dehors, ou au-delà, ou plus loin que nos rancœurs, nos doutes, dans la certitude que la vie est déjà cachée au creux de chacune de ces morts, de ces victoires ? Pouvons-nous le croire pour le monde désespérant dans lequel nous vivons, pour l’Eglise que nous aimons, mais qui peine tant à transmettre la foi, surtout à la jeune génération? Mais avons-nous la foi ?
Sur le chemin de Jérusalem, en butte à toutes les objections de la bonne vieille religion, Jésus a souffert de cette adversité. A-t-il douté ? En tout cas, il en est mort. Il est pourtant resté droit dans ses baskets de Fils de Dieu, enfant qui se sait aimé de son Père, et qui inlassablement dit qu’il réalise « l’œuvre de son Père » . Quelle œuvre ? Est-ce celle d’un Père qui réclame justice ? Non. Elle est celle du Père qui inlassablement est en travail de création, d’enfantement, à vouloir faire réussir toute vie, en la pétrissant d’Amour et de Souffle, y faisant descendre le Feu de l’Esprit.
Les catéchismes et les professions baptismales d’avant la dernière réforme liturgique ne demandaient plus de croire en la Résurrection, oubliée, barrée. La croix et le sacrifice rédempteur étaient devenus une sorte de point de fixation. Le moment de déréliction, d’abandon, compris comme le moment sauveur. Comment peut-on penser une chose aussi impensable ? L’unique témoignage du Christ est celui en faveur d’un Dieu qui en son Fils meurt d’amour pour l’Homme qu’il aime, et cela, c’est la Résurrection même, notre chair mortelle transfigurée, vrai ferment en nos vies. Le vendredi saint n’est pas une parenthèse. Saint Jean voit le Christ en croix monter sur le trône de la gloire. Il est l’icône dernière, unique, de l’amour de Dieu définitivement révélé. Il est l’unique révélation vraie de qui est Dieu.

Le Christ est le Seigneur du monde et de nos vies. Sa Pâque est la nôtre et c’est ce qui se réalise en chacune de nos messes. J’ai vu hier, avec émotion, le tressaillement de joie de Cécile et de Patricia, nos deux catéchumènes qui seront baptisées en notre nuit pascale, leur tressaillement d’allégresse quand je leur ai annoncé une fois de plus qu’elles communieront aussi pour la première fois en cette nuit. Oui, Cécile et Patricia, vous avez raison de vous réjouir et de nous communiquer votre joie. Oui, en chacune de vos communions, le pain, si pauvre et si riche, vrai pain, pain de nos larmes et de nos joies, pain déjà lourd du travail et de l’amour des hommes, pain sur lequel la prière de bénédiction a appelé et fait descendre le Feu de l’Esprit, parcelle du monde humain totalement pétrie et transfigurée de l’amour du Christ qui s’est agenouillé devant ses disciples incrédules et qui est mort d’amour pour vous, ce pain nourrira en vous sa propre vie, une vie déjà ressuscitée. En le mangeant, devenez son Corps avec tous vos frères et sœurs, corps croyant en l’amour, corps partagé, rompu à son tour, bon pain livré, donné à tous ceux qui ont faim et soif. Oui, en cette nuit de Pâques, Cécile et Patricia, soyez notre joie à tous, et ma joie de prêtre quand je vous donnerai pour la première fois le Corps du Christ, vraie Résurrection de nos vies, de notre communauté, de l’Eglise, du monde.
Christ est vraiment ressuscité, Alleluia.
Joyeuse fête de Pâques à tous.


P. Jean-Pierre